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AccueilJurisprudence administrativeN° TA21-2403054

Tribunal Administratif de Dijon — Décision N° TA21-2403054

mercredi 18 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Dijon
SectionTribunal Administratif de Dijon
N° DossierTA21-2403054
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationJU REFERE ETRANGERS 15 JOURS
Avocat requérantSI HASSEN MYRIAM

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 6 septembre 2024, M. C, représenté par Me Si Hassen, demande au tribunal :

1°) de lui accorder, à titre provisoire, le bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler l'arrêté du 19 août 2024 par lequel le préfet du Doubs a prononcé sa remise aux autorités suédoises ;

3°) d'annuler l'arrêté du 19 août 2024 par lequel le préfet du Doubs l'a assigné à résidence dans le département de l'Yonne pour une durée de quarante-cinq jours ;

4°) d'enjoindre au préfet du Doubs, à titre principal de lui délivrer une attestation de demande d'asile en procédure normale, et à titre subsidiaire de réexaminer sa situation, dans un délai de huit jours à compter de la notification du jugement à intervenir ;

5°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son avocat sur le fondement des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

S'agissant de l'arrêté portant remise aux autorités suédoises :

- la décision est entachée d'un vice de procédure, dès lors que le préfet du Doubs n'apporte pas la preuve qu'il aurait bénéficié des informations prévues par l'article 4 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013, dans une langue qu'il comprend ;

- il appartient au préfet du Doubs d'établir qu'il a bénéficié d'un entretien individuel prévu à l'article 5 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 ;

- il appartient au préfet du Doubs de prouver l'existence d'une demande de reprise en charge faite à la Suède et d'une décision explicite d'acceptation des autorités suédoises ;

- alors que cet arrêté est fondé sur le b du 1 de l'article 18 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013, il n'est pas établi que l'intéressé aurait déposé une demande d'asile en Suède ou dans un autre Etat membre que la France ;

S'agissant de l'arrêté portant assignation à résidence :

- il doit être annulé, dès lors qu'il est fondé sur un arrêté de remise aux autorités suédoises, lui-même illégal ;

- il n'est pas motivé et le préfet n'a pas justifié la nécessité de pointer chaque jour du lundi au vendredi à la gendarmerie.

Par un mémoire en défense, enregistré le 17 septembre 2024, le préfet du Doubs conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le règlement (CE) n° 1560/2003 de la Commission du 2 septembre 2003 ;

- le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. A, par une décision du 22 juillet 2024 pour statuer sur les requêtes relevant des procédures régies par les articles L. 921-1 à L. 922-3 et R. 921-1 à R. 922-28 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement convoquées à l'audience du 18 septembre 2024 à 8 heures 30 minutes.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Irénée Hugez ;

- et les observations de Me Si Hassen, représentant M. B, qui soutient qu'il souhaite rester en France, dès lors que le traitement des demandes d'asile en Suède n'est pas aussi favorable qu'en France.

Le préfet du Doubs n'était ni présent ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience à 8 heures 35 minutes.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant centrafricain, né en 1997 à Bangui en République centrafricaine, est entré irrégulièrement sur le territoire français. Il a présenté une demande d'asile le 7 août 2024. L'examen de ses empreintes digitales a fait apparaître qu'il a déposé antérieurement une demande d'asile en Suède. Les autorités suédoises ont été saisies d'une demande de reprise en charge le 9 août 2024 et ont accepté explicitement cette demande le 13 août 2024. Le 19 août 2024, le préfet du Doubs a pris deux arrêtés, notifiés le 3 septembre 2024 par voie administrative, l'un prononçant la remise de l'intéressé aux autorités suédoises et l'autre l'assignant à résidence dans le département de l'Yonne pour une durée de quarante-cinq jours, renouvelable trois fois. M. B demande au tribunal l'annulation de ces deux arrêtés.

Sur les conclusions à fin d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes du premier alinéa de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par la juridiction compétente ou son président. ".

3. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de prononcer l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle de M. B.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la remise aux autorités suédoises :

4. En premier lieu, aux termes de l'article 4 du règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013, établissant les critères et mécanismes de détermination de l'État membre responsable de l'examen d'une demande de protection internationale introduite dans l'un des États membres par un ressortissant de pays tiers : " 1. Dès qu'une demande de protection internationale est introduite au sens de l'article 20, paragraphe 2, dans un État membre, ses autorités compétentes informent le demandeur de l'application du présent règlement et notamment : / a) des objectifs du présent règlement () / b) des critères de détermination de l'État membre responsable, de la hiérarchie de ces critères au cours des différentes étapes de la procédure et de leur durée () / 2. Les informations visées au paragraphe 1 sont données par écrit, dans une langue que le demandeur comprend ou dont on peut raisonnablement supposer qu'il la comprend. Les États membres utilisent la brochure commune rédigée à cet effet en vertu du paragraphe 3. / Si c'est nécessaire à la bonne compréhension du demandeur, les informations lui sont également communiquées oralement, par exemple lors de l'entretien individuel () ". Il résulte de ces dispositions que le demandeur d'asile auquel l'administration entend faire application du règlement du 26 juin 2013 doit se voir remettre, dès le moment où le préfet est informé de ce qu'il est susceptible d'entrer dans le champ d'application de ce règlement, et en tout état de cause en temps utile, une information complète sur ses droits, par écrit et dans une langue qu'il comprend.

