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AccueilJurisprudence administrativeN° TA21-2403269

Tribunal Administratif de Dijon — Décision N° TA21-2403269

jeudi 10 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Dijon
SectionTribunal Administratif de Dijon
N° DossierTA21-2403269
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Avocat requérantROTHDIENER GAËTAN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 23 septembre et 3 octobre 2024, M. B A, représenté par Me Audard, demande au juge des référés :

1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de la décision du 13 mai 2024 par laquelle le maire de Neuilly-Crimolois a refusé de convoquer le conseil municipal et d'inscrire à son ordre du jour le retrait de l'intégralité des délégations qui lui ont été consenties par le conseil municipal, et de la décision du 23 juillet 2024 rejetant le recours gracieux formé contre cette décision et refusant d'inscrire à son ordre du jour un projet de délégation dont la liste est limitée à six points précisément définis ;

2°) d'enjoindre au maire de Neuilly-Crimolois de convoquer le conseil municipal dans un délai de quinze jours et d'inscrire à son ordre du jour, d'une part l'abrogation des délégations qui lui ont été consenties par délibération du conseil municipal du 10 juillet 2020, et d'autre part un projet de délégation dont la liste est limitée à six points précisément définis ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Neuilly-Crimolois la somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

En ce qui concerne la recevabilité :

- la première demande de convocation du conseil municipal ayant été reçue le 26 avril 2024, le maire disposait d'un mois pour le convoquer et inscrire les points sollicités à l'ordre du jour, dès lors l'absence d'inscription des questions sollicitées à l'ordre du jour du conseil municipal du 7 mai 2024 ne constitue pas une décision implicite de rejet, et lors de cette séance le maire s'est borné à informer les membres du conseil municipal des conséquences pratiques d'une telle décision avant de répondre à la demande des signataires, donc sans opposer de décision de refus qui a été prise le 13 mai 2024 ;

- la seconde demande de convocation du conseil municipal, réceptionnée le 1er juillet 2024, n'a pas fait naître de décision implicite de rejet à défaut d'inscription des points sollicités à l'ordre du jour de la séance du 9 juillet 2024, au cours de laquelle le maire s'est borné à solliciter un engagement public et écrit des signataires de la demande de s'accorder sur les limites des délégations qu'il proposait, s'exposant à défaut à une nouvelle décision de refus qui a été prise le 23 juillet 2024 ;

En ce qui concerne l'urgence :

- elle est établie pour un refus du maire de convoquer le conseil municipal, dans le délai de trente jours requis par l'article L. 2121-9 du code général des collectivités territoriales, à la demande de plus d'un tiers des membres du conseil municipal, en l'espèce largement dépassé, au regard de l'atteinte portée à l'exigence de liberté du débat démocratique au sein des conseils municipaux, alors qu'en outre l'opacité dans laquelle le maire, qui refuse de rendre compte des dépenses qu'il expose, exerce ses délégations, fait obstacle à tout contrôle de l'assemblée délibérante sur les dépenses engagées et les finances de la commune ;

En ce qui concerne le doute sérieux quant à la légalité des décisions attaquées :

- le maire est en situation de compétence liée pour convoquer le conseil municipal dans le délai de trente jours prescrit par l'article L. 2121-9 du code général des collectivités territoriales lorsqu'il est saisi par plus d'un tiers des membres du conseil municipal ;

- les demandes sont motivées par le visa des textes sur lesquelles elles se fondent et par l'indication précise des questions soumises à la délibération du conseil municipal ;

- le retrait des délégations du maire est d'intérêt communal eu égard à son objet, et la demande d'inscrire cette question à l'ordre du jour ne peut être qualifiée d'abusive au regard des conséquences susceptibles de découler de son adoption, alors que les compétences visées à l'article L. 2122-22 du code général des collectivités territoriales appartiennent au conseil municipal qui peut mettre un terme à tout moment aux délégations consenties.

