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AccueilJurisprudence administrativeN° TA21-2402925

Tribunal Administratif de Dijon — Décision N° TA21-2402925

vendredi 6 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Dijon
SectionTribunal Administratif de Dijon
N° DossierTA21-2402925
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Avocat requérantMIGLIORE GABIN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 28 août 2024, M. A B, représenté par Me Migliore, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 10 juin 2024 par lequel le préfet de Saône-et-Loire l'a obligé à quitter le territoire français sans délai en fixant le pays de renvoi et a prononcé à son encontre une interdiction de retour d'une durée de cinq ans ainsi que la décision du 19 juillet 2024 rejetant le recours gracieux exercé contre cet arrêté ;

2°) d'enjoindre au préfet de Saône-et-Loire de procéder à la suppression de la mention de l'arrêté sur le fichier des personnes recherchées et sur le système d'information Schengen ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros à verser à son conseil en application des dispositions combinées du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Vu les pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " () les présidents de formation de jugement des tribunaux () peuvent, par ordonnance : () 4° Rejeter les requêtes manifestement irrecevables, lorsque la juridiction n'est pas tenue d'inviter leur auteur à les régulariser ou qu'elles n'ont pas été régularisées à l'expiration du délai imparti par une demande en ce sens ; / 5° Statuer sur les requêtes qui ne présentent plus à juger de questions autres que la condamnation prévue à l'article L. 761-1 ou la charge des dépens () ".

Sur les conclusions aux fins d'annulation et d'injonction :

2. Par un arrêté du 10 juin 2024, pris sur le fondement du 3° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet de Saône-et-Loire a obligé M. B, ressortissant marocain né en 1982, à quitter le territoire français sans délai en fixant le pays de renvoi et a prononcé à son encontre une interdiction de retour d'une durée de cinq ans. Le 9 juillet 2024, l'intéressé a exercé un recours gracieux contre cet arrêté que le préfet a rejeté le 19 juillet 2024. M. B demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 10 juin 2024 et cette décision du 19 juillet 2024.

3. Aux termes du II de l'article R. 776-2, alors en vigueur, du code de justice administrative : " () Conformément aux dispositions de l'article L. 614-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la notification par voie administrative d'une obligation de quitter sans délai le territoire français fait courir un délai de quarante-huit heures pour contester cette obligation et les décisions relatives () à la suppression du délai de départ volontaire, au pays de renvoi et à l'interdiction de retour () notifiées simultanément () ". Aux termes de l'article R. 776-5, alors applicable, du même code : " () II. Les délais de quarante-huit heures mentionnés aux articles R. 776-2 et R. 776-4 () ne sont susceptibles d'aucune prorogation () ".

4. Aux termes de l'article R. 776-19, alors en vigueur, du code de justice administrative : " Si, au moment de la notification d'une décision mentionnée à l'article R. 776-1, l'étranger est retenu par l'autorité administrative, sa requête peut valablement être déposée, dans le délai de recours contentieux, auprès de ladite autorité administrative. / Dans le cas prévu à l'alinéa précédent, mention du dépôt est faite sur un registre ouvert à cet effet. Un récépissé indiquant la date et l'heure du dépôt est délivré au requérant. / L'autorité qui a reçu la requête la transmet sans délai et par tous moyens au président du tribunal administratif ". Aux termes de l'article R. 776-31 alors en vigueur du même code : " Au premier alinéa de l'article R. 776-19, les mots : " de ladite autorité administrative " sont remplacés par les mots : " du chef de l'établissement pénitentiaire " ". Aux termes de l'article R. 421-5 de ce code : " Les délais de recours contre une décision administrative ne sont opposables qu'à la condition d'avoir été mentionnés, ainsi que les voies de recours, dans la notification de la décision ".

5. Il résulte des dispositions précitées que les étrangers ayant reçu notification d'une décision mentionnée à l'article R. 776-1 du code de justice administrative, dont font partie les obligations de quitter le territoire français ainsi que les interdictions de retour sur le territoire français, alors qu'ils sont en détention, ont la faculté de déposer leur requête, dans le délai de recours contentieux, auprès du chef de l'établissement pénitentiaire. Pour rendre opposable le délai de recours contentieux, l'administration est alors tenue, en application de l'article R. 421-5 du code de justice administrative, de faire figurer dans la notification de ses décisions la mention des voies et délais de recours contentieux.

6. D'une part, il ressort des pièces du dossier que l'arrêté du 10 juin 2024 a été notifié à M. B le 21 juin 2024 à 15h30 alors qu'il était incarcéré au centre pénitentiaire de Varennes-Le-Grand et que cet arrêté comportait non seulement l'indication des voies et délais de recours ouverts contre cet arrêté mais faisait également mention de la possibilité de déposer une requête dans le délai de recours contentieux auprès du chef de l'établissement pénitentiaire. Or il ne ressort pas des pièces du dossier et n'est au demeurant pas allégué que l'intéressé aurait déposé une requête auprès du chef du centre pénitentiaire de Varennes-Le-Grand avant le 23 juin à 15h30 et M. B n'a adressé une requête au tribunal administratif que le 28 août 2024 à 16h40, par l'intermédiaire de son conseil, au moyen de l'application " Télérecours ", après l'expiration du délai de quarante-huit heures qui lui était imparti. D'autre part, la circonstance que, le 9 juillet 2024, M. B a exercé un recours gracieux contre l'arrêté du 10 juin 2024, alors que le délai de recours contentieux avait d'ailleurs déjà expiré, n'a pas eu pour effet de proroger le délai de recours dont l'intéressé disposait pour contester cet arrêté devant le tribunal administratif ou de rouvrir un nouveau délai.

7. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. B sont manifestement irrecevables ainsi que, par voie de conséquence, celles à fin d'injonction et peuvent dès lors être rejetées en application du 4° de l'article R. 222-1 du code de justice administrative.

Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

8. Aux termes du premier alinéa de l'article 20 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ". Aux termes du premier alinéa de l'article 7 de la même loi : " L'aide juridictionnelle est accordée à la personne dont l'action n'apparaît pas, manifestement, irrecevable ou dénuée de fondement ".

9. Compte tenu de ce qui vient d'être dit aux points 3 à 7, il n'y a pas lieu d'admettre, à titre provisoire, le requérant au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les frais liés au litige :

10. Les dispositions combinées du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font en tout état de cause obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, une quelconque somme au bénéfice du conseil de M. B au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

ORDONNE :

Article 1er : M. B n'est pas admis à l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : La requête de M. B est rejetée.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B, au préfet de Saône-et-Loire et à Me Migliore.

Une copie de cette ordonnance sera transmise, pour information, au ministre de l'intérieur et des outre-mer

Fait à Dijon le 6 septembre 2024.

Le président de la 3ème chambre,

L. Boissy

La République mande et ordonne au préfet de Saône-et-Loire, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Le greffier

N°2402925

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