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AccueilJurisprudence administrativeN° TA21-2402903

Tribunal Administratif de Dijon — Décision N° TA21-2402903

mardi 10 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Dijon
SectionTribunal Administratif de Dijon
N° DossierTA21-2402903
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationJU REFERE ETRANGERS 15 JOURS
Avocat requérantSI HASSEN MYRIAM

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 27 août 2024, M. E D, représenté par Me Si Hassen, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 21 août 2024 par laquelle la directrice territoriale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration lui a refusé le bénéfice des conditions matérielles d'accueil ;

2°) d'enjoindre à l'Office français de l'immigration et de l'intégration, à titre principal, de lui octroyer le bénéfice des conditions matérielles d'accueil dans un délai de huit jours à compter de la notification de la décision à intervenir ;

3°) d'enjoindre à l'Office français de l'immigration et de l'intégration, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation et de prendre une nouvelle décision dans un délai de huit jours à compter de la notification de la décision à intervenir ;

4°) de mettre à la charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration la somme de 1 500 euros, à verser à Me Si Hassen, au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la décision est entachée d'incompétence dès lors qu'il n'est pas justifié d'une délégation de signature régulière et publiée ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un vice de procédure dès lors que les dispositions de l'article R. 551-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile n'ont pas été respectées ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle et de sa vulnérabilité.

Par un mémoire en défense enregistré le 6 septembre 2024, le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

M. D a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 9 septembre 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme B pour statuer sur les requêtes relevant des procédures régies par les articles L. 921-1 à L. 922-3 et R. 921-1 à R. 922-38 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience :

- le rapport de Mme Pauline Hascoët, magistrate désignée ;

- et les observations de Me Si Hassen, représentant M. D, qui s'en rapporte à ses écritures.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience à 10 h 17.

Considérant ce qui suit :

1. M. E D, ressortissant géorgien né en URSS en 1989, a sollicité l'asile en France le 1er mars 2024. Cette demande d'asile a été rejetée par le l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides le 17 mai 2024 et la Cour nationale du droit d'asile a rejeté le recours formé contre cette décision le 8 août 2024. Par un arrêté du 18 juin 2024, le préfet de la Côte-d'Or l'a obligé à quitter le territoire français. Le 21 août 2024, M. D a déposé une demande de réexamen de sa demande d'asile. Par une décision du 21 août 2024 dont M. D demande l'annulation, la directrice territoriale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration lui a refusé le bénéfice des conditions matérielles d'accueil

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, par une décision du 2 juin 2023, régulièrement publiée sur le site Internet de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, le directeur général de l'OFII a délégué sa signature à Mme C A, directrice territoriale de l'OFII à Dijon à l'effet de signer tous actes, décisions et correspondances se rapportant aux missions dévolues à la direction de Dijon, telles que définies par la décision du 15 mars 2023 portant organisation générale de l'OFII qui prévoit, en son article 11, que " les directions territoriales sont responsables, sur leur territoire de compétence, de la mise en œuvre des missions de l'OFII ". Ainsi, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de la décision doit être écarté comme manquant en fait.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les conditions matérielles d'accueil sont refusées, totalement ou partiellement, au demandeur, dans le respect de l'article 20 de la directive 2013/33/ UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 établissant des normes pour l'accueil des personnes demandant la protection internationale, dans les cas suivants : / 1° Il refuse la région d'orientation déterminée en application de l'article L. 551-3 ; / 2° Il refuse la proposition d'hébergement qui lui est faite en application de l'article L. 552-8 ; / 3° Il présente une demande de réexamen de sa demande d'asile ; / 4° Il n'a pas sollicité l'asile, sans motif légitime, dans le délai prévu au 3° de l'article L. 531-27. / La décision de refus des conditions matérielles d'accueil prise en application du présent article est écrite et motivée. / Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur ".

4. La décision contestée mentionne les dispositions applicables du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et énonce précisément le motif de refus des conditions matérielles d'accueil opposé au requérant. Elle comporte ainsi l'énoncé des considérations de fait et des motifs de droit qui en constituent le fondement. Les dispositions précitées ne faisaient pas obligation à la directrice territoriale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration de mentionner dans sa décision les éléments retenus dans le cadre de la prise en compte de la situation particulière du requérant. Le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 551-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le demandeur est informé, dans une langue qu'il comprend ou dont il est raisonnable de penser qu'il la comprend, que le bénéfice des conditions matérielles d'accueil peut lui être refusé ou qu'il peut y être mis fin dans les conditions et selon les modalités prévues aux articles L. 551-15 et L. 551-16. ". Aux termes de l'article R. 551-23 du même code : " Les modalités de refus ou de réouverture des conditions matérielles d'accueil sont précisées par l'Office français de l'immigration et de l'intégration lors de l'offre de prise en charge dans une langue que le demandeur d'asile comprend ou dont il est raisonnable de penser qu'il la comprend. ".

6. M. D a signé le 1er mars 2024, lors de l'enregistrement de sa première demande d'asile, l'offre de prise en charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Il a alors reconnu, comme en justifie l'Office français de l'immigration et de l'intégration, avoir été informé dans une langue qu'il comprend des conditions et modalités de suspension, de retrait et de refus des conditions matérielles d'accueil. En outre, il a bénéficié le 21 août 2024, lors de la présentation de sa demande de réexamen, d'un entretien pour l'évaluation de sa vulnérabilité avec l'assistance d'un interprète en langue géorgienne. Par suite, le moyen tiré du vice de procédure doit être écarté.

7. En quatrième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que l'Office français de l'immigration et de l'intégration, qui a procédé à un examen de vulnérabilité le 21 août 2024, n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation du requérant et n'aurait pas pris en compte la vulnérabilité du requérant.

8. En cinquième lieu, si le requérant soutient que la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation et de sa vulnérabilité, il ne justifie d'aucune situation personnelle particulière. Par suite, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.

9. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la décision du 21 août 2024 doivent être rejetées. Doivent également être rejetées par voie de conséquence les conclusions à fin d'injonction et celles présentées au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. E D, à Me Si Hassen et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Copie sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 septembre 2024.

La magistrate déléguée

P. B

La greffière,

L. Lelong

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

La greffière,

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