lundi 16 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Dijon |
| Section | Tribunal Administratif de Dijon |
| N° Dossier | TA21-2402934 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Avocat requérant | GOURINAT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée au greffe du tribunal le 29 août 2024, l'association " Fédération patrimoine-environnement ", Mme I D et M. E G, M. et Mme A F, Mme H J et M. et Mme C B demandent au juge des référés d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de l'arrêté, en date du 19 juin 2024, par lequel le maire de la commune de Saint-Désert a accordé à l'EARL Les Chassins un permis de construire en vue de l'édification de bâtiments abritant une cuverie, des caves à vin, un entrepôt de stockage et un laboratoire sur un terrain sis rue du Prieuré ;
Ils soutiennent que :
- l'association " Fédération patrimoine-environnement ", qui est agréée au titre de l'article L. 141-1 du code de l'environnement, justifie d'un intérêt lui donnant qualité pour contester le permis de construire litigieux ;
- il en va de même des autres requérants, propriétaires de maisons situés à proximité du terrain d'assiette du projet, et qui apportent les justificatifs requis par l'article R. 600-4 du code de l'urbanisme ;
- l'urgence, qui est en la matière présumée, est caractérisée, eu égard aux conséquences du projet sur les conditions de vie des riverains, la valeur de leurs biens, leurs sources de revenus, l'attractivité du village et la sécurité publique ;
- il est fait état de moyens propres à créer un doute sérieux quant à la légalité du permis de construire contesté ; en effet :
•le classement du terrain d'assiette du projet a été illégalement modifié, sans concertation avec les personnes publiques associées et les riverains, après l'enquête publique, et ce alors que, d'une part, le plan local d'urbanisme du Grand Chalon impose de préserver au maximum les terres viticoles, d'autre part, ce changement de zonage ne répond pas à une nécessité absolue pour l'EARL Les Chassins ;
•ce classement méconnaît le projet d'aménagement et de développement durables ;
•le dossier de demande de permis de construire est incomplet, faute de contenir une déclaration au titre des installations classées, une autorisation de voirie délivrée par le service territorial d'aménagement, l'avis du service public de l'assainissement non collectif, la surface de plancher des bâtiments ventilée par destinations et sous-destinations, enfin les plans intérieurs ;
•l'arrêté attaqué a été pris en violation de de la prescription 5-20 du document d'orientation et d'objectifs du schéma de cohérence territoriale du Chalonnais relative à la valorisation des grandes poches visuelles ;
•il méconnaît la prescription 5-22 de ce même document relative à la valorisation des grands axes de découverte ;
•il en méconnaît également la prescription 5-23 relative aux entrées d'agglomération ;
• le plan local d'urbanisme, en tant qu'il classe désormais le terrain d'assiette du projet en zone A, est entaché des mêmes illégalités au regard du document d'orientation et d'objectifs du schéma de cohérence territoriale ;
•les administrations chargées de protéger le paysage de la route des Grands vins n'ont pas été consultées ;
•il a été pris sans consultation des autorités chargées de protéger le paysage de la route des Grands vins ;
•le permis de construire contesté méconnaît l'article A 2 du règlement du plan local d'urbanisme intercommunal, le projet ne pouvant pas être regardé comme nécessaire à l'exploitation agricole de l'EARL Les Chassins ;
•il méconnaît l'article A 6 de ce règlement, faute de respecter la distance maximale de 30 mètres entre la construction principale et les annexes ;
•la desserte routière du projet est inadaptée et dangereuse, de sorte que l'arrêté attaqué méconnaît les articles R. 111-2 et R. 111-5 du code de l'urbanisme ;
•la prescription issue de l'avis de l'architecte des bâtiments de France, concernant les toitures, a pour effet de remettre en cause la conception du projet ;
•la prescription relative au coloris des façades est contraire au plan local d'urbanisme ;
•le projet, qui comporte un caveau de dégustation, ne justifie pas du respect des règles applicables aux établissements recevant du public ;
•l'arrêté attaqué traduit une volte-face du maire de Saint-Désert, qui s'était opposé en juillet 2023 au projet de l'EARL Les Chassins ;
•les constructions projetées portent atteinte au caractère et à l'intérêt des lieux avoisinants, méconnaissant ainsi l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme.
