mardi 19 novembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Dijon |
| Section | Tribunal Administratif de Dijon |
| N° Dossier | TA21-2403193 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2ème chambre |
| Avocat requérant | WEBER KIM |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 17 septembre 2024, M. C D, représenté par Me Weber, demande au tribunal :
1°) de l'admettre, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;
2°) d'annuler l'arrêté du 17 juillet 2024, par lequel le préfet des Pyrénées-Orientales a ordonné sa remise aux autorités espagnoles ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son conseil au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
Il soutient que :
- le tribunal administratif de Dijon est territorialement compétent ;
- la décision attaquée lui a été remise incomplète et il appartient au préfet de la produire soit spontanément dans la présente instance, soit en réponse à la demande qu'il a formée en ce sens ;
- la décision attaquée n'est revêtue ni du nom et du prénom de son auteur, ni de sa qualité, en méconnaissance des dispositions de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration ;
- il n'est pas établi que le signataire de cette décision disposait d'une délégation prévue à cet effet et régulièrement publiée ;
- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'une erreur de droit au regard de l'article 6 de l'accord entre la République française et le royaume d'Espagne relatif à la réadmission des personnes en situation irrégulière du 26 novembre 2002, dès lors qu'il est entré sur le territoire français en 2023 et qu'il y résidait depuis plusieurs mois à la date de la décision attaquée ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, dès lors qu'il est présent en France depuis un an et demi, qu'il y a tissé de nombreux liens, qu'il veut établir sa vie en France, qu'il dispose d'une promesse d'embauche pour un poste de carrossier peintre et que des démarches ont été engagées pour qu'il dispose d'une autorisation de travail.
La requête a été communiquée le 25 septembre 2024 au préfet des Pyrénées-Orientales, qui n'a pas produit de mémoire en défense, mais des pièces, enregistrées le même jour et qui ont été communiquées.
Par ordonnance du 30 septembre 2024, la clôture d'instruction a été fixée au 28 octobre 2024 à 12 heures en application des dispositions de l'article R. 611-11 du code de justice administrative.
M. D a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 30 septembre 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'accord entre la République française et le Royaume d'Espagne relatif à la réadmission des personnes en situation irrégulière, signé à Malaga le 26 novembre 2002 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de M. Hugez.
Les parties n'étaient ni présentes ni représentées.
Considérant ce qui suit :
1. M. C D, ressortissant marocain, né en 1991 au Maroc, a fait l'objet, le 17 juillet 2024, d'un contrôle d'identité et d'une vérification de sa situation administrative à la frontière franco-espagnole, au péage du Perthus, dans les Pyrénées-Orientales, alors qu'il voyageait à bord d'un autocar assurant la liaison entre Murcie et Paris. Par un arrêté du même jour, dont l'intéressé demande au tribunal l'annulation, le préfet des Pyrénées-Orientales a prescrit sa remise aux autorités espagnoles.
Sur les conclusions tendant à l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
2. Aux termes du premier alinéa de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président. ".
3. M. D a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 30 septembre 2024 du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Dijon. Par suite, il n'y a plus lieu de statuer sur ses conclusions tendant à l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
4. En premier lieu, par un arrêté n° PREF/SCPPAT/2024-108-001, en date du 17 avril 2024, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial du même jour de la préfecture des Pyrénées-Orientales, le préfet de ce département a notamment donné délégation de signature à M. B A, capitaine de police, adjoint à la cheffe du service départemental de nuit de la direction interdépartementale de la police aux frontières de Perpignan, à l'effet de signer les décisions de remise d'un étranger, qui a pénétré ou séjourné irrégulièrement en France, aux autorités compétentes de l'État membre de l'Union européenne qui l'a admis à entrer ou à séjourner sur son territoire ou dont il provient directement. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté en litige, qui manque en fait, doit être, pour ce motif, écarté.
5. En deuxième lieu, aux termes du premier alinéa de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Toute décision prise par une administration comporte la signature de son auteur ainsi que la mention, en caractères lisibles, du prénom, du nom et de la qualité de celui-ci. ".
6. En l'espèce, l'arrêté litigieux est revêtu du nom et du prénom du signataire, M. B A, de sa signature et de sa qualité de capitaine de police en poste au service de la police aux frontières du Perthus. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration, qui manque également en fait, doit être écarté.
