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AccueilJurisprudence administrativeN° TA21-2403093

Tribunal Administratif de Dijon — Décision N° TA21-2403093

lundi 23 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Dijon
SectionTribunal Administratif de Dijon
N° DossierTA21-2403093
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationJU REFERE ETRANGERS 15 JOURS
Avocat requérantCENTAURE AVOCATS

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Dijon, statuant en référé, a rejeté la requête de M. C B, qui contestait l’arrêté du préfet de l’Yonne du 31 août 2024 l’obligeant à quitter le territoire français sans délai, fixant le pays de destination et prononçant une interdiction de retour de quatre ans. Le juge a estimé que les moyens soulevés, notamment l’incompétence de l’auteur de l’acte, le défaut de motivation, l’erreur de droit au regard des articles L. 611-1 et L. 572-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, ainsi que la violation de l’article 3 de la Convention européenne des droits de l’homme, n’étaient pas fondés. La solution retenue confirme la légalité des décisions préfectorales, en application des dispositions du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile et de la Convention européenne des droits de l’homme.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance du 10 septembre 2024, enregistrée le 11 septembre 2024 au greffe du tribunal, la magistrate désignée du tribunal administratif de Nancy a transmis au tribunal, en application de l'article R. 922-17 du code de justice administrative, la requête présentée par M. C B.

Par cette requête et des mémoires enregistrés au greffe du tribunal administratif de Nancy les 2, 6 et 10 septembre 2024, ainsi qu'un mémoire enregistré au greffe du tribunal administratif de Dijon le 20 septembre 2024, M. H B, représenté par Me Nourani, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 31 août 2024 par lequel le préfet de l'Yonne l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de quatre ans ;

3°) d'enjoindre au préfet de l'Yonne de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros à verser à son conseil en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 ou, dans le cas où l'aide juridictionnelle ne lui serait pas accordée, de lui verser directement cette somme sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'auteur des décisions attaquées n'avait pas compétence pour édicter ces mesures ;

- les décisions attaquées sont insuffisamment motivées ;

- elles ne lui ont pas été notifiées dans une langue qu'il comprend ;

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation ;

- elle est entachée d'erreur de droit au regard de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; compte tenu de la demande d'asile formée en Allemagne, il entrait exclusivement dans le champ d'application de l'article L. 572-1 du même code ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'il n'a jamais été condamné pénalement ;

- elle porte une atteinte à son droit au respect de sa vie privée et familiale ;

S'agissant de la décision portant refus d'un délai de départ volontaire :

- elle est illégale du fait de l'illégalité de la décision d'éloignement ;

- son comportement ne constitue pas une menace pour l'ordre public ;

- il ne présente pas de risque de fuite ;

S'agissant de la décision fixant le pays de destination :

- elle est illégale du fait de l'illégalité de la décision d'éloignement ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 3-1 de la convention contre la torture et autres traitements cruels et inhumains ;

S'agissant de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- elle est illégale du fait de l'illégalité de la décision d'éloignement ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;

- elle est entachée d'erreur d'appréciation au regard de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, des circonstances humanitaires justifiant que le préfet s'abstienne d'édicter une telle décision ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation quant à la durée de cette interdiction.

Le préfet de l'Yonne, représenté par Me Rannou, a produit des pièces enregistrées au greffe du tribunal administratif de Nancy le 3 septembre 2024, des pièces enregistrées au greffe du tribunal administratif de Dijon le 19 septembre 2024 ainsi qu'un mémoire en défense enregistré le 20 septembre 2024 par lequel il conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 5 septembre 2024, la juge des libertés et de la détention du tribunal judiciaire de Metz a prononcé la remise en liberté de M. C B.

Par un arrêté du 5 septembre 2024, notifié le 6 septembre suivant, le préfet de l'Yonne a assigné à résidence M. C B dans le département de l'Yonne pour une durée de quarante-cinq jours.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention contre la torture et autres peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants du 10 décembre 1984 ;

- le règlement n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Ach pour statuer sur les requêtes relevant des procédures régies par les articles L. 921-1 à L. 922-3 et R. 921-1 à R. 922-38 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience du 20 septembre 2024 à 14 heures 30.

