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AccueilJurisprudence administrativeN° TA21-2402863

Tribunal Administratif de Dijon — Décision N° TA21-2402863

vendredi 13 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Dijon
SectionTribunal Administratif de Dijon
N° DossierTA21-2402863
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationJU REFERE ETRANGERS 15 JOURS
Avocat requérantGRENIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 22 août 2024, M. B A, représenté par Me Grenier, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 15 août 2024 par lequel le préfet de la Côte-d'Or l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être reconduit d'office et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français pendant un an ;

2°) d'annuler l'arrêté du même jour par lequel le préfet de la Côte-d'Or l'a assigné à résidence dans le département de la Côte-d'Or, à Dijon, pour une durée de quarante-cinq jours ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros à verser à son conseil au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un vice de procédure dès lors que le droit à être entendu a été méconnu ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences sur sa situation personnelle ;

En ce qui concerne la décision le privant de délai de départ volontaire ;

- elle est illégale du fait de l'illégalité de la décision l'obligeant à quitter le territoire français ;

- elle méconnaît l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il n'existe aucun risque de fuite ; il demeure chez sa compagne ; il présente des garanties de représentation ;

En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français :

- elle est illégale du fait de l'illégalité de la décision l'obligeant à quitter le territoire français ;

- elle est illégale du fait de l'illégalité de la décision le privant de délai de départ volontaire ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences de la décision sur sa situation ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est illégale du fait de l'illégalité de la décision l'obligeant à quitter le territoire français ;

En ce qui concerne la décision d'assignation à résidence :

- elle est illégale du fait de l'illégalité de la décision l'obligeant à quitter le territoire français.

La requête a été communiquée au préfet de la Côte-d'Or qui n'a produit que des pièces, enregistrées le 30 août 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme C pour statuer sur les requêtes relevant des procédures régies par les articles L. 921-1 à L. 922-3 et R. 921-1 à R. 922-38 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Pauline Hascoët, magistrate désignée, a été entendu au cours de l'audience.

Les parties n'étaient ni présentes ni représentées.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience à 11 h 05.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, ressortissant kosavar né le 3 septembre 1984, déclare être entré en France au début de l'année 2023. Sa demande d'asile a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides. Par un arrêté du 18 août 2023, le préfet de la Nièvre l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours. M. A a été placé en retenue administrative pour vérification de son droit au séjour à la suite d'un contrôle routier le 14 août 2024. Par un arrêté du 15 août 2024, le préfet de la Côte-d'Or l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être reconduit d'office et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français pendant un an. Par un arrêté du même jour, ce préfet l'a assigné à résidence dans le département de la Côte-d'Or, à Dijon, pour une durée de quarante-cinq jours. Par sa requête, M. A demande l'annulation de ces deux arrêtés.

Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes du premier alinéa de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par la juridiction compétente ou son président. ".

3. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de prononcer l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle de M. A.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

4. En premier lieu, la décision attaquée vise le 1° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et mentionne que M. A est entré sur le territoire français le 22 avril 2023, qu'il a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français le 18 août 2023 qu'il ne justifie pas avoir exécutée et qu'il se maintient volontairement en situation irrégulière sur le territoire français. Cette décision qui comporte les considérations de droit et de fait sur lesquelles elle se fonde est ainsi suffisamment motivée. Le moyen tiré de l'insuffisance de motivation, qui manque en fait, doit être écarté.

5. En deuxième lieu, le respect du droit des ressortissants des Etats tiers concernés par des décisions d'éloignement d'être entendus fait partie intégrante du respect des droits de la défense, principe général du droit de l'Union européenne. Si l'obligation de respecter les droits de la défense pèse en principe sur les administrations des Etats membres lorsqu'elles prennent des mesures entrant dans le champ d'application du droit de l'Union, il appartient aux Etats membres, dans le cadre de leur autonomie procédurale, de déterminer les conditions dans lesquelles doit être assuré, pour les ressortissants des Etats tiers en situation irrégulière, le respect du droit d'être entendu. Ce droit, qui se définit comme celui de toute personne de faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue au cours d'une procédure administrative avant l'adoption de toute décision susceptible d'affecter de manière défavorable ses intérêts, ne saurait cependant être interprété en ce sens que l'autorité nationale compétente est tenue, dans tous les cas, d'entendre l'intéressé lorsque celui-ci a déjà eu la possibilité de présenter, de manière utile et effective, son point de vue sur la décision en cause.

6. Il ressort des pièces du dossier que M. A a pu, lors de l'audition menée par les services de gendarmerie le 14 août 2024, présenter ses observations concernant une éventuelle édiction d'une décision l'obligeant à quitter le territoire français. Il a alors notamment pu faire valoir qu'il vivait en concubinage avec Mme D. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance du droit d'être entendu doit être écarté.

7. En troisième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet n'aurait pas procédé à un examen sérieux de la situation particulière du requérant, compte tenu des éléments qui avaient été portés à sa connaissance. Le préfet a notamment relevé que M. A avait déclaré être marié et ne pas avoir d'enfant à charge et considéré que ses liens personnels et familiaux en France n'étaient pas anciens, intenses et stables. Par suite, le moyen tiré d'un défaut d'examen sérieux de la situation du requérant doit être écarté.

8. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () ".

