jeudi 24 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Dijon |
| Section | Tribunal Administratif de Dijon |
| N° Dossier | TA21-2403227 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | JU REFERE ETRANGERS 15 JOURS |
| Avocat requérant | CENTAURE AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 19 septembre 2024 M. E A, représenté par Me Si Hassen, demande au tribunal :
1°) de l'admettre à l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 16 septembre 2024 par lequel le préfet de la Côte-d'Or a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination, et a pris à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de cinq ans ;
3°) d'annuler l'arrêté du 16 septembre 2024 par lequel le préfet de la Côte-d'Or l'a assigné à résidence dans le département de la Côte-d'Or pour une durée de six mois ;
4°) d'enjoindre au préfet de la Côte-d'Or à titre principal de lui délivrer un certificat de résidence algérien d'un an portant la mention " vie privée et familiale ", dans le délai d'un mois à compter de la notification de la décision à intervenir et à titre subsidiaire de réexaminer sa situation dans les mêmes conditions de délai ;
5°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros à verser à son conseil, en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
En ce qui concerne l'arrêté du 16 septembre 2024 par lequel le préfet de la Côte-d'Or a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination, et a pris à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de cinq ans :
- les décisions contestées sont entachées d'incompétence ;
- elles sont insuffisamment motivées ;
- la décision de refus de séjour méconnait l'article 6-4 de l'accord franco algérien dès lors qu'il est parent d'un enfant français ;
- la décision de refus de séjour est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'il ne représente pas une menace pour l'ordre public ;
- la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français est illégale du fait de l'illégalité de la décision de refus de séjour ;
- la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- la décision lui refusant un délai de départ volontaire est illégale du fait de l'illégalité de la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français et est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;
- la décision fixant le pays de renvoi est illégale du fait de l'illégalité de la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français ;
- la décision lui faisant interdiction de retour sur le territoire français est illégale du fait de l'illégalité de la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français ; elle est insuffisamment motivée ; elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ; elle méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.
En ce qui concerne l'arrêté du 16 septembre 2024 par lequel le préfet de la Côte-d'Or l'a assigné à résidence dans le département de la Côte-d'Or pour une durée de six mois :
- la décision l'assignant à résidence est illégale du fait de l'illégalité de la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français ;
- elle est entachée d'incompétence ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
Des pièces complémentaires enregistrées le 27 septembre 2024 ont été produites pour M. A.
Des pièces complémentaires enregistrées les 10 et 23 octobre 2024 ont été produites pour le préfet de la Côte-d'Or.
Par un mémoire en défense, enregistré le 14 octobre 2024, le préfet de la Côte-d'Or représenté par Me Rannou conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de M. A la somme de 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- l'accord entre le gouvernement de la République française et le gouvernement de la République algérienne démocratique et populaire, relatif à la circulation, à l'emploi et au séjour en France des ressortissants algériens et de leurs familles, complété par un protocole, deux échanges de lettres et une annexe, modifié, signé à Alger le 27 décembre 1968 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. C par une décision du 22 juillet 2024 pour statuer sur les requêtes relevant des procédures régies par les articles L. 921-1 à L. 922-3 et R. 921-1 à R. 922-28 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique, M. C a lu son rapport et entendu :
- les observations de Me Si Hassen, pour le compte du requérant, qui a repris les conclusions et moyens exposés dans la requête ;
- les observations de Me Lacoeuilhe représentant le préfet de la Côte-d'Or qui persiste par les mêmes moyens dans ses conclusions tendant au rejet de la requête.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant algérien né en 1996, demande au tribunal d'annuler d'une part, l'arrêté du 16 septembre 2024 par lequel le préfet de la Côte-d'Or a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination, et a pris à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de cinq ans et d'autre part, l'arrêté du 16 septembre 2024 par lequel le préfet de la Côte-d'Or l'a assigné à résidence dans le département de la Côte-d'Or pour une durée de six mois.
Sur l'admission provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle :
2. Aux termes du premier alinéa de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par la juridiction compétente ou son président. ".
3. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de prononcer l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle de M. A.
