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AccueilJurisprudence administrativeN° TA21-2402942

Tribunal Administratif de Dijon — Décision N° TA21-2402942

lundi 16 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Dijon
SectionTribunal Administratif de Dijon
N° DossierTA21-2402942
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Avocat requérantSCP THEMIS AVOCATS & ASSOCIES

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Dijon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la décision de placement à l'isolement d'un détenu prise par le directeur du centre pénitentiaire de Joux-la-Ville le 1er août 2024. Le juge a estimé qu'aucun moyen soulevé par le requérant, notamment l'incompétence de l'auteur de l'acte et l'erreur d'appréciation au regard des articles R. 213-22 et R. 213-23 du code pénitentiaire, n'était de nature à créer un doute sérieux sur la légalité de la décision. En conséquence, la condition d'urgence n'a pas été examinée et les conclusions à fin d'injonction et de frais d'instance ont été rejetées. L'aide juridictionnelle provisoire a toutefois été accordée au requérant.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 30 août 2024, M. A B, représenté par la SCP Themis Avocats et associés, demande au juge des référés :

1°) de lui accorder, à titre provisoire, le bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) de suspendre, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, l'exécution de la décision du 1er août 2024 par laquelle le directeur du centre pénitentiaire de Joux-la-Ville a ordonné son placement à l'isolement ;

3°) d'enjoindre au directeur du centre pénitentiaire de Joux-la-Ville d'ordonner la levée de son isolement dans un délai de quinze jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de cent euros par jours de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat, à verser à son conseil, la somme de 1 500 euros au titre des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 19991 sur l'aide juridique.

Il soutient que :

- s'agissant de l'urgence :

- l'urgence est établie, s'agissant d'une décision de placement à l'isolement d'une personne détenue, l'administration pénitentiaire ne faisant état d'aucune circonstance particulière de nature à renverser la présomption d'urgence ;

- s'agissant du doute sérieux quant à la légalité de la décision contestée :

- le décision contestée est entachée d'incompétence de l'auteur de l'acte, en méconnaissance des dispositions de l'article R. 213-23 du code pénitentiaire, d'erreur d'appréciation au regard des dispositions de l'article R. 213-22 du code pénitentiaire et d'inexactitude matérielle des faits, dès lors que les faits qui fondent la mesure en litige, relatifs à des faits de racket, d'observations négatives et de compte-rendu d'incidents, notamment pour menaces, refus de réintégrer sa cellule, violences physiques, détention de substances prohibées, et comportement méfiant à l'égard du personnel pénitentiaire, ne caractérisent pas un risque actuel pour la sécurité de l'établissement et des personnes, et que certains faits ne sont pas établis, notamment son implication dans des faits de racket.

Par un mémoire en défense, enregistré le 10 septembre 2024, le ministre de la justice conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête enregistrée sous le n° 2402941 par laquelle M. B demande l'annulation de la décision attaquée du 1er août 2024.

Vu :

- le code pénitentiaire ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Nicolet, vice-président, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique, M. Nicolet a lu son rapport et entendu :

- les observations de Me Weber, pour le compte du requérant, qui a repris les conclusions et moyens exposés dans sa requête, et qui a en outre indiqué que la présomption d'urgence n'est pas renversée dès lors notamment que le profil pénal ne peut être pris en compte à ce titre, que le doute sérieux est établi aux motifs que les faits retenus ne peuvent fonder la mesure en litige dès lors qu'ils sont susceptibles d'être qualifiés de fautes disciplinaires relevant d'une procédure disciplinaire, que les faits de racket ne sont pas établis, et que les faits de méfiance à l'égard du personnel pénitentiaire ne peuvent fonder la mesure en litige, de même que ceux qui font l'objet d'observations négatives dès lors qu'ils sont d'une très faible gravité et qu'ils ne menacent pas la sécurité de l'établissement.

L'instruction a été close à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Eu égard à l'urgence, il y a lieu d'accorder au requérant l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

2. Aux termes des dispositions du premier alinéa de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision ".

3. Et aux termes de l'article L. 213-8 du code pénitentiaire : " Toute personne détenue majeure peut être placée par l'autorité administrative, pour une durée maximale de trois mois, à l'isolement par mesure de protection ou de sécurité soit à sa demande, soit d'office. (). ".

4. En l'état de l'instruction, il n'est fait état d'aucun moyen propre à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision contestée.

5. Par suite, il y a lieu de rejeter le surplus des conclusions de la requête, y compris les conclusions à fin d'injonction et celles relatives aux frais de l'instance.

O R D O N N E :

Article 1er : Il y a lieu d'accorder à M. B l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B, au garde des sceaux, ministre de la justice et à la SCP Themis Avocats et associés.

Copie en sera adressée au bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Dijon.

Fait à Dijon, le 16 septembre 2024.

Le juge des référés,

Ph. Nicolet

La République mande et ordonne au garde des sceaux, ministre de la justice en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Le greffier,

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