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AccueilJurisprudence administrativeN° TA21-2403225

Tribunal Administratif de Dijon — Décision N° TA21-2403225

mardi 22 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Dijon
SectionTribunal Administratif de Dijon
N° DossierTA21-2403225
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Dijon a été saisi par Mme A B de trois requêtes visant à contester des mises en demeure de la MSA de Bourgogne relatives à des indus de revenu de solidarité active (RSA) et d’aides personnelles au logement. La requérante invoquait notamment un vice de procédure, l’absence de preuve du caractère indu des prestations et la prescription de la dette. Par une ordonnance de jonction, le tribunal a rejeté les requêtes en application de l’article R. 222-1 du code de justice administrative, sans préciser le motif de rejet dans l’extrait fourni.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I. Par une requête, enregistrée le 19 septembre 2024, sous le n° 2403225, Mme A B, représentée par Me Machaux, demande au tribunal :

1°) d'annuler la " décision " par laquelle le président du conseil départemental de l'Yonne a implicitement rejeté le recours qu'elle a exercé contre la mise en demeure de la caisse régionale de mutualité sociale agricole (MSA) de Bourgogne du 25 mars 2024 relative à un indu de revenu de solidarité active (RSA) d'un montant de 43 583,99 euros ;

2°) d'annuler la mise en demeure du 25 mars 2024 relative à cet indu de RSA ;

3°) de mettre à la charge du président du conseil départemental de l'Yonne la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Mme B soutient que :

- les décisions attaquées sont entachées d'un vice de procédure dès lors qu'elle n'a pas été destinataire de " la lettre d'observation " prévue à l'article R. 724-9 du code rural et de la pêche maritime ;

- l'identité et l'assermentation de l'agent chargé du contrôle ne sont pas établies ;

- les décisions attaquées ont méconnu le " caractère contradictoire du contrôle " et ont été prises en violation des " droits de la défense " ;

- la mise en demeure est entachée d'un vice de forme dès lors que la mise en demeure ne lui permet pas de connaitre " la cause, la nature, le montant et l'étendue de son obligation " ;

- la MSA de Bourgogne n'a pas produit la " preuve du caractère indu des prestations " ni justifié du quantum de l'indu de RSA et du versement effectif de cette prestation, en méconnaissance de l'article 1353 du code civil ;

- en décidant de récupérer un indu de RSA alors que cette dette était prescrite, en application de l'article L. 553-1 du code de la sécurité sociale et dès lors qu'elle n'a pas commis de fraude, la MSA a commis une erreur de droit et une erreur d'appréciation.

II. Par une requête, enregistrée le 19 septembre 2024, sous le n° 2403226, Mme A B, représentée par Me Machaux, demande au tribunal :

1°) d'annuler la " décision " par laquelle la MSA de Bourgogne a implicitement rejeté le recours qu'elle a exercé contre la mise en demeure du 25 mars 2024 relative à un indu d'aides personnelles au logement d'un montant de 14 793,50 euros ;

2°) d'annuler la mise en demeure du 25 mars 2024 relative à cet indu d'aides personnelles au logement ;

3°) de mettre à la charge de la MSA de Bourgogne la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Mme B soutient que :

- les décisions attaquées sont entachées d'un vice de procédure dès lors qu'elle n'a pas été destinataire de " la lettre d'observation " prévue à l'article R. 724-9 du code rural et de la pêche maritime ;

- l'identité et l'assermentation de l'agent chargé du contrôle ne sont pas établies ;

- les décisions attaquées ont méconnu le " caractère contradictoire du contrôle " et ont été prises en violation des " droits de la défense " ;

- la mise en demeure est entachée d'un vice de forme dès lors qu'elle ne lui permet pas de connaitre " la cause, la nature, le montant et l'étendue de son obligation " ;

- la MSA de Bourgogne n'a pas produit la " preuve du caractère indu des prestations " ni justifié du quantum de l'indu en litige et du versement effectif de cette prestation, en méconnaissance de l'article 1353 du code civil ;

- en décidant de récupérer un indu d'aides personnelles au logement alors que cette dette était prescrite, en application de l'article L. 553-1 du code de la sécurité sociale et dès lors qu'elle n'a pas commis de fraude, la MSA a commis une erreur de droit et une erreur d'appréciation.