Ont été entendus au cours de l'audience publique, tenue en présence de Mme Lelong, greffière d'audience :

- le rapport de Mme Ach, magistrate désignée ;

- et les observations de Me Nourani, représentant M. C B, qui reprend les moyens et conclusions développés dans ses écritures, en insistant sur sa qualité de demandeur d'asile qui entacherait d'erreur de droit l'édiction d'une obligation de quitter le territoire français à son encontre.

Le préfet de l'Yonne n'était ni présent, ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. A se disant M. H B, ressortissant syrien né le 25 octobre 1987 à Hiumis, déclare être entré en France irrégulièrement en avril 2024. Après son placement en garde à vue le 30 août 2024 suite à son interpellation par les services de gendarmerie de Sens, l'intéressé s'est vu notifier le 31 août 2024 un arrêté du même jour dont il demande l'annulation, par lequel le préfet de l'Yonne l'a obligé à quitter le territoire français sans délai de départ volontaire, a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office et a assorti ces décisions d'une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de quatre ans. Par un second arrêté du même jour, le préfet de l'Yonne a maintenu l'intéressé dans les locaux d'un centre de rétention administrative ne relevant pas de l'administration pénitentiaire pour une durée de quatre jours à compter de sa notification. Par une ordonnance du 5 septembre 2024, la juge des libertés et de la détention a prononcé la remise en liberté de M. A se disant M. D C B. Par arrêté du 5 septembre 2024, notifié par voie administrative le lendemain, le préfet de l'Yonne a assigné à résidence M. A se disant M. D C B dans le département de l'Yonne pour une durée de quarante-cinq jours.

Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président () ".

3. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de prononcer l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle de M. A se disant M. D C B.

Sur les conclusions à fin d'annulation et d'injonction :

En ce qui concerne les moyens communs aux différentes décisions en litige :

4. En premier lieu, par un arrêté du 13 mai 2024 publié au recueil des actes administratifs de la préfecture le même jour, le préfet de l'Yonne a donné délégation de signature à M. F E, sous-préfet de Sens, pendant les permanences de week-ends ou de jours fériés, ou si l'urgence l'exige, en toutes matières, à l'exception de décisions limitativement énumérées au nombre desquelles ne figurent pas les décisions attaquées. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'arrêté en litige, qui manque en fait, doit être écarté.

5. En deuxième lieu, les conditions de notification de l'arrêté litigieux sont sans incidence sur sa légalité. Par suite, le moyen tiré de ce que les décisions attaquées ne lui auraient pas été notifiées dans une langue que comprend M. A se disant M. D C B, alors au demeurant que le requérant a bénéficié d'un interprète par téléphone, ne peut qu'être écarté.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

6. L'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ; / () 5° Le comportement de l'étranger qui ne réside pas régulièrement en France depuis plus de trois mois constitue une menace pour l'ordre public ; () ". Aux termes de l'article L. 572-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Sous réserve du troisième alinéa de l'article L. 571-1, l'étranger dont l'examen de la demande d'asile relève de la responsabilité d'un autre Etat peut faire l'objet d'un transfert vers l'Etat responsable de cet examen. / () ". Par ailleurs aux termes du paragraphe 1 de l'article 18 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013 : " L'État membre responsable en vertu du présent règlement est tenu de : / () b) reprendre en charge () le demandeur dont la demande est en cours d'examen et qui () se trouve, sans titre de séjour, sur le territoire d'un autre Etat membre ; / () d) reprendre en charge () le ressortissant de pays tiers ou l'apatride dont la demande a été rejetée et qui () se trouve, sans titre de séjour, sur le territoire d'un autre Etat membre ". En outre, aux termes de l'article 24 du même règlement : " 1. Lorsqu'un État membre sur le territoire duquel une personne visée à l'article 18, paragraphe 1, point b), c) ou d), se trouve sans titre de séjour et auprès duquel aucune nouvelle demande de protection internationale n'a été introduite estime qu'un autre État membre est responsable conformément à l'article 20, paragraphe 5, et à l'article 18, paragraphe 1, point b), c) ou d), il peut requérir cet autre État membre aux fins de reprise en charge de cette personne () / 4. Lorsqu'une personne visée à l'article 18, paragraphe 1, point d), du présent règlement dont la demande de protection internationale a été rejetée par une décision définitive dans un État membre, se trouve sur le territoire d'un autre État membre sans titre de séjour, ce dernier État membre peut soit requérir le premier État membre aux fins de reprise en charge de la personne concernée soit engager une procédure de retour conformément à la directive 2008/115/CE () ".