5. Il ressort des pièces du dossier que M. B s'est vu délivrer, le 7 août 2024, deux brochures d'informations, dites " A " (J'ai demandé l'asile dans l'Union européenne - Quel pays sera responsable de l'analyse de ma demande d'asile ') et " B " (Je suis sous procédure Dublin - Qu'est-ce que cela signifie '), dont les pages de garde comportent la signature de l'intéressé. Ces documents constituent la brochure commune visée au paragraphe 3 de l'article 4 du règlement précité et contiennent l'intégralité des informations prévues au paragraphe 1 de cet article. Ces brochures ont été remises à l'intéressé en langue française, langue qu'il ne conteste pas lire, parler et comprendre. En outre, M. B a signé sans aucune réserve le résumé de son entretien individuel, intervenu le même jour en langue française, au cours duquel il n'a fait état d'aucune difficulté de compréhension, attestant que les informations sur les règlements communautaires lui ont été remises. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article 4 de ce règlement doit être écarté.

6. En deuxième lieu, aux termes de l'article 5, intitulé " Entretien individuel ", du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 : " 1. Afin de faciliter le processus de détermination de l'État membre responsable, l'État membre procédant à cette détermination mène un entretien individuel avec le demandeur. Cet entretien permet également de veiller à ce que le demandeur comprenne correctement les informations qui lui sont fournies conformément à l'article 4. () / 4. L'entretien individuel est mené dans une langue que le demandeur comprend ou dont on peut raisonnablement supposer qu'il la comprend et dans laquelle il est capable de communiquer. Si nécessaire, les États membres ont recours à un interprète capable d'assurer une bonne communication entre le demandeur et la personne qui mène l'entretien individuel. / 5. L'entretien individuel a lieu dans des conditions garantissant dûment la confidentialité. Il est mené par une personne qualifiée en vertu du droit national. / 6. L'État membre qui mène l'entretien individuel rédige un résumé qui contient au moins les principales informations fournies par le demandeur lors de l'entretien. Ce résumé peut prendre la forme d'un rapport ou d'un formulaire type. L'État membre veille à ce que le demandeur et/ou le conseil juridique ou un autre conseiller qui représente le demandeur ait accès en temps utile au résumé. ".

7. Il résulte des dispositions précitées que les autorités de l'Etat membre doivent, afin de faciliter le processus de détermination de l'Etat membre responsable de la demande d'asile, mener un entretien individuel avec le demandeur à l'effet notamment de veiller à ce que celui-ci a reçu et comprend les informations prévues à l'article 4.

8. Il ressort des pièces du dossier que, le 7 août 2024, M. B a bénéficié d'un entretien individuel réalisé en langue française, langue que l'intéressé ne conteste pas comprendre et parler, au cours duquel il a pu présenter ses observations et mentionner les raisons qui l'ont amené à fuir son pays d'origine, et à l'issue duquel il a attesté avoir reçu l'information sur les règlements communautaires. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 5 du règlement (UE) n° 604/2013, qui manque en fait, doit être écarté.

9. En troisième lieu, aux termes de l'article 18, paragraphe 1, du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 : " L'État membre responsable en vertu du présent règlement est tenu de : / () b) reprendre en charge, dans les conditions prévues aux articles 23, 24, 25 et 29, le demandeur dont la demande est en cours d'examen et qui a présenté une demande auprès d'un autre État membre ou qui se trouve, sans titre de séjour, sur le territoire d'un autre État membre ; / () d) reprendre en charge, dans les conditions prévues aux articles 23, 24, 25 et 29 le ressortissant de pays tiers ou l'apatride dont la demande a été rejetée et qui a présenté une demande auprès d'un autre État membre ou qui se trouve, sans titre de séjour, sur le territoire d'un autre État membre. ". Aux termes de l'article 23, paragraphe 1, du même règlement : " Lorsqu'un État membre auprès duquel une personne visée à l'article 18, paragraphe 1, point b), c) ou d), a introduit une nouvelle demande de protection internationale estime qu'un autre État membre est responsable conformément à l'article 20, paragraphe 5, et à l'article 18, paragraphe 1, point b), c) ou d), il peut requérir cet autre État membre aux fins de reprise en charge de cette personne. ". Aux termes de l'article 25 de ce règlement : " 1. L'État membre requis procède aux vérifications nécessaires et statue sur la requête aux fins de reprise en charge de la personne concernée aussi rapidement que possible et en tout état de cause dans un délai n'excédant pas un mois à compter de la date de réception de la requête. Lorsque la requête est fondée sur des données obtenues par le système Eurodac, ce délai est réduit à deux semaines. / 2. L'absence de réponse à l'expiration du délai d'un mois ou du délai de deux semaines mentionnés au paragraphe 1 équivaut à l'acceptation de la requête, et entraîne l'obligation de reprendre en charge la personne concernée, y compris l'obligation d'assurer une bonne organisation de son arrivée. ".