III. Par une requête, enregistrée le 19 septembre 2024, sous le n° 2403228, Mme A B, représentée par Me Machaux, demande au tribunal :

1°) d'annuler la " décision " par laquelle la MSA de Bourgogne a implicitement rejeté le recours qu'elle a exercé contre la mise en demeure du 25 mars 2024 relative à un indu d'aides personnelles au logement d'un montant de 24 352 euros ;

2°) d'annuler la mise en demeure du 25 mars 2024 relative à cet indu d'aides personnelles au logement ;

3°) de mettre à la charge de la MSA de Bourgogne la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Mme B soutient que :

- les décisions attaquées sont entachées d'un vice de procédure dès lors qu'elle n'a pas été destinataire de " la lettre d'observation " ;

- l'identité et l'assermentation de l'agent chargé du contrôle ne sont pas établies ;

- les décisions attaquées ont méconnu le " caractère contradictoire du contrôle " et ont été prises en violation des " droits de la défense " ;

- la mise en demeure est entachée d'un vice de forme dès lors qu'elle ne lui permet pas de connaitre " la cause, la nature, le montant et l'étendue de son obligation " ;

- la MSA de Bourgogne n'a pas produit la " preuve du caractère indu des prestations " ni justifié du quantum de l'indu en litige et du versement effectif de cette prestation, en méconnaissance de l'article 1353 du code civil ;

- en décidant de récupérer un indu d'aides personnelles au logement alors que cette dette était prescrite, en application de l'article L. 553-1 du code de la sécurité sociale et dès lors qu'elle n'a pas commis de fraude, la MSA a commis une erreur de droit et une erreur d'appréciation.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Les requêtes nos 2403225, 2403226 et 2403228 présentent à juger les mêmes questions et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de joindre ces trois requêtes pour statuer par une seule ordonnance.

2. Aux termes de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " () les présidents de formation de jugement des tribunaux () peuvent, par ordonnance : () 4° Rejeter les requêtes manifestement irrecevables, lorsque la juridiction n'est pas tenue d'inviter leur auteur à les régulariser ou qu'elles n'ont pas été régularisées à l'expiration du délai imparti par une demande en ce sens ; / 5° Statuer sur les requêtes qui ne présentent plus à juger de questions autres que la condamnation prévue à l'article L. 761-1 ou la charge des dépens () ".

Sur le cadre juridique :

En ce qui concerne le cadre juridique relatif au revenu de solidarité active :

3. En vertu des dispositions combinées des articles L. 262-1, L. 262-13, L. 262-16, L. 262-25 et L. 262-46 du code de l'action sociale et des familles, le revenu de solidarité active, qui a pour objet d'assurer à ses bénéficiaires des moyens convenables d'existence, de lutter contre la pauvreté et de favoriser l'insertion sociale et professionnelle, est attribué par le président du conseil départemental ou, par délégation, par les caisses d'allocations familiales et par les caisses de mutualité sociale agricole, lesquelles en assurent également le service et le contrôle dans des conditions fixées par voie de convention.

4. Lorsque l'un des organismes mentionnés au point 1 décide de récupérer un paiement indu de revenu de solidarité active, remettant ainsi en cause des paiements déjà effectués, la personne qui en conteste le bien-fondé doit, avant de saisir le juge et en application des dispositions combinées des articles L. 262-47 et R. 262-87 à R. 262-90 du code de l'action sociale et des familles, former un recours administratif préalable auprès du président du conseil départemental et la décision que ce dernier prend après avoir consulté, le cas échéant, la commission de recours amiable, se substitue à la décision initiale et est seule susceptible d'être contestée devant le juge administratif. Statuant sur un recours dirigé contre une telle décision, il entre dans l'office du juge d'apprécier, au regard de l'argumentation du requérant, le cas échéant, de celle développée par le défendeur et, enfin, des moyens d'ordre public, en tenant compte de l'ensemble des circonstances de fait qui résultent de l'instruction, la régularité comme le bien-fondé de la décision de récupération d'indu. Il lui appartient également, s'il y a lieu, d'annuler ou de réformer la décision ainsi attaquée, pour le motif qui lui paraît, compte tenu des éléments qui lui sont soumis, le mieux à même, dans l'exercice de son office, de régler le litige.

En ce qui concerne le cadre juridique relatif aux indus d'aides personnelles au logement :

5. En vertu des dispositions combinées des articles L. 812-1, L. 821-1, L. 823-9, L. 825-1, L. 825-2, L. 825-3 et R. 825-1 à R. 825-3 du code de la construction et de l'habitation ainsi que des articles L. 553-2 et R. 142-1 du code de la sécurité sociale, les aides personnelles au logement, au nombre desquelles figure l'allocation de logement sociale, sont liquidées et payées, pour le compte du fonds national d'aide au logement, c'est-à-dire au nom de l'État, par les organismes chargés de gérer les prestations familiales.

