jeudi 12 décembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Dijon |
| Section | Tribunal Administratif de Dijon |
| N° Dossier | TA21-2402879 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2ème chambre |
| Avocat requérant | BELIGON MARION |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 25 août 2024, M. A B, représenté par Me Beligon, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 27 mai 2024 par lequel le préfet de Saône-et-Loire a rejeté sa demande de titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays vers lequel il pourrait être éloigné d'office ;
2°) d'enjoindre au préfet de Saône-et-Loire de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ", ou subsidiairement " salarié " dans le délai de quinze jours à compter du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jours de retard, ou à défaut, de procéder au réexamen de sa situation et, dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil de la somme de 1 200 euros en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
En ce qui concerne la décision de refus de séjour :
- le refus de séjour qui lui est opposé est insuffisamment motivé et résulte d'un défaut d'examen de sa situation ;
- cette décision méconnaît les dispositions de l'article L.435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans la mesure où la commission du titre de séjour n'a pas été consultée préalablement ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L.435-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L.423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L.435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que l'intérêt supérieur de ses enfants protégé par le 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
En ce qui concerne les décisions portant obligation de quitter le territoire français et octroi d'un délai de départ volontaire de trente jours :
- l'illégalité du refus de titre qui les fonde entache d'illégalité l'obligation qui lui est faite de quitter le territoire et la décision d'octroi d'un délai de départ volontaire de trente jours ;
- elles sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de sa vie privée et familiale ;
En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :
- l'illégalité des décisions de refus de séjour et d'obligation de quitter le territoire français entache d'illégalité la décision fixant le pays de renvoi ;
En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense enregistré le 8 octobre 2024, le préfet de Saône-et-Loire conclut au rejet de la requête.
Il oppose, à titre principal, une fin de non-recevoir tirée de la tardiveté de la requête, et soutient à titre subsidiaire que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.
M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 26 juillet 2024 du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Lyon
Vu :
- le jugement n° 2402075 du 7 novembre 2024 du tribunal administratif de Dijon ;
- la décision n°2024/000600 du 1er juillet 2024 du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Dijon ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. Nicolet a été entendu au cours de l'audience publique qui s'est tenue en l'absence des parties.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, ressortissant guinéen né le 5 mai 1995 et entré irrégulièrement sur le territoire français le 2 octobre 2011, a été confié aux services d'aide sociale à l'enfance le 11 octobre 2011. Après avoir bénéficié, en septembre 2013, d'un titre de séjour portant la mention " salarié " -renouvelé jusqu'en mars 2018- puis d'une carte de séjour pluriannuelle portant la mention " salarié " valable jusqu'au 2 mars 2022, l'intéressé a sollicité le renouvellement de cette carte de séjour pluriannuelle. Par une décision du 20 juillet 2023, le préfet de Saône-et-Loire a toutefois rejeté sa demande et, par un jugement n° 2303203 du 30 janvier 2024, le tribunal administratif de Dijon a rejeté sa requête dirigée contre cette décision du 30 janvier 2024.
2. Le 22 février 2024, puis le 16 mai 2024, le requérant a sollicité, notamment, la délivrance d'une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " sur le fondement de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi qu'une demande de carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " ou " travailleur temporaire " sur le fondement des articles L. 431-1 et L. 435-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 27 mai 2024, dont il est demandé l'annulation, le préfet de Saône-et-Loire a rejeté ses demandes, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours en fixant le pays de renvoi et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an. Par un jugement n° 2402075 du 7 novembre 2024, le tribunal administratif de Dijon a rejeté une première requête dirigée contre cet arrêté du 27 mai 2024.
Sur la fin de non-recevoir opposée en défense par le préfet de Saône-et-Loire :
3. Aux termes de l'article R. 776-2 du code de justice administrative : " Conformément aux dispositions de l'article L. 614-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la notification d'une obligation de quitter le territoire français avec délai de départ volontaire, prise en application de l'article L. 251-1 ou des 3°, 5° ou 6° de l'article L. 611-1 du même code, fait courir un délai de trente jours pour contester cette obligation ainsi que les décisions relatives au séjour, au délai de départ volontaire, au pays de renvoi et à l'interdiction de retour ou à l'interdiction de circulation notifiées simultanément () ".