10. En l'espèce, le préfet du Doubs produit à l'instance l'accusé de réception du formulaire de demande de reprise en charge adressé le 9 août 2024 aux autorités suédoises et la décision du 13 août 2024 de ces autorités acceptant explicitement leur responsabilité sur le fondement du d) du paragraphe 1 de l'article 18 précité. Par suite, le moyen tiré de ce que ce préfet n'établirait ni la demande de reprise en charge ni celle de l'existence d'une acceptation, manque en fait et doit être écarté.

11. En quatrième lieu, M. B conteste avoir déposé une demande d'asile en Suède ou dans un autre Etat membre de l'Union européenne, et donc entrer dans les prévisions du b de l'article 18, paragraphe 1, du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013. Toutefois, cette seule allégation, dépourvue de toute précision venant à son soutien, ne saurait suffire à remettre en cause la véracité des informations extraites du fichier Eurodac selon lesquelles le requérant a bien déposé une telle demande le 10 décembre 2021 en Suède et de la déclaration explicite des autorités suédoises, aux termes de laquelle la demande d'asile présentée par l'intéressé en Suède a été rejetée, alors, en outre, que M. B a lui-même déclaré lors de l'entretien individuel dont il a fait l'objet le 7 août 2024, avoir demandé l'asile en Suède. Par suite, ce moyen doit être écarté.

12. En cinquième lieu, si M. B a soutenu à l'audience qu'il souhaitait rester en France, eu égard aux conditions moins favorables de traitement des demandes d'asile en Suède, il n'assortit pas ce moyen des précisions permettant d'en apprécier le bien-fondé, alors au surplus qu'il ressort des pièces du dossier que sa demande d'asile a déjà été rejetée. Par suite, ce moyen doit être écarté.

13. Il résulte de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 19 août 2024, par lequel le préfet du Doubs a prononcé sa remise aux autorités suédoises.

En ce qui concerne l'assignation à résidence :

14. En premier lieu, M. B n'ayant pas démontré l'illégalité de l'arrêté par lequel le préfet du Doubs a prescrit sa remise aux autorités suédoises, il n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté par lequel ce préfet l'a assigné à résidence, en soutenant que ce dernier arrêté se fonde sur l'arrêté portant remise aux autorités suédoises, lui-même illégal.

15. En deuxième lieu, aux termes du premier alinéa de l'article L. 751-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " En cas d'assignation à résidence en application de l'article L. 751-2, les dispositions des articles L. 572-7, L. 732-1 () sont applicables. ". Aux termes dudit article L. 732-1 : " Les décisions d'assignation à résidence, y compris de renouvellement, sont motivées. ".

16. En l'espèce, il ressort des termes mêmes de l'arrêté portant assignation à résidence qu'il est motivé en droit notamment par le visa des articles L. 751-2 à L. 751-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et en fait par les circonstances selon lesquelles l'intéressé ne dispose pas des moyens lui permettant de se rendre en Suède et l'exécution de la mesure de transfert demeure une perspective raisonnable. Cet arrêté comporte ainsi les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Cette motivation, qui n'avait pas à comporter en outre la justification des modalités de présentation aux services de gendarmerie retenues par le préfet, satisfait aux exigences de l'article L. 732-1 précité du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation, qui manque en fait, doit être, pour ce motif, écarté.

17. Il résulte de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 19 août 2024, par lequel le préfet du Doubs l'a assigné à résidence.

18. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de M. B doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

19. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation de M. B, n'implique aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions à fin d'injonction doivent également être rejetées.

Sur les conclusions présentées sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 :

20. Ces dispositions font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme demandée au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : M. B est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. B est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C, au préfet du Doubs et à Me Myriam Si Hassen.

Copie en sera adressée au bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Dijon, au ministre de l'intérieur et des outre-mer et au préfet de l'Yonne.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 septembre 2024.

Le magistrat désigné,

I. A

La greffière,

L. Lelong

La République mande et ordonne au préfet du Doubs en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

La greffière,

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