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AccueilJurisprudence administrativeN° TA21-2402974

Tribunal Administratif de Dijon — Décision N° TA21-2402974

lundi 16 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Dijon
SectionTribunal Administratif de Dijon
N° DossierTA21-2402974
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationJU REFERE ETRANGERS 15 JOURS
Avocat requérantGRENIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 2 et 11 septembre 2024, M. C, représenté par Me Grenier, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 13 août 2024, par laquelle la directrice territoriale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a refusé de lui octroyer le bénéfice des conditions matérielles d'accueil ;

2°) d'enjoindre à l'Office français de l'immigration et de l'intégration de lui octroyer le bénéfice des conditions matérielles d'accueil ou à défaut de réexaminer sa situation dans un délai de quarante-huit heures à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration la somme de 1 000 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- à titre principal, la décision attaquée est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation, dès lors que c'est en raison de l'aggravation des conditions de vie en Haïti, qui a conduit sa famille à quitter ce pays, qu'il a demandé l'asile tardivement ; il pouvait subvenir à ses besoins jusqu'ici, mais l'administration vient de lui refuser le renouvellement de son titre de séjour " étudiant ", ce qui le prive de la possibilité de travailler ;

- la directrice territoriale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a commis une erreur de droit, dès lors qu'elle lui a refusé le bénéfice des conditions matérielles d'accueil sans tenir compte de sa situation de vulnérabilité, sans procéder à un examen particulier de sa situation et sans tenir compte du motif légitime pour lequel il a formé tardivement sa demande ;

- il appartient à l'administration de justifier qu'un examen de vulnérabilité a eu lieu, réalisé par un agent qualifié à cet effet.

Par un mémoire en défense, enregistré le 12 septembre 2024, l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. A, par une décision du 22 juillet 2024 pour statuer sur les requêtes relevant des procédures régies par les articles L. 921-1 à L. 922-3 et R. 921-1 à R. 922-28 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement convoquées à l'audience du 16 septembre 2024 à 8 heures 45 minutes.

Ont été entendu au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Irénée Hugez ;

- les observations de Me Grenier, représentant M. B, qui reprend la teneur de la requête, du mémoire produit et des pièces qui les accompagnaient et qui soutient en outre que l'identité de la personne ayant réalisé l'entretien d'évaluation de la vulnérabilité n'est pas établie, qu'il n'est pas davantage établi sa qualification à cet effet, que la légitimité du motif de son retard à former une demande d'asile n'a pas été examiné et qu'en l'espèce, un tel motif existait.

L'Office français de l'immigration et de l'intégration n'était ni présent ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience à 8 heures 57 minutes.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant haïtien, né le 11 septembre 1999 en Haïti, est entré en France le 23 novembre 2021. Il a bénéficié d'un visa de long séjour en qualité d'étudiant valable jusqu'au 6 septembre 2022 et a formé une demande d'asile le 13 août 2024. Par une décision du 13 août 2024, dont M. B demande l'annulation au juge de l'excès de pouvoir, l'Office français de l'immigration et de l'intégration lui a refusé l'octroi du bénéfice des conditions matérielles d'accueil.

Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes du premier alinéa de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président. ".

3. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de prononcer l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle de M. B.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

4. Aux termes de l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les conditions matérielles d'accueil sont refusées, totalement ou partiellement, au demandeur, dans le respect de l'article 20 de la directive 2013/33/ UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 établissant des normes pour l'accueil des personnes demandant la protection internationale, dans les cas suivants : / () 4° Il n'a pas sollicité l'asile, sans motif légitime, dans le délai prévu au 3° de l'article L. 531-27. / La décision de refus des conditions matérielles d'accueil prise en application du présent article est écrite et motivée. / Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur. ". Aux termes de l'article L. 531-27 du même code : " L'Office français de protection des réfugiés et apatrides statue en procédure accélérée à la demande de l'autorité administrative chargée de l'enregistrement de la demande d'asile dans les cas suivants : / () 3° Sans motif légitime, le demandeur qui est entré irrégulièrement en France ou s'y est maintenu irrégulièrement n'a pas présenté sa demande d'asile dans le délai de quatre-vingt-dix jours à compter de son entrée en France ; () ". Aux termes de l'article D. 551-17 de ce code : " La décision de refus des conditions matérielles d'accueil prise en application de l'article L. 551-15 est écrite et motivée. Elle prend en compte la situation particulière et la vulnérabilité de la personne concernée. Elle prend effet à compter de sa signature. ".

5. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 522-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " A la suite de la présentation d'une demande d'asile, l'Office français de l'immigration et de l'intégration est chargé de procéder, dans un délai raisonnable et après un entretien personnel avec le demandeur d'asile, à une évaluation de la vulnérabilité de ce dernier afin de déterminer, le cas échéant, ses besoins particuliers en matière d'accueil. Ces besoins particuliers sont également pris en compte s'ils deviennent manifestes à une étape ultérieure de la procédure d'asile. Dans la mise en œuvre des droits des demandeurs d'asile et pendant toute la période d'instruction de leur demande, il est tenu compte de la situation spécifique des personnes vulnérables. ". Aux termes de l'article L. 522-2 du même code : " L'évaluation de la vulnérabilité du demandeur est effectuée par des agents de l'Office français de l'immigration et de l'intégration ayant reçu une formation spécifique à cette fin. ". Aux termes de l'article L. 522-3 de ce code : " L'évaluation de la vulnérabilité vise, en particulier, à identifier les mineurs, les mineurs non accompagnés, les personnes en situation de handicap, les personnes âgées, les femmes enceintes, les parents isolés accompagnés d'enfants mineurs, les victimes de la traite des êtres humains, les personnes atteintes de maladies graves, les personnes souffrant de troubles mentaux et les personnes qui ont subi des tortures, des viols ou d'autres formes graves de violence psychologique, physique ou sexuelle, telles que des mutilations sexuelles féminines. ".

6. Les conditions matérielles d'accueil sont proposées au demandeur d'asile par l'Office français de l'immigration et de l'intégration après l'enregistrement de la demande d'asile. Dans le cas où elle envisage de refuser les conditions matérielles d'accueil sur le fondement de l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il appartient à l'autorité compétente de l'Office français de l'immigration et de l'intégration d'apprécier la situation particulière du demandeur au regard notamment de sa vulnérabilité, de ses besoins en matière d'accueil ainsi que, le cas échéant, des raisons pour lesquelles il n'a pas respecté les obligations auxquelles il devait déférer pour bénéficier des conditions matérielles d'accueil.

7. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que M. B a fait l'objet le 13 août 2024, lors de la présentation de sa demande d'asile, d'un entretien pour l'évaluation de sa vulnérabilité par un agent de la direction territoriale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. En outre, les dispositions précitées n'imposent pas que soit portée la mention, sur le compte-rendu d'entretien de vulnérabilité, de l'identité de l'agent qui a conduit l'entretien, lequel en l'absence d'élément contraire, doit être regardé comme ayant reçu la formation spécifique mentionnée à l'article L. 522-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Au demeurant, l'intéressé ne fait valoir aucune circonstance susceptible d'établir qu'il n'aurait pas été reçu par un agent ayant bénéficié de la formation prévue. Par suite, le moyen tiré du vice de procédure doit être écarté.

8. En deuxième lieu, il ne ressort ni des termes de la décision attaquée ni d'aucune autre pièce du dossier que l'autorité compétente de l'Office français de l'immigration et de l'intégration n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation de M. B ni qu'elle aurait pris sa décision sans tenir compte de la vulnérabilité de l'intéressé ou du motif pour lequel il a demandé tardivement l'asile. Par suite, ce moyen doit être écarté.

9. En troisième lieu, si le requérant soutient que la décision attaquée est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation, que c'est en raison de l'aggravation des conditions de vie en Haïti, qui a conduit sa famille à quitter ce pays, qu'il a demandé l'asile tardivement, qu'il pouvait subvenir à ses besoins jusqu'ici mais que l'administration vient de lui refuser le renouvellement de son titre de séjour " étudiant ", ce qui le prive de la possibilité de travailler, il n'apporte aucun élément dans la présente instance de nature à étayer ses allégations, alors que l'Office français de l'immigration et de l'intégration fait valoir qu'il a déclaré, lors de l'entretien d'évaluation de sa vulnérabilité, être hébergé et bénéficier de salaires nets de 900 euros par mois, et ne justifie aucunement de la situation particulière qui serait la sienne. Il n'établit pas davantage le motif légitime dont il se prévaut, qui justifierait le délai qui s'est écoulé entre son entrée sur le territoire français et son dépôt d'une demande d'asile. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.

10. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la recevabilité de la requête, que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 13 août 2024, par laquelle la directrice territoriale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration lui a refusé l'octroi du bénéfice des conditions matérielles d'accueil. Ses conclusions à fin d'annulation, et par voie de conséquence ses conclusions à fin d'injonction et ses conclusions au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, doivent donc être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : M. C est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. B est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C, à l'Office français de l'immigration et de l'intégration et à Me Mathilde Grenier.

Copie en sera adressée au bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Dijon et au préfet de Saône-et-Loire.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 septembre 2024.

Le magistrat désigné,

I. A

La greffière,

L. Lelong

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

La greffière,

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