7. Les stipulations de l'article 31-2 de la convention de Genève du 28 juillet 1951 relative au statut des réfugiés et les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile impliquent nécessairement que l'étranger qui sollicite la reconnaissance de la qualité de réfugié soit autorisé à demeurer provisoirement sur le territoire jusqu'à ce qu'il ait été statué sur sa demande. Dès lors, lorsqu'en application des dispositions du règlement (UE) du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013, l'examen de la demande d'asile d'un étranger ne relève pas de la compétence des autorités françaises, mais de celles d'un autre Etat, la situation du demandeur d'asile n'entre pas dans le champ d'application des dispositions de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, mais dans celui des dispositions de l'article L. 572-1 du même code. En vertu de ces dispositions, la mesure d'éloignement en vue de remettre l'intéressé aux autorités étrangères compétentes pour l'examen de sa demande d'asile ne peut être qu'une décision de transfert prise sur le fondement de ce dernier article. En revanche, en application des dispositions de l'article 24 du règlement (UE) du 26 juin 2013, lorsqu'il a été définitivement statué sur sa demande, l'étranger peut faire l'objet soit d'une procédure de réadmission vers l'Etat qui a statué sur sa demande, soit d'une obligation de quitter le territoire français.

8. En premier lieu, il ressort des termes mêmes de l'arrêté attaqué que la décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée en droit par les dispositions du 1° et du 5° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et en fait par les circonstances selon lesquelles l'intéressé, entré de manière irrégulière sur le territoire français pour la dernière fois en avril 2024, s'y est maintenu sans titre de séjour en cours de validité et est connu de l'administration pour avoir été interpellé à plusieurs reprises sous différentes identités entre 2013 et 2021. Dès lors, cette décision comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation, qui manque en fait, doit être, pour ce motif, écarté.

9. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier qu'à la suite de son interpellation le 28 août 2024 pour des faits de rébellion et d'outrage à personne dépositaire de l'autorité publique, M. A se disant M. D C B, interrogé par les services de la gendarmerie départementale d'Avallon, n'a déclaré aucune adresse fixe et s'est abstenu de faire état de son statut au regard du droit d'asile. Dans son recours déposé contre la mesure de rétention prise à son encontre, il a invoqué pour la première fois sa qualité de demandeur d'asile en Allemagne. Toutefois, il ressort du résumé de l'entretien mené à l'occasion de la demande d'asile déposée auprès de la préfecture de la Moselle le 16 mars 2021, corroboré par la consultation du fichier " Eurodac ", que l'intéressé avait formé antérieurement pas moins de neuf demandes d'asile auprès de différents Etats. Surtout, il ressort des termes du jugement du tribunal administratif du 22 avril 2021, rendu sous le n° 2101140, que les autorités allemandes, en réponse à la demande des autorités françaises, ont accepté de reprendre en charge M. A se disant M. D C B le 26 mars 2021 en application de l'article 18-1-d du règlement UE n° 604/2013, ce fondement impliquant nécessairement que la demande d'asile de l'intéressé avait été rejetée. Il n'est pas établi, ni même sérieusement allégué, que le requérant aurait déposé une nouvelle demande d'asile depuis son transfert en Allemagne ordonné par arrêté du préfet du Bas-Rhin du 31 mars 2021. Ainsi, à la date de la décision en litige, M. A se disant M. D C B entrait bien dans le champ des dispositions de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'erreur de droit alléguée ne pouvant qu'être écartée.