7. En troisième lieu, il ressort des termes mêmes de l'arrêté litigieux qu'il est motivé en droit par le visa notamment de la convention signée à Schengen le 19 juin 1990, de l'accord franco-espagnol du 26 novembre 2002 et par les dispositions des articles L. 621-1 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et en fait par les circonstances selon lesquelles M. D, de nationalité marocaine, est en provenance d'Espagne, il ne peut justifier être entré et séjourner régulièrement sur le territoire français et il se trouve en conséquence en infraction avec les dispositions légales relatives aux conditions d'entrée et de séjour des étrangers. Dès lors, cet arrêté comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation, qui manque une nouvelle fois en fait, doit être écarté.
8. En quatrième lieu, aux termes du 1 de l'article 5 de l'accord entre la République française et le Royaume d'Espagne relatif à la réadmission des personnes en situation irrégulière, signé à Malaga le 26 novembre 2002 : " Chaque Partie contractante réadmet sur son territoire, à la demande de l'autre Partie contractante et sans formalités, le ressortissant d'un Etat tiers qui ne remplit pas ou ne remplit plus les conditions d'entrée ou de séjour applicables sur le territoire de la Partie contractante requérante pour autant qu'il est établi que ce ressortissant est entré sur le territoire de cette Partie après avoir séjourné ou transité par le territoire de la Partie contractante requise. ". Aux termes de l'article 6 de cet accord : " L'obligation de réadmission prévue à l'article 5 n'existe pas à l'égard : / () c) Des ressortissants des Etats tiers qui séjournent depuis plus de six mois sur le territoire de la Partie contractante requérante, cette période étant appréciée à la date de la transmission de la demande de réadmission ; () ".
9. Si M. D soutient qu'il résidait en France " depuis plusieurs mois " à la date de l'arrêté litigieux et qu'il est entré sur le territoire français en 2023, il n'établit aucune de ses allégations dans la présente instance, alors qu'il a, au contraire, déclaré le 17 juillet 2024, lors de son audition par les services de la police aux frontières, qu'il arrivait de Murcie en Espagne et qu'il souhaitait aller à Paris pour rendre visite à sa famille pendant quelques temps. Dès lors, M. D n'est pas fondé à soutenir que le préfet des Pyrénées-Orientales aurait méconnu les stipulations du c) de l'article 6 de l'accord entre la République française et le Royaume d'Espagne relatif à la réadmission des personnes en situation irrégulière, signé à Malaga le 26 novembre 2002. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de droit doit être écarté.
10. En cinquième et dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits humains et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ". Pour l'application de ces stipulations, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.
11. Si M. D soutient qu'il est entré en France au début de l'année 2023 pour s'y établir, qu'il aurait tissé de nombreux liens en France, qu'il disposerait d'une promesse d'embauche en France et que des démarches auraient été engagées pour qu'il obtienne une autorisation de travail, il n'établit, de nouveau, aucune de ses allégations par la seule production d'une attestation d'hébergement à Gevrey-Chambertin, établie le 16 septembre 2024, veille de l'introduction de sa requête, et d'une attestation non nominative, établie par les services de Pôle Emploi faisant état de la publication d'une offre d'emploi le 10 juillet 2023 par une société de Chevigny-Saint-Sauveur dans la Côte-d'Or, demeurée infructueuse. Dès lors, M. D n'établit pas l'existence de liens personnels ou familiaux en France et n'apporte dans la présente instance aucun élément sur sa situation personnelle ou familiale. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ne peut qu'être écarté.
12. Il résulte de tout ce qui précède que M. D n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 17 juillet 2024, par lequel le préfet des Pyrénées-Orientales a ordonné sa remise aux autorités espagnoles.
Sur les conclusions relatives à l'application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 :
13. Ces dispositions font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'État, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme demandée au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
D É C I D E :
Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions de M. D à fin d'admission, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. D est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C D, au préfet des Pyrénées-Orientales et à Me Kim Weber.
Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur.
Copie en sera adressée pour information au préfet de la Côte-d'Or.
Délibéré après l'audience du 12 novembre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Nicolet, président,
M. Hugez, premier conseiller,
M. Cherief, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 novembre 2024.
Le rapporteur,
I. Hugez
Le président,
Ph. Nicolet
La greffière,
L. Curot
La République mande et ordonne au préfet des Pyrénées-Orientales en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
La greffière,
lc
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026