Sur la formation de jugement compétente :
4. D'une part, aux termes de l'article L. 614-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 614-1, lorsque l'étranger est détenu, la décision portant obligation de quitter le territoire français ainsi que la décision relative au séjour, la décision relative au délai de départ volontaire et l'interdiction de retour sur le territoire français qui l'accompagnent, le cas échéant, peuvent être contestées devant le tribunal administratif selon la procédure prévue à l'article L. 921-1. ". Aux termes de l'article L. 921-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'une disposition du présent code prévoit qu'une décision peut être contestée selon la procédure prévue au présent article, le tribunal administratif peut être saisi dans le délai de sept jours à compter de la notification de la décision. Sous réserve de l'article L. 921-4, il statue dans un délai de quinze jours à compter de l'introduction du recours. "
5. D'autre part, aux termes de l'article L. 731-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut autoriser l'étranger qui justifie être dans l'impossibilité de quitter le territoire français ou ne pouvoir ni regagner son pays d'origine ni se rendre dans aucun autre pays, à se maintenir provisoirement sur le territoire en l'assignant à résidence jusqu'à ce qu'existe une perspective raisonnable d'exécution de son obligation, dans les cas suivants :1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé ;".
6. Il ressort des pièces du dossier que M. A exécute sa peine d'emprisonnement prononcée le 8 novembre 2023 sous le régime de la détention à domicile sous surveillance électronique à compter du 22 mai 2024. Cette circonstance rend applicable aux conclusions de sa requête dirigées contre l'arrêté du 16 septembre 2024 par lequel le préfet de la Côte-d'Or a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination, et a pris à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de cinq ans les dispositions de l'article L. 921-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile aux termes desquelles le magistrat désigné par le président du tribunal statue sur le recours. En revanche, il n'appartient pas au juge statuant selon la procédure prévue à l'article L. 921-1 de connaître des conclusions tendant à l'annulation de l'assignation à résidence d'un étranger, fondée sur les dispositions de l'article L. 731-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Les conclusions de la requête de M. A tendant à l'annulation de l'arrêté du 16 septembre 2024 par lequel le préfet de la Côte-d'Or l'a, en application du 1° de l'article L. 731-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, assigné à résidence dans le département de la Côte-d'Or pour une durée de six mois doivent, en conséquence être renvoyées, devant une formation collégiale de jugement.
Sur les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 16 septembre 2024 par lequel le préfet de la Côte-d'Or a rejeté la demande de titre de séjour de M. A, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination, et a pris à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de cinq ans :
En ce qui concerne les moyens communs à l'ensemble des décisions :
7. En premier lieu, par un arrêté 18 janvier 2024, publié le 22 janvier 2024 au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture, le préfet de la Côte-d'Or a délégué sa signature à M. Johann Mougenot, secrétaire général de la préfecture à l'effet de signer tous arrêtés, décisions, circulaires, rapports, correspondances et documents relevant des attributions de l'Etat dans le département, à l'exception d'actes au nombre desquels ne figurent pas les décisions attaquées. Par suite, le moyen tiré de ce que M. D n'était pas compétent pour signer la décision contestée manque en fait et doit ainsi être écarté.
8. En deuxième lieu, aux termes des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration, les mesures de police doivent être motivées et " comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".
9. En l'espèce, l'arrêté attaqué vise notamment l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, l'article 6-4 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ainsi que les articles pertinents du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le préfet a également précisé l'état civil du requérant, les modalités de son entrée et les conditions de son séjour sur le territoire français et les délits qu'il a commis justifiant qu'il représente une menace pour l'ordre public. Il s'ensuit que l'arrêté contesté énonce de manière suffisamment circonstanciée les considérations de droit et de fait qui le fondent pour mettre M. A en mesure d'en discuter utilement les motifs. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de l'arrêté attaqué doit être écarté.
En ce qui concerne la décision de refus de séjour :
10. Aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien : " () Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : () 4°) au ressortissant algérien ascendant direct d'un enfant français mineur résidant en France, à la condition qu'il exerce même partiellement l'autorité parentale à l'égard de cet enfant ou qu'il subvienne effectivement à ses besoins. Lorsque la qualité d'ascendant direct d'un enfant français résulte d'une reconnaissance de l'enfant postérieure à la naissance, le certificat de résidence d'un an n'est délivré au ressortissant algérien que s'il subvient à ses besoins depuis sa naissance ou depuis au moins un an. ".
