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AccueilJurisprudence administrativeN° TA21-2403013

Tribunal Administratif de Dijon — Décision N° TA21-2403013

mercredi 11 juin 2025

JuridictionTribunal Administratif de Dijon
SectionTribunal Administratif de Dijon
N° DossierTA21-2403013
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantN DIAYE CATHERINE

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Dijon a rejeté la requête de M. C, ressortissant marocain, qui contestait l'arrêté du préfet de Saône-et-Loire du 9 juillet 2024 lui retirant sa carte de résident pour menace grave à l'ordre public. Le tribunal a estimé que la procédure était régulière, la consultation de la commission du titre de séjour n'étant pas requise en l'espèce, et que le retrait était fondé sur l'article L. 432-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, applicable aux ressortissants marocains. La décision n'a pas été jugée disproportionnée au regard du droit au respect de la vie privée et familiale garanti par l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 3 septembre 2024, M. B C, représenté par Me N'Diaye, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 9 juillet 2024 par lequel le préfet de Saône-et-Loire a procédé au retrait de sa carte de résident ;

2°) d'enjoindre au préfet de Saône-et-Loire de lui délivrer une carte de résident à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 150 euros par jour de retard ou, à défaut, de réexaminer sa situation dans un délai de huit jours à compter de la notification du jugement à intervenir et de lui délivrer durant cet examen une autorisation provisoire de séjour, sous la même astreinte ;

3°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire et de mettre à la charge de l'État la somme de 2 000 euros sur le fondement des dispositions combinées de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision de retrait de sa carte de résident est entachée d'un vice de procédure dès lors que la commission du titre de séjour aurait dû être sollicitée pour avis puisqu'il réside depuis plus de dix ans en France ;

- cette décision est entachée d'une erreur de droit dès lors que l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 ne permet pas le retrait d'une carte de résident au motif que l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'il ne constitue pas une menace grave, réelle et actuelle à l'ordre public et que le préfet aurait dû tenir compte de l'ancienneté de son séjour et de ses liens avec la France ;

- elle porte une atteinte excessive à son droit au respect de sa vie privée et familiale au regard des buts poursuivis et elle a été prise en violation des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il remplit les conditions pour bénéficier des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense enregistré le 2 octobre 2024, le préfet de Saône-et-Loire conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens invoqués n'est fondé.

Par une ordonnance du 4 octobre 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au

25 octobre 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord entre le gouvernement de la République française et le gouvernement du royaume du Maroc du 9 octobre 1987 en matière de séjour et d'emploi ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A seul été entendu, au cours de l'audience publique, le rapport de Mme A, les parties n'étant ni présentes ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant marocain, né le 13 avril 1988, est entré sur le territoire français le 6 décembre 2006 dans le cadre d'une procédure de regroupement familial. Par courrier du 19 juin 2024, notifié le 28 juin 2024 et demeuré sans réponse, le préfet de

Saône-et-Loire l'a informé de son intention de lui retirer la carte de résident valable du

19 janvier 2017 au 18 janvier 2027 dont il était titulaire. Par un arrêté du 9 juillet 2024, notifié le 12 juillet 2024, le préfet de Saône-et-Loire lui a retiré sa carte de résident pour menace grave pour l'ordre public sur le fondement de l'article L. 432-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par la présente requête, M. C sollicite l'annulation de cette décision.

Sur l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente () ".

3. En raison de l'urgence, il y a lieu de prononcer, en application des dispositions précitées, l'admission provisoire de M. C au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

4. En premier lieu, aux termes de l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Dans chaque département est instituée une commission du titre de séjour qui est saisie pour avis par l'autorité administrative : () / 5° Lorsqu'elle envisage de refuser le renouvellement ou de retirer une carte de séjour pluriannuelle ou une carte de résident dans le cas prévu à l'article L. 412-10 ". Aux termes de l'article L. 412-10 du même code : " Lorsque la décision de refus de renouvellement ou de retrait concerne une carte de séjour pluriannuelle ou une carte de résident, l'autorité administrative prend en compte la gravité ou la réitération des manquements au contrat d'engagement au respect des principes de la République ainsi que la durée du séjour effectuée sous le couvert d'un document de séjour en France. Cette décision ne peut être prise si l'étranger bénéficie des articles L. 424-1, L. 424-9, L. 424-13 ou L. 611-3. La décision de refus de renouvellement ou de retrait d'une carte de séjour pluriannuelle ou d'une carte de résident est prise après avis de la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14 ".

5. Il résulte des dispositions précitées que l'avis de la commission du titre de séjour n'est requis au titre de l'article L. 412-10 précité que lorsque le retrait ou le refus de renouvellement envisagé est fondé sur le non-respect, par l'étranger, du contrat d'engagement au respect des principes de la République, prévu par l'article L. 412-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

6. Dans le cas d'espèce, il est constant que le préfet de Saône-et-Loire a retiré la carte de résident dont bénéficiait M. C non pas en se fondant sur les dispositions de l'article

L. 412-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, mais sur le fondement de l'article L. 432-4 de ce code. Par suite, le préfet Saône-et-Loire n'était pas tenu de saisir la commission du titre de séjour avant d'édicter ce retrait.

