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AccueilJurisprudence administrativeN° TA21-2403074

Tribunal Administratif de Dijon — Décision N° TA21-2403074

vendredi 27 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Dijon
SectionTribunal Administratif de Dijon
N° DossierTA21-2403074
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationJU REFERE ETRANGERS 15 JOURS
Avocat requérantBREY CÉLINE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 9 septembre 2024, Mme C, représentée par Me Brey, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 2 septembre 2024, par laquelle la directrice territoriale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration lui a refusé le bénéfice des conditions matérielles d'accueil ;

2°) d'enjoindre au directeur de l'Office français de l'immigration et de l'intégration de lui rétablir rétroactivement le bénéfice des conditions matérielles d'accueil, dans un délai de huit jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 300 euros par jour de retard ou, subsidiairement, de lui enjoindre de réexaminer sa situation dans le même délai et sous la même astreinte ;

3°) de mettre à la charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration le versement à son conseil d'une somme de 1 500 euros en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 ou, si la demande d'aide juridictionnelle devait être rejetée, de lui verser cette somme au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- à titre principal, la décision attaquée est entachée d'erreur de droit et d'erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile quant à l'appréciation de la vulnérabilité et du motif légitime justifiant le dépassement du délai de quatre-vingt-dix jours pour déposer sa demande d'asile ;

- subsidiairement, elle est insuffisamment motivée et souffre d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;

- elle n'a pas fait l'objet d'une évaluation de vulnérabilité, en méconnaissance des articles L. 522-1 et L. 522-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense, enregistré le 23 septembre 2024, l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- la décision du 15 mars 2023 portant organisation générale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Ach, par une décision du 22 juillet 2024 pour statuer sur les requêtes relevant des procédures régies par les articles L. 921-1 à L. 922-3 et R. 921-1 à R. 922-28 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience du 25 septembre 2024 à 14 heures 45.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Ach, magistrate désignée ;

- et les observations de Me Brey, représentant la requérante, qui reprend les conclusions et moyens développés dans ses écritures, explique que c'est uniquement lorsque Mme A a commencé à être prise en charge psychologiquement qu'elle a pris conscience des spécificités de la procédure de dépôt d'une demande d'asile, qu'elle a vécu dans des conditions particulièrement difficiles à son arrivée sur le territoire français et rappelle qu'elle est désormais sous traitement et suivie par un psychiatre.

L'Office français de l'immigration et de l'intégration n'était ni présent, ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C, ressortissante ivoirienne née le 25 juin 1991, a formé une demande d'asile le 2 septembre 2024. Par une décision du même jour dont Mme A demande l'annulation, la directrice territoriale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration lui a refusé le bénéfice des conditions matérielles d'accueil.

Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes du premier alinéa de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président. ".

3. Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par décision du 23 septembre 2024. Il n'y a pas lieu, par suite, de l'admettre à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle

Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision litigieuse :

4. D'une part, aux termes de l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les conditions matérielles d'accueil sont refusées, totalement ou partiellement, au demandeur, dans le respect de l'article 20 de la directive 2013/33/ UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 établissant des normes pour l'accueil des personnes demandant la protection internationale, dans les cas suivants : () 4° Il n'a pas sollicité l'asile, sans motif légitime, dans le délai prévu au 3° de l'article L. 531-27. La décision () prend en compte la vulnérabilité du demandeur ". Aux termes de l'article L. 531-27 du même code : " L'Office français de protection des réfugiés et apatrides statue en procédure accélérée à la demande de l'autorité administrative chargée de l'enregistrement de la demande d'asile dans les cas suivants : () 3° Sans motif légitime, le demandeur qui est entré irrégulièrement en France ou s'y est maintenu irrégulièrement n'a pas présenté sa demande d'asile dans le délai de quatre-vingt-dix jours à compter de son entrée en France () ".

5. D'autre part, aux termes de l'article L. 522-3 du même code : " L'évaluation de la vulnérabilité vise, en particulier, à identifier les mineurs, les mineurs non accompagnés, les personnes en situation de handicap, les personnes âgées, les femmes enceintes, les parents isolés accompagnés d'enfants mineurs, les victimes de la traite des êtres humains, les personnes atteintes de maladies graves, les personnes souffrant de troubles mentaux et les personnes qui ont subi des tortures, des viols ou d'autres formes graves de violence psychologique, physique ou sexuelle, telles que des mutilations sexuelles féminines ".

6. Pour refuser à Mme A le bénéfice des conditions matérielles d'accueil, l'Office français de l'immigration et de l'intégration a indiqué que l'intéressée n'a fait enregistrer sa demande d'asile que le 2 septembre 2024, près d'un an après la date déclarée de son entrée en France le 22 septembre 2023, soit bien au-delà du délai de quatre-vingt-dix jours prévu par les dispositions précitées de l'article L. 531-27 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Cependant, Mme A produit un certificat d'hospitalisation pour la période du 13 août 2024 au 16 août 2024 au sein du centre hospitalier Pierre Lôo, spécialisé dans la santé mentale. Surtout, elle produit également un certificat médical rédigé par un médecin psychiatre le 6 septembre 2024 qui, bien que postérieur à la décision en litige, révèle un état de fait antérieur, selon lequel elle présente des troubles majeurs avec ruminations morbides, réminiscences de traumas, troubles de sommeil et de l'appétit et précise que le maintien dans un logement précaire serait préjudiciable à son équilibre. Elle produit également deux ordonnances qui attestent qu'elle prend des antidépresseurs, des anxiolytiques et des sédatifs. L'Office français de l'immigration et de l'intégration ne fait valoir aucun élément de nature à relativiser la gravité des affections dont souffre l'intéressée. Dans les circonstances particulières de l'espèce, en dépit de ce que Mme A s'est abstenue de signaler ses problèmes de santé lors de son entretien avec un agent de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, il y a lieu de considérer qu'elle justifiait d'un motif légitime pour présenter sa demande d'asile au-delà du délai de quatre-vingt-dix jours à compter de son entrée en France et qu'elle se trouve en situation de vulnérabilité au sens des dispositions précitées de l'article L. 522-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

7. Il résulte de ce qui précède et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que Mme A est fondée à demander l'annulation de la décision du 2 septembre 2024 par laquelle la directrice territoriale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration lui a refusé le bénéfice des conditions matérielles d'accueil.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

8. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution ".

9. Compte-tenu du motif d'annulation retenu, il y a lieu d'enjoindre à l'Office français de l'immigration et de l'intégration d'accorder à Mme A le bénéfice des conditions matérielles d'accueil à compter du 2 septembre 2024 dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir. En revanche, il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les conclusions relatives aux frais d'instance :

10. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions de Mme A présentées sur le fondement des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu d'admettre Mme A au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : La décision du 2 septembre 2024, par laquelle la directrice territoriale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a refusé à Mme A le bénéfice des conditions matérielles d'accueil est annulée.

Article 3 : Il est enjoint à l'Office français de l'immigration et de l'intégration d'accorder à Mme A le bénéfice des conditions matérielles d'accueil à compter du 2 septembre 2024, dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme C, à l'Office français de l'immigration et de l'intégration et à Me Brey.

Copie en sera adressée au bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Dijon et au préfet de la Côte-d'Or.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 septembre 2024.

La magistrate désignée,

N. AchLa greffière,

L. Lelong

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition,

La greffière,

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