9. M. A fait valoir qu'il vit avec une ressortissante kosovare qui réside en France depuis 2008 et qu'il connaît depuis trois ans, qu'il a le projet de fonder une famille et qu'il ne pourrait le faire au Kosovo. Il ressort des pièces du dossier que M. A est entré en France au début de l'année 2023 de sorte que la vie commune, à la supposer établie, est encore récente. Aucune pièce du dossier n'atteste de l'existence d'un mariage. M. A s'est en outre maintenu en situation irrégulière sur le territoire français en dépit d'une précédente mesure d'éloignement édictée en août 2023. Il ne justifie pas d'une insertion sociale ou professionnelle particulière. Si M. A soutient que lui et sa compagne ne pourraient vivre au Kosovo, pays dont ils sont tous deux ressortissants, en raison de leur handicap physique tenant à leur petite taille, il n'apporte aucun commencement de preuve de la réalité et de l'ampleur des discriminations et difficultés alléguées alors qu'il ressort des pièces du dossier que la compagne de M. A a pu se rendre au Kosovo pour le rencontrer préalablement à son entrée en France. Les pièces médicales produites ne permettent pas davantage d'établir que l'état de santé actuel de sa compagne ferait obstacle à ce que la relation se poursuive au Kosovo, dans l'attente, le cas échéant, d'un regroupement familial. M. A ne justifie pas d'autres liens noués en France et n'établit pas être dépourvu de liens dans son pays d'origine où il a vécu jusqu'à l'âge de 39 ans. Dans ces conditions, en édictant l'obligation de quitter le territoire français contestée, le préfet n'a pas porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale au regard des buts poursuivis. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté. Pour les mêmes motifs, cette décision n'est pas davantage entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

En ce qui concerne la décision le privant de délai de départ volontaire :

10. En premier lieu, M. A n'ayant pas établi que la décision l'obligeant à quitter le territoire était illégale, il n'est pas fondé à exciper de son illégalité au soutien de ses conclusions tendant à l'annulation de la décision le privant de délai de départ volontaire.

11. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ". Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : / () 4° L'étranger a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français ; / 5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement () ".

12. Pour contester la légalité de la décision le privant de délai de départ volontaire, M. A fait valoir qu'il ne présente pas de risque de fuite dès lors qu'il dispose d'une adresse stable chez sa compagne depuis plus d'une année. Toutefois, il ne conteste pas les motifs retenus par le préfet tirés de l'inexécution d'une précédente mesure d'éloignement et de la déclaration de son intention de ne pas se conformer à la mesure d'éloignement. Dans les circonstances de l'espèce, le préfet a pu, au regard de ces motifs, légalement considérer qu'il existait un risque que M. A se soustraie à l'exécution de la décision l'obligeant à quitter le territoire français alors même qu'il dispose d'une adresse stable. Le moyen tiré de l'erreur d'appréciation doit être écarté.

En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français :

13. En premier lieu, M. A n'ayant pas établi que les décisions l'obligeant à quitter le territoire français et le privant de délai étaient illégales, il n'est pas fondé à exciper de leur illégalité au soutien de ses conclusions tendant à l'annulation de l'interdiction de retour sur le territoire français.

14. En deuxième lieu, comme il a été dit au point 9 du jugement, la relation de M. A avec sa compagne, ressortissante kosovare bénéficiant d'une carte de séjour pluriannuelle, est récente puisqu'elle date, comme son entrée en France, du début de l'année 2023. En outre, M. A s'est maintenu sur le territoire français en dépit d'une précédente mesure d'éloignement qu'il n'établit pas avoir exécutée. Par ailleurs, il ne ressort pas des pièces produites, notamment médicales, que la relation avec sa compagne, pour laquelle il n'est pas justifié d'une situation professionnelle, ne pourrait pas se poursuivre au moins temporairement au Kosovo, pays dont ils sont ressortissants et où ils se sont rencontrés. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation des conséquences de la décision sur la situation personnelle de l'intéressé doivent être écartés.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

15. En premier lieu, M. A n'ayant pas établi que la décision l'obligeant à quitter le territoire était illégale, il n'est pas fondé à se prévaloir de cette illégalité au soutien de ses conclusions tendant à l'annulation de la décision fixant le pays de renvoi.

16. En deuxième lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture, ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

17. Si M. A soutient qu'il a subi au Kosovo des traitements inhumains et dégradants en raison de sa petite taille, il n'apporte aucun commencement de preuve au soutien de ses allégations alors, au demeurant, que sa demande d'asile a été rejetée. Par suite, ce moyen doit être écarté.

En ce qui concerne la décision l'assignant à résidence :

18. M. A n'ayant pas établi que la décision l'obligeant à quitter le territoire était illégale, il n'est pas fondé à se prévaloir de cette illégalité au soutien de ses conclusions tendant à l'annulation de la décision l'assignant à résidence.

19. Il résulte de tout ce qui précède que, sans qu'il soit besoin d'examiner leur recevabilité, les conclusions à fin d'annulation des deux arrêtés du préfet de la Côte-d'Or du 15 août 2024 doivent être rejetées. Doivent également être rejetées par voie de conséquence les conclusions présentées au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : M. A est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : La requête de M. A est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à Me Grenier et au préfet de la Côte-d'Or.

Copie sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer et au bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Dijon.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 septembre 2024.

La magistrate désignée

P. C

La greffière,

L. Lelong

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

La greffière,

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