4. Il résulte de la combinaison des dispositions des articles 43 et 69 du décret du 28 décembre 2020 portant application de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique qu'une demande d'aide juridictionnelle interrompt le délai de recours contentieux et qu'un nouveau délai de même durée recommence à courir à compter de l'expiration d'un délai de quinze jours après la notification à l'intéressé de la décision se prononçant sur sa demande d'aide juridictionnelle.
5. Il ressort des pièces du dossier que l'arrêté litigieux du 27 mai 2024 a été notifié au requérant le 4 juin 2024, que ce dernier a déposé une demande d'aide juridictionnelle le 19 juin 2024, soit dans le délai de recours contentieux. Il s'ensuit que le dépôt de la demande d'aide juridictionnelle du requérant a interrompu le délai de recours. Le bureau d'aide juridictionnelle ayant statué sur cette demande par une décision du 26 juillet 2024, notifiée le 31 juillet 2024, le délai dans lequel le requérant pouvait saisir le tribunal administratif n'était dès lors pas expiré le 25 août lorsqu'il a introduit son recours devant ce tribunal. Par suite, la fin de non-recevoir tirée de la tardiveté de la requête doit être écartée.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne la décision de refus de titre de séjour :
6. Aux termes des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration, les mesures de police doivent être motivées et " comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".
7. La décision en litige vise notamment les stipulations des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ainsi que les dispositions pertinentes du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le préfet a également précisé l'état civil du requérant, les modalités de son entrée sur le territoire français, sa situation personnelle et familiale ainsi que les raisons du refus de sa demande de titre de séjour, avec la mention notamment des différentes condamnations mentionnées au bulletin n° 2 de son casier judiciaire. Il s'ensuit que la décision en litige énonce de manière suffisamment circonstanciée l'ensemble des considérations de droit et de fait qui la fondent pour mettre le requérant en mesure d'en discuter utilement les motifs. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la décision contestée doit être écarté.
8. Il ne ressort ni des termes de la décision en litige, ni des autres pièces du dossier que le préfet de la Saône-et-Loire n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation de M. B au vu des éléments qui avaient été portés à sa connaissance, avant de prendre la décision attaquée. Ainsi, le moyen tiré du défaut d'examen particulier de la situation de l'intéressé doit être écarté.
9. Aux termes de l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Dans chaque département est instituée une commission du titre de séjour qui est saisie pour avis par l'autorité administrative : / 1° Lorsqu'elle envisage de refuser de délivrer ou de renouveler la carte de séjour temporaire prévue aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-13, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21, L. 423-22, L. 423-23, L. 425-9 ou L. 426-5 à un étranger qui en remplit effectivement les conditions de délivrance ; / 2° Lorsqu'elle envisage de refuser de délivrer la carte de résident prévue aux articles L. 423-11, L. 423-12, L. 424-1, L. 424-3, L. 424-13, L. 424-21, L. 425-3, L. 426-1, L. 426-2, L. 426-3, L. 426-6, L. 426-7 ou L. 426-10 à un étranger qui en remplit effectivement les conditions de délivrance ; / 3° Lorsqu'elle envisage de retirer le titre de séjour dans le cas prévu à l'article L. 423-19 ; / 4° Dans le cas prévu à l'article L. 435-1 ; / 5° Lorsqu'elle envisage de refuser le renouvellement ou de retirer une carte de séjour pluriannuelle ou une carte de résident dans le cas prévu à l'article L. 412-10. ". Aux termes de l'article L.435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14. / Les modalités d'application du présent article sont définies par décret en Conseil d'Etat. ".