6. Lorsque l'un des organismes mentionné au point 4 décide de récupérer un paiement indu d'aides personnelles au logement, remettant ainsi en cause des paiements déjà effectués, la personne qui en conteste le bien-fondé doit, avant de saisir le juge, former un recours administratif préalable auprès de la commission de recours amiable de cet organisme et la décision prise par le directeur de cet organisme, après avis de cette commission, se substitue à la décision initiale et est seule susceptible d'être contestée devant le juge administratif. Statuant sur un recours dirigé contre une telle décision, il entre dans l'office du juge d'apprécier, au regard de l'argumentation du requérant, le cas échéant, de celle développée par le défendeur et, enfin, des moyens d'ordre public, en tenant compte de l'ensemble des circonstances de fait qui résultent de l'instruction, la régularité comme le bien-fondé de la décision de récupération d'indu. Il lui appartient également, s'il y a lieu, d'annuler ou de réformer la décision ainsi attaquée, pour le motif qui lui paraît, compte tenu des éléments qui lui sont soumis, le mieux à même, dans l'exercice de son office, de régler le litige.

En ce qui concerne le cadre juridique relatif aux mises en demeure :

7. Aux termes de l'article L. 161-1-5 du code de la sécurité sociale, qui a été rendu applicable au recouvrement des indus de revenu de solidarité active par les articles L. 262-46 et R. 262-94-1 du code de l'action sociale et des familles et au recouvrement des indus d'aides personnelles au logement par l'article L. 823-9 du code de la construction et de l'habitation : " Pour le recouvrement d'une prestation indûment versée (), le directeur d'un organisme de sécurité sociale peut () délivrer une contrainte qui, à défaut d'opposition du débiteur devant la juridiction compétente, comporte tous les effets d'un jugement et confère notamment le bénéfice de l'hypothèque judiciaire ". Aux termes de l'article R. 133-3 du même code : " Si la mise en demeure ou l'avertissement reste sans effet au terme du délai d'un mois à compter de sa notification, les directeurs des organismes créanciers peuvent décerner () une contrainte comportant les effets mentionnés à ces articles. La contrainte est notifiée au débiteur par tout moyen permettant de rapporter la preuve de sa date de réception ou lui est signifiée par acte d'huissier de justice. La contrainte est signifiée au débiteur par acte d'huissier de justice ou par lettre recommandée avec demande d'avis de réception. A peine de nullité, l'acte d'huissier ou la notification mentionne la référence de la contrainte et son montant, le délai dans lequel l'opposition doit être formée, l'adresse du tribunal compétent et les formes requises pour sa saisine. () Le débiteur peut former opposition par inscription au secrétariat du tribunal compétent () ".

8. En l'absence des recours mentionnés aux points 4 et 6 ou en cas de rejet de ceux-ci, et sauf à ce que l'indu ait été remboursé, ait été récupéré par retenues sur les prestations à venir ou ait fait l'objet d'un titre exécutoire émis par l'ordonnateur de la personne publique pour le compte de laquelle la prestation est servie, l'organisme peut mettre l'allocataire en demeure de payer dans le délai d'un mois, puis, si cette mise en demeure reste sans effet dans ce délai, décerner une contrainte, laquelle est susceptible d'opposition devant le tribunal administratif dans le délai de quinze jours. Il suit de là qu'une telle mise en demeure, intervenant après la notification de la décision de récupération de l'indu, constitue un acte préparatoire à la contrainte qui pourra être émise si l'allocataire ne rembourse pas la somme due. Si l'allocataire peut utilement se prévaloir, à l'appui d'une opposition à contrainte, de l'irrégularité de la mise en demeure qui lui a été adressée, celle-ci ne présente pas, en revanche, le caractère d'une décision susceptible de recours.

Sur le litige soumis par Mme B :

9. Compte tenu de ce qui a été dit au point 8, les mises en demeure du 25 mars 2024 constituent seulement des actes préparatoires aux contraintes qui pourraient être émises si Mme B ne rembourse pas les sommes dues. Dès lors, les mises en demeure attaquées et le silence gardé par l'administration à l'occasion des recours exercés à l'encontre de tels actes ne présentent pas le caractère de décisions susceptibles de recours.

10. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme B sont manifestement irrecevables et peuvent ainsi être rejetées en application du 4° de l'article R. 222-1 du code de justice administrative.

11. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la MSA de Bourgogne et du président du conseil départemental de l'Yonne, qui ne sont pas les parties perdantes dans la présente instance, les sommes que demande Mme B au titre de ces dispositions.

ORDONNE :

Article 1er : Les requêtes nos 2403225, 2403226 et 2403228 de Mme B sont rejetées.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A B.

Une copie de cette ordonnance sera transmise, pour information, au département de l'Yonne et à la caisse régionale de mutualité sociale agricole de Bourgogne.

Fait à Dijon le 22 octobre 2024.

Le président de la 3ème chambre,

L. Boissy

La République mande et ordonne au préfet de l'Yonne, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier

Nos 2403225, 2403226, 2403228

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