mardi 3 décembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Dijon |
| Section | Tribunal Administratif de Dijon |
| N° Dossier | TA21-2403216 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2ème chambre |
| Avocat requérant | CENTAURE AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 18 septembre 2024, M. B A, représenté par Me Ben Hadj Younes, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 20 août 2024 par lequel le préfet de la Côte-d'Or l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination, et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée d'un an, ainsi que la décision d'assignation à résidence prise le même jour à son encontre ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 2 000 euros à verser à son conseil en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, lui donnant acte de ce qu'il renonce en ce cas à percevoir la part contributive de l'Etat.
Il soutient que :
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle méconnaît le principe général du droit à être entendu ;
- elle méconnaît l'article L.613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
En ce qui concerne la décision portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire :
- elle est illégale par voie d'exception de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an :
- elle est entachée d'une insuffisance de motivation ;
- elle est entachée d'une erreur d'appréciation ;
- elle est illégale par voie d'exception de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
- elle est illégale par voie d'exception de l'illégalité de la décision portant refus de délai de départ volontaire ;
En ce qui concerne la décision fixant le pays de retour :
- elle est illégale par voie d'exception de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
- elle est illégale par voie d'exception de l'illégalité de la décision portant refus de délai de départ volontaire.
Par un mémoire en défense, enregistré le 14 octobre 2024, le préfet de la Côte-d'Or conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 500 euros soit mise à la charge de M. A au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Par un courrier du 6 novembre 2024, les parties ont été informées, sur le fondement des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le tribunal était susceptible de relever d'office le moyen tiré de de l'irrecevabilité des conclusions tendant à l'annulation de la décision d'assignation à résidence en raison de son caractère inexistant.
M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle du 30 septembre 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Nicolet,
- les observations de Me Djermoune, substituant Ben Hadj Younes, représentant M. A.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant tunisien, né le 3 août 1986, est entré en France en octobre 2022. Le 20 août 2024, il a été interpellé par les services de la police aux frontières de la Côte-d'Or à la suite d'un contrôle routier et a été placé en retenue administrative pour vérification de son droit au séjour. Par un arrêté du même jour, dont il est demandé l'annulation, le préfet de la Côte-d'Or lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être reconduit d'office et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an.
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
2. Il ressort des pièces du dossier que, lors de son audition le 20 août 2024 à 16 heures 20, M. A a été entendu par les services de police de Chenôve. A cette occasion, il a été informé de ce qu'une mesure d'éloignement était susceptible d'être prise à son encontre. Il a été précisément interrogé sur sa situation personnelle et a pu présenter les observations qu'il jugeait utiles concernant notamment les liens personnels et familiaux qu'il détient en France et dans son pays d'origine. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance du droit d'être entendu, partie intégrante du respect des droits de la défense, principe général du droit de l'Union européenne, doit être écarté.
3. Aux termes de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. Elle est édictée après vérification du droit au séjour, en tenant notamment compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France et des considérations humanitaires pouvant justifier un tel droit ".
4. La décision attaquée mentionne que M. A est démuni de documents d'identité et de séjour, qu'il est inconnu du fichier national des étrangers alors qu'il a déclaré vivre depuis le mois d'octobre 2022 en France, où il est entré irrégulièrement, sans avoir sollicité de titre de séjour. Elle indique également qu'il est célibataire, sans charge de famille, qu'il ne justifie pas de l'intensité des attaches alléguées en France, et qu'il n'est pas isolé dans son pays d'origine, où réside sa famille. La seule circonstance qu'elle ne mentionne pas l'emploi salarié occupé depuis quelques mois par le requérant, qui n'est pas de nature à lui ouvrir un droit au séjour en France, n'est de nature à caractériser ni un défaut d'examen particulier de la situation de l'intéressé, ni une méconnaissance de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
5. En dernier lieu, le requérant se prévaut, au soutien du moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation qu'aurait commise le préfet, de l'intégration que constituerait l'exercice d'une activité professionnelle depuis le mois d'avril 2024 et d'une parfaite insertion sociale, qu'il n'établit cependant pas. Toutefois, M. A, dont l'entrée en Frances est très récente, qui est célibataire et sans enfant à charge, ne justifie pas de liens anciens, stables et intenses sur le territoire français. Par suite, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation au regard des conséquences de la mesure d'éloignement sur sa situation personnelle doit être écarté.
En ce qui concerne la décision portant refus de délai de départ volontaire :
6. La décision portant obligation de quitter le territoire français n'étant pas entachée d'illégalité, le moyen invoqué par la voie de l'exception à l'encontre de la décision portant refus de délai de départ volontaire, tiré de l'illégalité de cette décision, doit être écarté.
En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français :
7. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. () ". Et aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. (). ".
8. En premier lieu, la décision contestée mentionne les dispositions des articles L. 612-6 et L.612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Elle expose de manière suffisante les motifs de fait sur lesquels elle se fonde et atteste de la prise en compte par le préfet de la Côte-d'Or de l'ensemble des critères prévus par les dispositions précitées. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.
9. En second lieu, le requérant, qui est présent sur le territoire français depuis le mois d'octobre 2022 et ne justifie ni même n'allègue disposer de liens stables, intenses et anciens en France, n'allègue pas avoir sollicité la délivrance d'un titre de séjour et la seule circonstance qu'il occupe un emploi de cuisinier polyvalent depuis le mois d'avril 2024 n'est pas de nature à justifier une insertion significative dans la société française. Dans ces conditions, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'en prononçant une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an à l'encontre du requérant, le préfet aurait commis une erreur d'appréciation.
10. Enfin, les décisions portant obligation de quitter le territoire français et refus de délai de départ volontaire n'étant pas entachées d'illégalité, le moyen invoqué par la voie de l'exception à l'encontre de la décision portant interdiction de retour sur le territoire pour une durée d'un an, tiré de l'illégalité de ces décisions, doit être écarté.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :
11. Les décisions portant obligation de quitter le territoire français et portant refus de délai de départ volontaire n'étant pas entachées d'illégalité, le moyen invoqué par la voie de l'exception à l'encontre de la décision fixant le pays de renvoi, tiré de l'illégalité de ces décisions, doit être écarté.
En ce qui concerne la décision d'assignation à résidence :
12. La décision contestée présentant un caractère inexistant, les conclusions tendant à son annulation sont irrecevables et doivent être rejetées pour ce motif.
Sur les frais liés au litige :
13. Les dispositions combinées du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, une quelconque somme au bénéfice du conseil de M. A au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
14. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions présentées au même titre par le préfet de la Côte-d'Or.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Les conclusions présentées par le préfet de la Côte-d'Or au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, au préfet de la Côte-d'Or et à Me Sana Ben Hadj Younes.
Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur.
Délibéré après l'audience du 12 novembre 2024 à laquelle siégeaient :
- M. Nicolet, président,
- M. Hugez, premier conseiller,
- M. Chérief, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 décembre 2024.
Le Président-rapporteur,
P. Nicolet
L'assesseur le plus ancien,
I. Hugez La greffière,
L.Curot
La République mande et ordonne au préfet de la Côte-d'Or en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier
lc
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