10. Le requérant allègue que le préfet de Saône-et-Loire aurait entaché sa décision d'un défaut de saisine de la commission de titre de séjour dans la mesure où il aurait fait une demande sur le fondement de l'article L.435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et résiderait sur le territoire français depuis plus de dix ans. Toutefois, il ne démontre pas qu'il aurait résidé de manière ininterrompue sur le territoire français, en particulier pour la période allant de l'année 2018 au premier trimestre de l'année 2021, ni qu'il aurait effectivement effectué une telle demande sur ce fondement. Le préfet de Saône-et-Loire n'était donc pas tenu de saisir la commission du titre de séjour avant de rejeter sa demande. Par suite, le moyen tiré du vice de procédure en l'absence de saisine de cette commission préalablement à l'édiction de la décision attaquée ne peut qu'être écarté.
11. Aux termes de l'article L. 435-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " A titre exceptionnel, et sans que les conditions définies au présent article soient opposables à l'autorité administrative, l'étranger qui a exercé une activité professionnelle salariée figurant dans la liste des métiers et zones géographiques caractérisés par des difficultés de recrutement définie à l'article L. 414-13 durant au moins douze mois, consécutifs ou non, au cours des vingt-quatre derniers mois, qui occupe un emploi relevant de ces métiers et zones et qui justifie d'une période de résidence ininterrompue d'au moins trois années en France peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " travailleur temporaire " ou " salarié " d'une durée d'un an. / Les périodes de séjour et l'activité professionnelle salariée exercée sous couvert des documents de séjour mentionnés aux articles L. 421-34, L. 422-1 et L. 521-7 ne sont pas prises en compte pour l'obtention d'une carte de séjour temporaire portant la mention " travailleur temporaire " ou " salarié " mentionnée au premier alinéa du présent article. / Dans l'exercice de sa faculté d'appréciation, l'autorité compétente prend en compte, outre la réalité et la nature des activités professionnelles de l'étranger, son insertion sociale et familiale, son respect de l'ordre public, son intégration à la société française et son adhésion aux modes de vie et aux valeurs de celle-ci ainsi qu'aux principes de la République mentionnés à l'article L. 412-7. / L'étranger ne peut se voir délivrer la carte de séjour temporaire sur le fondement du premier alinéa du présent article s'il a fait l'objet d'une condamnation, d'une incapacité ou d'une déchéance mentionnée au bulletin n° 2 du casier judiciaire. / Par dérogation à l'article L. 421-1, lorsque la réalité de l'activité de l'étranger a été vérifiée conformément au troisième alinéa de l'article L. 5221-5 du code du travail, la délivrance de cette carte entraîne celle de l'autorisation de travail mentionnée à l'article L. 5221-2 du même code, matérialisée par un document sécurisé. ".
12. En l'espèce, le requérant a fait l'objet d'une condamnation de quatre mois d'emprisonnement avec sursis par le tribunal correctionnel de Mâcon pour des faits d'aide à l'entrée, à la circulation ou au séjour irréguliers d'un étranger en France, ainsi que d'une condamnation à 250 euros d'amende pour des faits de circulation avec un véhicule terrestre à moteur sans assurance, mentionnée au bulletin n° 2 de son casier judiciaire. Par suite, le préfet de Saône-et-Loire n'a pas méconnu les dispositions de l'article L. 435-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et n'a pas entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation.
13. Aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ".
14. Tout d'abord, rien ne fait obstacle à ce que M. B, dont il ne ressort d'ailleurs pas des pièces du dossier qu'il participerait à l'entretien et à l'éducation de ses enfants, reconstitue sa cellule familiale en Guinée, pays dont les deux époux ont la nationalité, où ils ont vécu la majeure partie de leur existence et dans lequel il n'établit pas être dépourvu d'attaches familiales et personnelles. Ensuite, si le requérant se prévaut de son intégration professionnelle dès lors qu'il a obtenu son certificat d'aptitude professionnelle de serrurier métallier en 2014, il peut continuer à valoriser son activité professionnelle dans son pays d'origine. Enfin, M. B, qui a été condamné à une peine de quatre mois d'emprisonnement avec sursis pour des faits d'aide à l'entrée, à la circulation ou au séjour irréguliers d'étrangers en France aggravés par la circonstance qu'il tirait profit de leur situation, n'établit pas avoir noué des liens privés ou professionnels d'une intensité particulière ni s'être significativement inséré dans la société. Dans ces conditions, le moyen tiré de ce que la décision de refus de séjour a méconnu l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.
15. Aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14. / Les modalités d'application du présent article sont définies par décret en Conseil d'Etat. ". Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () ".
16. Le requérant fait valoir qu'il est présent sur le territoire français depuis 2011, qu'il est titulaire d'un diplôme de serrurier métallier depuis 2014, d'une expérience de près de dix ans ainsi que de la présence en France de son épouse et de leurs deux enfants mineurs. En se bornant à produire les actes de naissance de ses enfants et des justificatifs anciens de scolarité, M. B n'établit pas la réalité de ses liens privés et familiaux en France. De plus, s'il soutient qu'il a régulièrement travaillé et se prévaut de bulletin de salaire et certificat de travail, notamment en tant qu'intérimaire pendant les années 2014, 2015, 2016, 2017, 2021, 2022 et 2023, il ne justifie pas d'une insertion sociale ou professionnelle significative, ni n'établit avoir travaillé sur le territoire français lors des années 2018, 2019 et 2020. Il ne justifie pas davantage de l'absence de toute attache dans son pays d'origine où il a vécu l'essentiel de sa vie, alors même que son épouse est de nationalité guinéenne également et qu'il n'est pas établi qu'elle disposerait d'un titre de séjour valable actuellement sur le territoire français. Par ailleurs, le requérant a été condamné à une peine de quatre mois d'emprisonnement avec sursis pour des faits d'aide à l'entrée, à la circulation ou au séjour irréguliers d'étrangers en France, aggravés par la circonstance qu'il tirait profit de leur situation, ainsi que d'une condamnation à 250 euros d'amende pour des faits de circulation avec un véhicule terrestre à moteur sans assurance. Ainsi, les éléments dont se prévaut M. B ne sont pas de nature à caractériser l'existence de motifs exceptionnels ou de considérations humanitaires de nature à établir que le préfet aurait commis une erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation au regard des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors qu'en tout état de cause le requérant n'établit pas non plus avoir déposé une demande de titre de séjour sur ce fondement. Pour les mêmes motifs, la décision attaquée n'a pas portée à son droit à une vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts poursuivis. Par suite, les moyens tirés de l'erreur manifeste d'appréciation et de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doivent être écartés.
17. Aux termes du 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale () ". Il résulte de ces stipulations, qui peuvent être utilement invoquées à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir, que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.
18. En l'espèce, le requérant, son épouse et leurs enfants sont de nationalité guinéenne. En outre, le requérant n'établit pas que son épouse serait titulaire d'un titre de séjour valable sur le territoire français et qu'il ne pourrait exercer son activité dans son pays d'origine, la République de Guinée, où la cellule familiale pourrait se reconstituer. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée aurait porté atteinte à l'intérêt supérieur de ses enfants.
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français et la décision octroyant un délai de départ volontaire de trente jours :
19. En premier lieu, l'illégalité de la décision portant refus de séjour n'ayant pas été établie, le requérant n'est pas fondé à exciper de son illégalité à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français et de la décision fixant le délai de départ volontaire.
20. En second lieu, pour les mêmes motifs que ceux évoqués au point 14 du présent jugement, les décisions d'éloignement et d'octroi d'un délai de départ volontaire de trente jours ne sont pas entachées d'une erreur manifeste d'appréciation.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :
21. L'illégalité de la décision portant refus de séjour et de la mesure d'éloignement n'ayant pas été établie, le requérant n'est, en tout état de cause, pas fondé à exciper de leur illégalité à l'encontre de la décision fixant le pays de renvoi.