11. Il résulte des stipulations précitées de l'article 6 de l'accord franco-algérien que lorsque la qualité d'ascendant direct d'un enfant français résulte d'une reconnaissance de l'enfant antérieure à la naissance, le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit au ressortissant algérien à la condition, alternative, qu'il exerce même partiellement l'autorité parentale à l'égard de cet enfant ou qu'il subvienne effectivement à ses besoins. Il résulte également de ces stipulations que le respect de la condition qu'elles posent tenant à l'exercice même partiel de l'autorité parentale n'est pas subordonné à la vérification de l'effectivité de l'exercice de cette autorité. Enfin, ces stipulations ne privent pas l'autorité compétente du pouvoir qui lui appartient de refuser à un ressortissant algérien la délivrance du certificat de résidence d'un an lorsque sa présence en France constitue une menace pour l'ordre public.
12. M. A soutient qu'il est le père B, une enfant française née le 14 septembre 2021, qu'il exerce conjointement avec la mère l'autorité parentale et qu'il contribue à l'entretien et à l'éducation de sa fille. Il fait également valoir que l'unique condamnation dont il a fait l'objet ne permet pas d'en conclure qu'il représente une menace pour l'ordre public de sorte que le préfet de la Côte-d'Or ne pouvait se fonder sur ce motif pour lui refuser la délivrance de plein droit d'un titre de séjour sur le fondement de de l'article 6-4 de l'accord franco-algérien. Toutefois, il ressort de l'avis défavorable rendu le 10 mars 2023 par la commission du titre de séjour sur sa demande de certificat de résidence algérien que M. A a fait l'objet de deux amendes délictuelles pour usage illicite de stupéfiants et d'une ordonnance pénale pour recel d'un bien provenant d'un vol. Par ailleurs, il a été condamné le 8 novembre 2023 par le tribunal correctionnel de Dijon à une peine de neuf mois d'emprisonnement délictuel pour violence avec usage ou menace d'une arme suivie d'incapacité. Dans ces conditions, le préfet de la Côte-d'Or n'a commis ni erreur de droit ni erreur d'appréciation en estimant qu'il représentait une menace pour l'ordre public et en lui refusant pour ce motif le titre de séjour qu'il sollicitait en qualité de parent d'enfant français sur le fondement de l'article 6-4 de l'accord franco-algérien.
En ce qui concerne la décision faisant obligation de quitter le territoire français :
13. En premier lieu, l'illégalité de la décision de refus de séjour n'ayant pas été établie, le requérant n'est pas fondé à exciper de son illégalité à l'encontre de la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français.
14. En second lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance () ". Et aux termes de
l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. ".
15. M. A soutient que le préfet de la Côte-d'Or méconnait son droit au respect de sa vie privée et familiale et porte atteinte à l'intérêt supérieur de son enfant dès lors qu'il est très lié à sa fille dont il s'occupe, qu'il vit en France depuis six ans et qu'il y est intégré. Toutefois, il est constant que M. A, qui s'est séparé de la mère B avant sa naissance, n'a jamais vécu avec sa fille. Par ailleurs, il ne ressort pas des pièces du dossier, et notamment de l'attestation de la mère de l'enfant qui se borne à indiquer " que depuis le 8 juillet 2024 et le 11 juillet 2024 ", il " demande régulièrement après notre enfant " et qu'il " a fait quelques achats ", qu'il participerait effectivement à l'entretien et à l'éducation de sa fille. S'il soutient être intégré à la société française, il a été rappelé au point 12 qu'il a été condamné pour des faits caractérisant une menace à l'ordre public. En outre, il n'a pas déféré à la mesure d'éloignement dont il a fait l'objet en 2021, malgré le rejet de sa requête en annulation, par le tribunal. Enfin, M. A qui est célibataire et qui n'établit pas être dépourvu d'attaches en Algérie où il a vécu jusqu'à l'âge de vingt-deux ans, ne justifie ni de conditions d'existence pérennes ni d'une insertion professionnelle significative en France. Dans ces conditions, la décision en litige n'a pas porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale. Elle n'a pas davantage méconnu l'intérêt supérieur de sa fille. Par suite les moyens tirés de la violation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doivent être écartés.
