mercredi 25 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Dijon |
| Section | Tribunal Administratif de Dijon |
| N° Dossier | TA21-2402964 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 2 septembre 2024, et un mémoire en réplique, enregistré le 17 septembre 2024, M. B A, représenté par Me Balima, avocat, demande au juge des référés :
1°) d'ordonner, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de la décision du 23 juillet 2024 du préfet de la Côte d'Or rejetant sa demande de regroupement familial au profit de son épouse, Mme C ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Côte d'Or de procéder à un nouvel examen de sa situation dans un délai de 15 jours à compter de la notification de la décision à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;
3° de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
4°) de mettre les dépens à la charge de l'Etat.
M. A soutient que :
- la condition d'urgence est remplie dès lors que la décision les maintient séparés, qu'elle porte atteinte à leur droit au respect de leur vie privée et familiale, que son épouse est isolée en Iran où elle est exposée à un risque d'expulsion vers son pays d'origine, l'Afghanistan, où la situation des femmes est dramatique ;
- il peut justifier de l'existence de moyens sérieux, et tenant à ce que :
o le signataire de la décision est incompétent ;
o la décision est insuffisamment motivée ;
o il n'est pas établi que le maire a été saisi pour avis, conformément aux dispositions de l'article L. 434-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
o il y a une violation de l'article L. 434-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
o il y a défaut d'examen particulier de sa situation ;
o il y a violation de l'article L 434-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors qu'il est marié ;
o il y a violation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
o il y a violation de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
o il y a erreur manifeste d'appréciation ;
o les revenus " Uber " n'ont pas été pris en compte.
Par un mémoire en défense, enregistré le 13 septembre 2024, le préfet de la Côte d'Or conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que la condition d'urgence n'est pas remplie, et que le requérant ne fait état d'aucun moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- la requête n° 2402963, enregistrée le 2 septembre 2024, tendant à l'annulation de la décision susvisée du 23 juillet 2024 ;
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a, par une décision du 11 janvier 2024, désigné M. D pour exercer les fonctions de juge des référés au titre du livre V du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique qui s'est tenue le 18 septembre 2024 en présence de Mme Lelong, greffière, M. D a lu son rapport et entendu les observations de Me Balima, pour M. A, et de M. E pour le département de la Côte d'Or.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant afghan, a sollicité l'introduction en France de son épouse au titre du regroupement familial. Par une décision du 23 juillet 2024, le préfet de la Côte d'Or a rejeté sa demande. Par une requête n° 2402963, enregistrée le 2 septembre 2024, M. A a demandé l'annulation de cette décision. Par la présente requête, il demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution de cette décision.
Sur l'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :
2. Aux termes du premier alinéa l'article 20 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ".
3. La présente requête présente les caractéristiques de l'urgence prévue par les dispositions citées au point 2. Il y a dès lors lieu d'admettre, à titre provisoire, M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions tendant à la suspension de l'exécution de la décision du préfet de la Côte d'Or du 23 juillet 2024 :
4. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".
5. En premier lieu, les moyens tirés de ce que le signataire de la décision serait incompétent, et de ce que la décision serait insuffisamment motivée n'apparaissent pas, en l'état de l'instruction, de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée, eu égard à la délégation de signature produite par le préfet de la Côte d'Or, et au motifs retenus par la décision attaquée. Il en va de même du moyen tiré du défaut d'examen particulier de sa situation.
6. En deuxième lieu, en vertu de l'article R. 434-24 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'avis du maire est réputé rendu à l'expiration d'un délai de deux mois à compte de la communication du dossier par l'autorité administrative. Le moyen tiré de l'absence d'avis du maire de Dijon n'apparait pas, en l'état de l'instruction, de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée.
7. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 434-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; " L'étranger qui séjourne régulièrement en France depuis au moins dix-huit mois, sous couvert d'un des titres d'une durée de validité d'au moins un an prévus par le présent code ou par des conventions internationales, peut demander à bénéficier de son droit à être rejoint, au titre du regroupement familial : / 1° Par son conjoint, si ce dernier est âgé d'au moins dix-huit ans ; / 2° Et par les enfants du couple mineurs de dix-huit ans ". Le préfet de la Côte d'Or n'a pas, sur la base de cet article, refusé la demande de regroupement familial que M. A lui avait soumise au motif que l'ancienneté du mariage était insuffisante, ce qu'il a fait sur le fondement de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, mais au motif que les ressources de l'intéressé étaient insuffisantes, au sens de l'article L. 434-7 du même code, qui dispose que : " L'étranger qui en fait la demande est autorisé à être rejoint au titre du regroupement familial s'il remplit les conditions suivantes : / 1° Il justifie de ressources stables et suffisantes pour subvenir aux besoins de sa famille ". Par ailleurs, il est constant au vu des pièces du dossier et des débats à l'audience que les ressources de M. A, même en tenant compte d'un appoint allégué qui résulterait d'une activité d'auto-entrepreneur auprès de la Uber, sont nettement inférieurs au SMIC, et par suite insuffisants. Les moyens tirés de la violation des article L. 434-2 et L. 434-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile n'apparaissent pas ainsi, en l'état de l'instruction, de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée.
8. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". M. A n'est marié que depuis un an à la date de la décision attaquée, et ne peut justifier d'aucune vie commune avec son épouse, qui vit en Iran, et le couple n'ayant pas d'enfant. Le moyen tiré de la violation des stipulations précitées n'apparait pas, en l'état de l'instruction, de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée.
9. En cinquième lieu, si M. A invoque les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, aux termes desquelles : " " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ", il n'invoque aucun risque qu'il encourrait lui-même à titre personnel. S'il fait état de risques encourus par son épouse, qui n'est pas partie à l'instance, ces risques ne sont en tout état de cause pas établis par les pièces du dossier, l'intéressée n'ayant elle-même pas sollicité la protection de la France au titre de l'asile. Le moyen tiré de la violation des stipulations précitées n'apparait pas, en l'état de l'instruction, de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée.
10. En dernier lieu, et pour les mêmes motifs que ceux exposés aux points 8 et 9 ci-dessus, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation n'apparait pas, en l'état de l'instruction, de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée.
11. Il résulte de ce qui précède qu'aucun des moyens invoqués n'apparait, en l'état de l'instruction, de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée. Par suite, et sans qu'il soit besoin de rechercher si la condition d'urgence est en l'espèce remplie, M. A n'est pas fondé à demander la suspension de l'exécution de la décision du 23 juillet 2024 du préfet de la Côte d'Or rejetant sa demande de regroupement familiale au profit de son épouse, Mme C. Sa requête doit être rejetée, y compris les conclusions à fin d'injonction, celles tendant à l'application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991, et celles relatives au dépens, la présente instance n'ayant, au surplus, généré aucun dépens.
ORDONNE :
Article 1er : M. A est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A est rejeté.
Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A et au préfet de la Côte d'Or.
Copie en sera adressée au bureau d'aide juridictionnelle près le Tribunal judiciaire de Dijon.
Fait à Dijon le 25 septembre 2024.
Le juge des référés,
P. D
La République mande et ordonne au préfet de la Côte d'Or, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
Le greffier,
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2608798
03/08/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2606201
03/08/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2600562
03/08/2026
Tribunal Administratif de MELUN — N° TA77-2611484
03/08/2026