10. En troisième lieu, il ressort du procès-verbal dressé lors de sa garde à vue que le requérant s'est abstenu de faire état de son parcours de migration et de ses multiples demandes d'asile. Dans ces conditions, il ne saurait être reproché au préfet de l'Yonne de s'être lui-même abstenu de procéder à un examen particulier de sa situation personnelle avant d'édicter l'arrêté attaqué.

11. En quatrième lieu, l'arrêté contesté mentionne que M. A se disant M. D C B, interpellé le 30 août 2024 pour des faits de rébellion et d'outrage à une personne dépositaire de l'autorité publique est connu pour des faits d'usage de stupéfiants, de cambriolages, de violence avec usage ou menace d'une arme, de vol simple et en réunion, de recel de bien provenant d'un vol, d'apologie du terrorisme, de violation de domicile et dégradation du bien d'autrui commis entre 2013 et 2021. Eu égard au caractère répété, récent et à la gravité de ces actes, au demeurant non contestés par l'intéressé, le préfet pouvait légalement estimer que son comportement était constitutif d'une menace à l'ordre public et prononcer une obligation de quitter le territoire français sur le fondement des dispositions du 5° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et cela nonobstant l'absence de condamnation pénale de l'intéressé. En tout état de cause, il ressort des termes mêmes de la décision en litige que le préfet a également fondé la mesure d'éloignement sur les dispositions du 1° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en relevant l'irrégularité de l'entrée et du maintien sur le territoire de M. A se disant M. D C B. Le requérant n'apporte aucun élément de nature à établir une entrée régulière sur le territoire français. Dans ces conditions le préfet pouvait également fonder sa décision sur ces dispositions.

12. En cinquième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Pour l'application des stipulations précitées, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.

13. Il ressort des pièces du dossier que M. A se disant M. D C B a déclaré lors de son audition par les services de gendarmerie être entré en France pour la dernière fois en avril 2024, être célibataire, sans profession et sans domicile fixe. Dans ces conditions, il n'est pas établi que la décision contestée porterait une atteinte disproportionnée au droit de l'intéressé de mener une vie privée et familiale normale et serait contraire aux stipulations précitées.

14. Il résulte de ce qui précède que M. A se disant M. D C B n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

En ce qui concerne la décision portant refus d'un délai de départ volontaire :

15. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit précédemment que le requérant excipe en vain de l'illégalité de la décision l'obligeant à quitter le territoire français à l'appui des conclusions dirigées contre la décision lui refusant un délai de départ volontaire.

16. En deuxième lieu, il ressort des termes mêmes de l'arrêté contesté que la décision portant refus d'un délai de départ volontaire est motivée en droit par la mention des points 1° et 3° de l'article L. 612-2 et des points 1° et 8° de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et en fait par les circonstances selon lesquelles l'intéressé, entré irrégulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour, ne peut présenter de documents d'identité ou de voyage, est sans domicile fixe, présente un risque de soustraction à la mesure d'éloignement et que son comportement constitue une menace pour l'ordre public. Dès lors, cette décision comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation, qui manque en fait, doit, pour ce motif, être écarté.

17. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ". Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; () 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité (), qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale () ".

18. Compte tenu du parcours délinquant rappelé au point 11 du présent jugement, non contesté par M. A se disant M. D C B et des faits commis le 28 août 2024 ayant entraîné son interpellation, le préfet de l'Yonne n'a pas commis d'erreur d'appréciation en considérant que son comportement représente une menace pour l'ordre public. En outre, le requérant a lui-même déclaré ne pas détenir de documents d'identité ou de voyage et être sans domicile fixe. Dès lors, c'est sans erreur de droit que le préfet de l'Yonne a tenu pour établie l'existence d'un risque que l'intéressé se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français et a refusé d'accorder un délai de départ volontaire au requérant.

19. Il résulte de ce qui précède que M. A se disant M. D C B n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision portant refus d'un délai de départ volontaire.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

20. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit précédemment que le requérant excipe en vain de l'illégalité de la décision l'obligeant à quitter le territoire français à l'appui des conclusions dirigées contre la décision fixant le pays de destination.