Par un mémoire en défense enregistré le 10 septembre 2024, l'EARL Les Chassins, représentée par Me Boulisset, conclut au rejet de la requête et à la condamnation de l'association " Fédération patrimoine environnement " et autres à lui verser la somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;
Elle soutient que :
- ni l'association " Fédération patrimoine environnement " ni les personnes physiques requérantes ne justifient d'un intérêt leur donnant qualité pour agir ;
- compte tenu de la ténuité des éléments invoqués par les requérants, la présomption d'urgence instituée par l'article L. 600-3 du code de l'urbanisme est renversée ; l'urgence consiste au contraire à mener à bien le projet, eu égard au développement de l'entreprise et au risque de perdre les subventions qui lui ont été allouées ;
- aucun des moyens invoqués n'est de nature à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée ; en effet :
•le moyen tiré du caractère incomplet du dossier de permis manque en fait en ce qui concerne la déclaration au titre des installations classées, l'avis du service de l'assainissement non collectif et l'indication de la surface de plancher des deux bâtiments ; ce moyen est inopérant en ce qu'il porte sur l'autorisation de voirie et les plans intérieurs ;
•en application de l'article L. 600-1 du code de l'urbanisme, il est inutilement argué, par la voie de l'exception d'illégalité, de l'irrégularité de la procédure d'élaboration du plan local d'urbanisme ;
•le classement du terrain en zone A répond aux besoins de l'entreprise ;
•le moyen tiré de la prétendue violation du projet d'aménagement et de développement durables est inopérant ;
•le permis de construire litigieux n'entre pas dans les catégories d'actes auxquelles les dispositions du document d'orientation et d'objectifs sont opposables ; en tout état de cause, le projet ne méconnaît en rien les articles 5.20, 5.22 et 5.23 de ce document ;
•les administrations chargées de protéger le paysage de la route des Grands Vins n'avaient pas à être consultées, aucune atteinte n'étant portée à ce paysage ;
•le projet est indispensable à son développement, de sorte qu'il entre dans les prévisions de l'article A 2 du règlement du plan local d'urbanisme ;
•le moyen de la méconnaissance de l'article A 6 de ce règlement est inopérant ;
•la desserte routière du projet, à l'encontre de laquelle les requérants invoquent d'ailleurs inutilement l'article R. 111-5 du code de l'urbanisme, inapplicable en présence d'un plan local d'urbanisme, est suffisante ;
•le moyen relatif à la prescription de l'architecte des bâtiments de France relative aux toitures ne met en cause que l'exécution du permis, non sa légalité ; il est au demeurant sans fondement ;
•le coloris imposé pour les façades ne contrevient pas aux dispositions de l'article A 9 du plan local d'urbanisme ;
•le projet ne comporte pas de caveau et n'est donc pas soumis aux règles de construction applicables aux établissements recevant du public ;
•la circonstance que le maire de Saint-Désert lui avait précédemment opposé un refus de permis de construire est sans incidence sur la légalité de l'arrêté attaqué ;
•le projet ne méconnaît en rien l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme.
