vendredi 13 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Dijon |
| Section | Tribunal Administratif de Dijon |
| N° Dossier | TA21-2402926 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | JU REFERE ETRANGERS 15 JOURS |
| Avocat requérant | MIFSUD ELODIE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 28 août 2024, M. F D, représenté par Me Mifsud, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 26 août 2024 par lequel le préfet de la Côte-d'Or a renouvelé pour une durée de quarante-cinq jours la mesure d'assignation à résidence décidée initialement le 15 juillet 2024 ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à Me Mifsud au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- l'arrêté est entaché d'incompétence dès lors qu'il n'est pas établi que Mme C disposait d'une délégation de signature régulière et publiée ;
- il est insuffisamment motivé ;
- il est entaché d'un défaut d'examen particulier de sa situation ; il n'est pas établi que l'éloignement demeure une perspective raisonnable ;
- il ne représente pas une menace à l'ordre public.
La requête a été communiquée au préfet de la Côte-d'Or qui a seulement produit des pièces, enregistrées le 3 septembre 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme B pour statuer sur les requêtes relevant des procédures régies par les articles L. 921-1 à L. 922-3 et R. 921-1 à R. 922-38 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience :
- le rapport de Mme Pauline Hascoët, magistrate désignée ;
- les observations de Me Mifsud, représentant M. D, en présence de ce dernier ; Me Mifsud fait valoir qu'il n'existe pas de perspective raisonnable d'éloignement dès lors qu'un recours formé contre l'obligation de quitter le territoire français est pendant devant le tribunal ; elle ajoute que M. D travaille et qu'il a justifié de son identité auprès de la préfecture.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience à 10 h 27.
Considérant ce qui suit :
1. M. F D, ressortissant tunisien né le 27 janvier 1993, déclare être entré irrégulièrement sur le territoire français en 2019. Par un arrêté du 21 février 2022, le préfet de la Côte-d'Or l'a obligé à quitter le territoire français sans délai et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français pendant un an. Par un arrêté du 22 octobre 2022, il a été assigné à résidence dans le département de la Côte-d'Or à Chenôve pour une durée de quarante-cinq jours. Cette mesure d'assignation a été renouvelée par un arrêté du 29 novembre 2022 puis par un arrêté du 16 janvier 2023 M. D a été assigné à résidence dans la même commune pour une durée de six mois. Son éloignement n'est toutefois pas intervenu. Par un nouvel arrêté du 2 avril 2024, le préfet de la Côte-d'Or l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être reconduit d'office et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français pendant deux ans. Par un arrêté du 15 juillet 2024, M. D a été assigné à résidence à Dijon pour une durée de quarante-cinq jours. Par un arrêté du 26 août 2024 dont il demande l'annulation, cette mesure d'assignation a été renouvelée pour une durée de quarante-cinq jours.
Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
2. Aux termes du premier alinéa de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par la juridiction compétente ou son président. ".
3. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de prononcer l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle de M. D.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
4. En premier lieu, par un arrêté du 5 juillet 2024, publié le jour même au recueil des actes administratifs de la préfecture, le préfet de la Côte-d'Or a délégué sa signature à M. E A, directeur de l'immigration et de la nationalité, et, en cas d'absence ou d'empêchement de ce dernier, à Mme C, cheffe du service de l'immigration et de l'intégration, à l'effet de signer notamment les arrêtés d'assignation à résidence. Il ne ressort pas des pièces du dossier que M. A n'aurait pas été absent ou empêché le 26 août 2024, date à laquelle a été signé l'arrêté en litige. Par suite, le moyen tiré de ce que Mme C n'était pas compétente pour signer l'arrêté contesté manque en fait et doit ainsi être écarté.
5. En deuxième lieu, la décision attaquée vise le 1° de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et mentionne que M. D a fait l'objet d'un arrêté du 2 avril 2024 portant obligation de quitter le territoire français sans délai, qu'il a été assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours par un arrêté du 15 juillet 2024 notifié le 16 juillet 2024, qu'il présente des garanties propres à prévenir le risque qu'il se soustraie à la mesure d'éloignement dans l'attente de son exécution, que cet éloignement demeure une perspective raisonnable mais qu'il ne peut quitter immédiatement le territoire français. Cette décision mentionne ainsi les considérations de droit et de fait sur lesquelles elle se fonde. Elle est par suite suffisamment motivée. Le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.
6. En troisième lieu, M. D ne peut utilement faire valoir qu'il ne constitue pas une menace pour l'ordre public dès lors que le préfet de la Côte-d'Or ne s'est pas fondé sur cette circonstance et s'est borné à rappeler les circonstances dans lesquelles le droit au séjour de l'intéressé a été contrôlé.
7. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : / 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins de trois ans auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé () ".
8. M. D fait valoir qu'il a déjà fait l'objet de plusieurs mesures d'assignation à résidence, d'une durée de quarante-cinq jours le 22 octobre 2022 puis le 29 novembre 2022, et d'une durée de six mois le 16 janvier 2023. Toutefois, il n'est pas contesté que M. D n'a pas respecté les obligations inhérentes à cette dernière mesure d'assignation à résidence et qu'il n'a présenté des documents permettant de vérifier son identité que postérieurement à ces mesures. Dans ces conditions, les circonstances selon lesquelles il a déjà fait l'objet de mesures d'assignation à résidence pour l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement et il a formé un recours à l'encontre de l'obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet le 2 avril 2024, ne permettent pas en elles-mêmes d'exclure l'existence d'une perspective raisonnable d'éloignement. Le moyen tiré de l'absence de perspective raisonnable d'éloignement doit être écarté.
9. En cinquième lieu, il ne ressort ni des termes de la décision attaquée ni des autres pièces du dossier que le préfet de la Côte-d'Or n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation de M. D.
10. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 26 août 2024 doivent être rejetées. Doivent également être rejetées par voie de conséquence les conclusions présentées au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
D E C I D E :
Article 1er : M. D est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. D est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. F D, à Me Mifsud et au préfet de la Côte-d'Or.
Copie sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer et au bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Dijon.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 septembre 2024.
La magistrate désignée
P. B
La greffière,
L. Lelong
La République mande et ordonne au préfet de la Côte-d'Or, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
La greffière,
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2608798
03/08/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2606201
03/08/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2600562
03/08/2026
Tribunal Administratif de MELUN — N° TA77-2611484
03/08/2026