7. En deuxième lieu, d'une part aux termes de l'article 9 de l'accord franco-marocain : " Les dispositions du présent Accord ne font pas obstacle à l'application de la législation des deux Etats sur le séjour des étrangers sur tous les points non traités par l'Accord. / () ". L'accord franco-marocain renvoie ainsi, sur tous les points qu'il ne traite pas, à la législation nationale, en particulier aux dispositions pertinentes du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et du code du travail pour autant qu'elles ne sont pas incompatibles avec les stipulations de l'accord et nécessaires à sa mise en œuvre. Aucune stipulation de l'accord franco-marocain précité ne traite du retrait des titres de séjour octroyés aux ressortissants marocains en France. Ainsi, les dispositions de l'article L. 432-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile leur sont applicables. Par suite, la décision n'est pas entachée d'une erreur de droit.

8. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 432-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle peut, par une décision motivée, être retirée à tout étranger dont la présence en France constitue une menace pour l'ordre public / Une carte de résident ou la carte de résident portant la mention

" résident de longue durée-UE " peut, par décision motivée, être retirée à tout étranger dont la présence en France constitue une menace grave pour l'ordre public ".

9. Lorsque l'administration oppose à un ressortissant étranger un motif lié à la menace à l'ordre public pour refuser de faire droit à sa demande de titre de séjour ou retirer celui-ci, il appartient au juge de l'excès de pouvoir, saisi d'un moyen en ce sens, de rechercher si les faits qu'elle invoque à cet égard sont de nature à justifier légalement sa décision. La menace pour l'ordre public s'apprécie au regard de l'ensemble des éléments de fait et de droit caractérisant le comportement personnel de l'étranger en cause. Il n'est donc ni nécessaire, ni suffisant que le demandeur ait fait l'objet de condamnations pénales. L'existence de celles-ci constitue cependant un élément d'appréciation au même titre que d'autres éléments tels que la nature, l'ancienneté ou la gravité des faits reprochés à la personne ou encore son comportement habituel.

10. Il ressort des pièces du dossier que M. C a été condamné le

8 septembre 2023 par le tribunal correctionnel de Mâcon à une peine d'un an d'emprisonnement pour vol avec violence ayant entraîné une incapacité totale de travail n'excédant pas huit jours, en récidive, le 15 avril 2021, par le tribunal correctionnel de Paris à une peine d'un an d'emprisonnement pour vol avec violence ayant entraîné une incapacité totale de travail supérieure à huit jours, le 7 mai 2020, par le président du tribunal judiciaire de Paris à une amende de 300 euros pour dégradation ou détérioration d'un bien appartenant à autrui et le

10 novembre 2014, par le tribunal correctionnel de Paris à une amende de 500 euros pour destruction d'un bien appartenant à autrui. Le requérant se prévaut de son comportement exemplaire et de ses efforts de réinsertion professionnelle et sociale. Toutefois, en raison de la réitération de faits délictueux sur une période s'étalant sur près de dix ans, de la gradation dans la gravité des faits qui lui sont reprochés et de leur commission en récidive pour les plus récents d'entre eux, le préfet de Saône-et-Loire a pu considérer, sans commettre d'erreur d'appréciation, que M. C représentait une menace grave, actuelle et réelle pour l'ordre public.

11. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () ". Pour l'application de ces stipulations, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.

12. En l'espèce, M. C se prévaut de sa durée de séjour en France, dix-huit ans à la date de la décision attaquée, et d'y résider régulièrement, au même titre que sa fratrie. Toutefois, en ne versant à la présente instance que des contrats de travail datant de 2011 et 2012, à l'exception d'un contrat à durée déterminée de moins d'un mois, en décembre 2021, il ne fait pas valoir d'activité professionnelle stable et ne peut être regardé comme témoignant d'une insertion professionnelle en France. Célibataire et sans enfant, il n'établit pas, par ailleurs, être dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine où il a vécu jusqu'à l'âge de dix-huit ans. Par suite, la décision en litige n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise et n'a donc pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

13. En dernier lieu, dès lors que l'arrêté en litige porte seulement retrait de la carte de résident de M. C, ce dernier ne peut utilement se prévaloir des dispositions de l'article

L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

14. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. C doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

15. Par voie de conséquence du rejet des conclusions à fin d'annulation, les conclusions à fin d'injonction sous astreinte doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

16. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une quelconque somme soit mise à la charge de l'Etat qui n'est pas, dans la présente affaire, la partie perdante. Les conclusions présentées en ce sens par M. C doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : M. C est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Les conclusions présentées par M. C sont rejetées pour le surplus.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B C et au préfet de Saône-et-Loire.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur.

Délibéré après l'audience du 15 mai 2025, à laquelle siégeaient :

M. Olivier Rousset, président,

Mme Valérie Zancanaro, première conseillère,

Mme Céline Frey, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 juin 2025.

La rapporteure,

C. ALe président,

O. Rousset

La greffière,

C. Chapiron

La République mande et ordonne au préfet de Saône-et-Loire, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

La greffière,

N°2403013

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