En ce qui concerne la décision lui refusant un délai de départ volontaire :
16. En premier lieu, l'illégalité de la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français n'ayant pas été établie, le requérant n'est pas fondé à exciper de son illégalité à l'encontre de la décision lui refusant un délai de départ volontaire.
17. En second lieu, aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants :1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; 2° L'étranger s'est vu refuser la délivrance ou le renouvellement de son titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de son autorisation provisoire de séjour au motif que sa demande était manifestement infondée ou frauduleuse ; 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. "
18. Compte tenu de la menace pour l'ordre public, rappelée au point 12, que représente le comportement de M. A, et alors même que l'intéressé était en détention à domicile sous surveillance électronique, le préfet pouvait à bon droit en application du 1° de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile refuser, pour ce seul motif, de lui accorder un délai de départ volontaire.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :
19. L'illégalité de la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français n'ayant pas été établie, le requérant n'est pas fondé à exciper de son illégalité à l'encontre de la décision fixant le pays de renvoi.
En ce qui concerne la décision faisant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de cinq ans :
20. En premier lieu, l'illégalité de la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français n'ayant pas été établie, le requérant n'est pas fondé à exciper de son illégalité à l'encontre de la décision lui faisant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de cinq ans.
21. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français, et dix ans en cas de menace grave pour l'ordre public ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11 ".
22. Il résulte de ces dispositions que l'autorité compétente doit, pour décider de prononcer à l'encontre de l'étranger soumis à l'obligation de quitter le territoire français une interdiction de retour et en fixer la durée, tenir compte, dans le respect des principes constitutionnels, des principes généraux du droit et des règles résultant des engagements internationaux de la France, des quatre critères qu'elles énumèrent, sans pouvoir se limiter à ne prendre en compte que l'un ou plusieurs d'entre eux.
23. En l'espèce, le préfet de la Côte-d'Or a visé les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et mentionne dans son arrêté que M. A vivait en France depuis 2018, qu'il était célibataire, qu'il avait une fille de nationalité française et qu'il avait fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement. Il a également précisé les motifs pour lesquels M. A représentait une menace à l'ordre public. La décision est ainsi suffisamment motivée.
24. En dernier lieu, pour des motifs identiques à ceux exposés aux points 12 et 15 du présent jugement, les moyens tirés de ce que la décision attaquée serait entachée d'erreur d'appréciation et de disproportion au regard de ses conséquences sur la situation personnelle de M. A et méconnaîtrait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant, qui sont dépourvus de toute argumentation distincte venant à leur soutien, doivent être écartés.
25. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 16 septembre 2024 par lequel le préfet de la Côte-d'Or a rejeté la demande de titre de séjour de M. A, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination, et a pris à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de cinq ans doivent être rejetées.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
26. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation, n'implique aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions à fin d'injonction doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
27. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, une somme au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Dans les circonstances de l'espèce il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions présentées sur le même fondement par le préfet de la Côte-d'Or.
D E C I D E :
Article 1er : M. A est admis à l'aide juridictionnelle à titre provisoire.
Article 2r : Les conclusions de M. A tendant à l'annulation de l'arrêté du 16 septembre 2024 par lequel le préfet de la Côte-d'Or l'a assigné à résidence dans le département de la Côte-d'Or pour une durée de six mois sont renvoyées à la formation de jugement compétente pour en connaître.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 4 : Les conclusions présentées par le préfet de la Côte-d'Or sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. E A, au préfet de la Côte-d'Or et à Me Si Hassen.
Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et au bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Dijon.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 octobre 2024.
Le magistrat désigné,
O. CLa greffière,
L. Lelong
La République mande et ordonne au préfet de la Côte-d'Or en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
La greffière,
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2608798
03/08/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2606201
03/08/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2600562
03/08/2026
Tribunal Administratif de MELUN — N° TA77-2611484
03/08/2026