En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
22. Aux termes de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français () ".
23. M. B n'établit pas qu'il séjournait sur le territoire français depuis l'année 2020 jusqu'au premier trimestre de l'année 2021, et s'il fait valoir qu'il possède un diplôme de serrurier, et que son épouse et ses deux enfants mineurs seraient présents en France, il n'établit pas avoir noué des liens privés ou professionnels d'une intensité particulière ni s'être significativement inséré dans la société. Il ne justifie pas davantage d'une intégration sociale significative en France. En outre, son épouse et ses enfants possèdent la même nationalité que lui, la cellule familiale pourrait donc se reconstituer en République de Guinée. Enfin, le requérant a été condamné par deux fois pour des faits caractérisant une menace à l'ordre public. Dans ces conditions, le préfet pouvait régulièrement édicter une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an à l'encontre du requérant. Par suite, les moyens tirés de l'erreur manifeste d'appréciation, de la méconnaissance des dispositions de l'article L.612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doivent être écartés.
Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :
24. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation, n'implique aucune mesure particulière d'exécution. Par suite, les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
25. Les dispositions des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, verse quelque somme que ce soit à M. B au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
Sur l'aide juridictionnelle :
26. Aux termes de l'article 50 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Sans préjudice des sanctions prévues à l'article 441-7 du code pénal, le bénéfice de l'aide juridictionnelle ou de l'aide à l'intervention de l'avocat est retiré, en tout ou partie, même après l'instance ou l'accomplissement des actes pour lesquels il a été accordé, dans les cas suivants : / () 4° Lorsque la procédure engagée par le demandeur bénéficiant de l'aide juridictionnelle ou de l'aide à l'intervention de l'avocat a été jugée dilatoire, abusive, ou manifestement irrecevable () ". Aux termes de l'article 51 de la même loi : " Le retrait de l'aide juridictionnelle ou de l'aide à l'intervention de l'avocat peut intervenir jusqu'à quatre ans après la fin de l'instance ou de la mesure. Il peut être demandé par tout intéressé. Il peut également intervenir d'office. / Le retrait est prononcé : / () 2° Par la juridiction saisie dans le cas mentionné au 4° du même article 50 ".
27. Par une décision n°2024/000600 du 1er juillet 2024 du président de la section administrative du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Dijon, le requérant, en se prévalant d'une adresse de résidence à Mâcon, a obtenu, sur sa demande du 21 juin 2024, le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale, dans le cadre de la requête n° 2402075 tendant à l'annulation de l'arrêté du 27 mai 2024 par lequel le préfet de Saône-et-Loire a rejeté sa demande de titre de séjour et l'a obligé à quitter le territoire français. Afin de former la présente requête, dont l'objet est identique, le requérant a également sollicité, le 19 juin 2024, en se prévalant d'une adresse de résidence à Lyon, le bénéfice de l'aide juridictionnelle, qui lui a été accordée par une décision n°2024/002388 du 26 juillet 2024 de la présidente de la section administrative du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Lyon. Dès lors, la présente action, fondée sur cette seconde demande qui, ainsi qu'il a été dit, revêt le même objet que celle ayant donné lieu à la requête n° 2402075, présente un caractère abusif. Par suite, il y a lieu, en application du 4° de l'article 50 précité de la loi du 10 juillet 1991, de retirer l'aide juridictionnelle qui lui a été accordée le 26 juillet 2024 par la présidente de la section administrative du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Lyon.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : L'aide juridictionnelle accordée à M. B par la décision n° 2024/002388 du 26 juillet 2024 de la présidente de la section administrative du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Lyon est retirée.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, au préfet de Saône-et-Loire et à Me Marion Beligon.
Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et au bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Lyon.
Délibéré après l'audience du 3 décembre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Nicolet, président,
M. Hugez, premier conseiller,
Mme Hascoët, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 décembre 2024.
L'assesseur le plus ancien,
I. HugezLe président-rapporteur,
P. Nicolet
La greffière,
L. Curot
La République mande et ordonne au préfet de Saône-et-Loire, en ce qui le concerne et à tous huissiers de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition conforme,
La greffière,lc
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026