Par un mémoire en défense enregistré le 11 septembre 2024, la commune de Saint-Désert, représentée par Me Gourinat, conclut au rejet de la requête et à la condamnation de l'association " Fédération patrimoine environnement " et autres à lui verser la somme de 2 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;
Elle soutient que :
- ni l'association " Fédération patrimoine environnement " ni les personnes physiques requérantes ne justifient d'un intérêt leur donnant qualité pour agir ;
- aucun des moyens invoqués n'est de nature à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée ; en effet :
•le moyen par lequel il est excipé de l'illégalité du plan local d'urbanisme est inopérant, tant en application de l'article L. 600-1 du code de l'urbanisme que du fait qu'il n'est pas en outre argué de l'illégalité du permis au regard du document d'urbanisme antérieur ;
•le moyen tiré du caractère incomplet du dossier de permis, exempt de tout fondement juridique, manque en fait en ce qui concerne la déclaration au titre des installations classées et l'avis du service de l'assainissement non collectif ; ce moyen est inopérant en ce qu'il porte sur l'autorisation de voirie ;
•le moyen tiré de la prétendue violation du projet d'aménagement et de développement durables est inopérant et en tout état de cause infondé ;
•le moyen tiré de la violation des articles 5.20, 5.22 et 5.23 du document d'orientation et d'objectifs du schéma de cohérence territoriale est inopérant ;
•les administrations chargées de protéger le paysage de la route des Grands Vins n'avaient pas à être consultées, aucune atteinte n'étant portée à ce paysage ;
•le projet est indispensable à son développement, de sorte qu'il entre dans les prévisions de l'article A 2 du règlement du plan local d'urbanisme ;
•le moyen de la méconnaissance de l'article A 6 de ce règlement est inopérant ;
•la desserte routière du projet, à l'encontre de laquelle les requérants invoquent d'ailleurs inutilement l'article R. 111-5 du code de l'urbanisme, inapplicable en présence d'un plan local d'urbanisme, est suffisante et n'occasionne aucun danger pour la sécurité publique ;
•le moyen relatif à la prescription de l'architecte des bâtiments de France relative aux toitures est peu compréhensible et, en tout état de cause, ne met en cause que l'exécution du permis, non sa légalité ;
•le coloris imposé pour les façades ne contrevient pas aux dispositions de l'article A 9 du plan local d'urbanisme ;
•le projet ne comporte pas de caveau et n'est donc pas soumis aux règles de construction applicables aux établissements recevant du public ;
•le projet, substantiellement différent de celui qui avait donné lieu à un refus un an plus tôt, ne méconnaît en rien l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- la requête au fond n° 2402788, enregistrée le 15 août 2024.
Vu :
- le code de la construction et de l'habitation ;
- le code de l'urbanisme ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus, au cours de l'audience publique, tenue en présence de Mme Lelong, greffière d'audience :
- le rapport de M. Zupan, juge des référés ;
- les observations de Me Le Meignen, pour l'association " Fédération patrimoine environnement " et autres qui a repris les conclusions et moyens exposés dans le mémoire introductif d'instance, y ajoutant, à l'effet de compléter le moyen tiré de l'exception du plan local d'urbanisme du Grand Chalon approuvé en 2022, que le permis de construire contesté méconnaît le plan local d'urbanisme antérieur, qui classait le terrain en secteur Av totalement inconstructible ;
- les observations de Me Boulisset, pour l'EARL Les Chassin, qui a repris les conclusions et moyens exposés dans son mémoire en défense ;
- les observations de Me Gourinat, pour la commune de Saint-Désert, qui a repris les conclusions et moyens exposés dans son mémoire en défense.
L'instruction a été déclarée close à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. L'association " Fédération patrimoine-environnement " et autres demandent au juge des référés d'ordonner la suspension de l'exécution de l'arrêté, en date du 19 juin 2024, par lequel le maire de la commune de Saint-Désert a accordé à l'EARL Les Chassins un permis de construire en vue de l'édification de bâtiments abritant une cuverie, des caves à vin, un entrepôt de stockage et un laboratoire sur un terrain sis rue du Prieuré.
2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".
3. En l'état de l'instruction aucun des moyens susvisés, invoqués par l'association " Fédération patrimoine environnement " n'est de nature à faire naître un doute sérieux quant à la légalité du permis de construire attaqué. Par suite, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les fins de non-recevoir opposées en défense, non plus que sur la condition d'urgence, les conclusions aux fins de suspension de l'exécution de cette autorisation d'urbanisme doivent être rejetées.
4. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions accessoires présentées par l'EARL Les Chassins et la commune de Saint-Désert sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de l'association " Fédération patrimoine-environnement " et autres est rejetée.
Article 2 : Les conclusions de l'EARL Les Chassins et la commune de Saint-Désert tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à l'association " Fédération patrimoine environnement ", à Mme I D et M. E G, à M. et Mme A F, à Mme H J, à M. et Mme C B, à l'EARL Les Chassins et à la commune de Saint-Désert.
Fait à Dijon, le 16 septembre 2024.
Le président du tribunal, juge des référés,
David Zupan
La République mande et ordonne au préfet de Saône-et-Loire, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
La greffière
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026