21. En deuxième lieu, il ressort une nouvelle fois des termes mêmes de l'arrêté attaqué que la décision fixant le pays de destination est motivée en droit par le visa des articles L. 612-12, L. 721-3 à L. 721-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et en fait par la circonstance que M. A se disant M. D C B est de nationalité syrienne. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation, qui manque en fait, doit être, pour ce motif, écarté.

22. En troisième lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ". Aux termes de l'article 3-1 de la convention contre la torture et autres peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants du 10 décembre 1984 : " Aucun Etat partie n'expulsera, ne refoulera, ni n'extradera une personne vers un autre Etat où il y a des motifs sérieux de croire qu'elle risque d'être soumise à la torture ".

23. Si le requérant, dont les nombreuses demandes d'asile ont été rejetées, soutient nourrir des craintes en cas de retour en Syrie compte tenu de la situation sécuritaire et humanitaire très dégradée qui y règne, il ne fait état d'aucun risque réel et actuel pour sa sécurité en cas de retour dans son pays d'origine. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations précitées doivent être écartés.

24. Il résulte de ce qui précède que M. A se disant M. D C B n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision fixant le pays de destination.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

25. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit précédemment que le requérant excipe en vain de l'illégalité de la décision l'obligeant à quitter le territoire français à l'appui des conclusions dirigées contre la décision portant interdiction de retour sur le territoire français.

26. En deuxième lieu, il ressort des termes mêmes de l'arrêté litigieux que la décision portant interdiction de retour sur le territoire français est motivée en droit par le visa et la mention des articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et en fait par les circonstances selon lesquelles aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à M. A se disant M. D C B, aucune circonstance humanitaire ne fait obstacle au principe d'une interdiction de retour sur le territoire français et l'intéressé, entré très récemment en France et y étant dépourvu de toute attache familiale, représente une menace pour l'ordre public. Dès lors, la décision portant interdiction de retour sur le territoire français comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, les moyens tirés du défaut de motivation et du défaut d'examen doivent être, pour ce motif, écartés.

27. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour () ". Aux termes de l'article L. 612610 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 () ".

28. Si l'autorité préfectorale doit tenir compte, pour décider de prononcer une interdiction de retour à l'encontre d'un étranger soumis à une obligation de quitter le territoire français, et fixer sa durée, de chacun des quatre critères énumérés à l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ces mêmes dispositions ne font pas obstacle à ce qu'une telle mesure soit décidée quand bien même une partie de ces critères, qui ne sont pas cumulatifs, ne serait pas remplie.

29. Eu égard à l'ensemble des éléments mentionnés aux points 23 et 26 du présent jugement, le requérant ne démontre pas de circonstances humanitaires qui feraient obstacle à la décision d'interdiction de retour.

30. En quatrième lieu, pour les mêmes motifs, le préfet de l'Yonne n'a pas fait une inexacte application des dispositions précitées des articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en fixant à quatre ans la durée de l'interdiction de retour sur le territoire français dont fait l'objet M. A se disant M. D C B. Par suite, le moyen tiré de l'erreur d'appréciation doit être écarté.

31. Il résulte de tout ce qui précède que M. A se disant M. H B, qui n'a pas dirigé de conclusions contre la mesure d'assignation à résidence dont il fait l'objet, n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 31 août 2024, par lequel le préfet de l'Yonne l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office et a assorti ces décisions d'une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de quatre ans. Par suite, ses conclusions à fin d'annulation, de même que ses conclusions présentées à fin d'injonction, doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

32. Les dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme demandée à ce titre par le conseil de M. A se disant M. D C B et par lui-même.

D E C I D E :

Article 1er : M. A se disant M. D C B est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A se disant M. D C B est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A se disant M. D C B, au préfet de l'Yonne et à Me Nourani.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et au bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Dijon.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 septembre 2024.

La magistrate désignée,

N. AchLa greffière,

L. Lelong

La République mande et ordonne au préfet de l'Yonne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition,

La greffière,

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