Par un mémoire en défense, enregistré le 3 octobre 2024, la commune de Neuilly-Crimolois, représentée par son maire, ayant pour avocat Me Rothdiener, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 2 000 euros soit mise à la charge de M. A au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

En ce qui concerne les conclusions à fin de suspension :

- à titre principal, la requête est irrecevable en raison de sa tardiveté, dès lors que le délai de recours contentieux de deux mois, qui courait à compter du 9 juillet, date à laquelle le maire a rejeté lors de la séance du conseil municipal le recours gracieux et la nouvelle demande de convocation et d'inscription à l'ordre du jour du 18 juin 2024, expirait le 10 septembre 2024 et, dès lors que le maire a opposé des refus lors des séances du conseil municipal des 7 mai et 9 juillet 2024, les conclusions sont mal dirigées et contestent des actes purement confirmatifs ;

- à titre subsidiaire, la condition d'urgence n'est pas remplie, un seul élu ayant engagé le contentieux, plus de quatre mois après le premier refus du 7 mai 2024 et deux mois et demi après la connaissance du rejet du recours gracieux, sans justifier de l'urgence de retirer au maire la totalité des délégations consenties en 2020, ni d'une situation d'urgence découlant de l'exercice de l'une de ces compétences, alors que le projet risque de paralyser le bon fonctionnement des services publics sans motif sérieux, s'agissant notamment du projet de réduire la délégation consentie au maire de réalisation des lignes de trésorerie à un montant maximum de 300 euros hors taxe, le maire ayant proposé le 23 juillet 2024 de rehausser ce seuil à 2 500 euros hors taxe pour ne pas paralyser le fonctionnement de la commune ;

- à titre infiniment subsidiaire, la condition de doute sérieux n'est pas remplie, dès lors que la demande du 15 avril 2024 n'est pas motivée, et que le retrait de l'intégralité des délégations consenties était de nature à provoquer une paralysie des services publics et l'obligation de réunir le conseil municipal chaque semaine, le sujet n'étant pas d'intérêt communal et la demande présentant un caractère abusif, et la seconde demande du 18 juin 2024, sollicitant le retrait de la majorité des délégations consenties au maire et l'abaissement du seuil portant sur les marchés et la trésorerie à 300 euros hors taxe, n'est motivée que par une prétendue opacité dénuée de toute précision, qui n'est pas fondée ;

En ce qui concerne les conclusions à fin d'injonction :

- seules des mesures provisoires pouvant être prises dans le cadre d'une procédure de référé, il n'est en tout état de cause possible que de prononcer, le cas échéant, une injonction de procéder à un nouvel examen de la demande.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête n° 2403268, enregistrée le 23 septembre 2024, par laquelle M. A demande l'annulation des décisions contestées.

Vu :

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Nicolet, vice-président, pour statuer sur les demandes de référé.

Après avoir entendu en séance publique :

- le rapport de M. Nicolet, vice-président,

- les observations de Me Audard, pour le compte du requérant, qui a repris les conclusions et moyens exposés dans ses écrits ;

- les observations de Me Rothdiener, pour le compte de la commune de Neuilly-Crimolois, qui a repris les conclusions et moyens exposés dans le mémoire en défense.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, membre du conseil municipal de la commune de Neuilly-Crimolois, demande la suspension de l'exécution de la décision du 13 mai 2024 par laquelle le maire de Neuilly-Crimolois a refusé de convoquer le conseil municipal et d'inscrire à son ordre du jour le retrait de l'intégralité des délégations qui lui ont été consenties par le conseil municipal, et de la décision du 23 juillet 2024 rejetant le recours gracieux formé contre cette décision et refusant d'inscrire à son ordre du jour un projet de délégation dont la liste est limitée à six points précisément définis.

2. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. ". Aux termes du premier alinéa de l'article R. 522-1 du même code : " La requête visant au prononcé de mesures d'urgence doit contenir l'exposé au moins sommaire des faits et moyens et justifier de l'urgence de l'affaire. ".

3. Il résulte des dispositions précitées des articles L. 521-1 et R. 522-1 du code de justice administrative que la condition d'urgence à laquelle est subordonné le prononcé d'une mesure de suspension doit être regardée comme remplie lorsque la décision contestée préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande tendant à la suspension d'une telle décision, d'apprécier concrètement, compte-tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de celle-ci sur la situation de ce dernier ou le cas échéant, des personnes concernées, sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. L'urgence doit être appréciée objectivement et globalement, le cas échéant au terme d'un bilan des intérêts privés et publics en présence et compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'affaire à la date à laquelle le juge des référés se prononce.

4. Le maire de Neuilly-Crimolois a été saisi le 26 avril 2024, sur le fondement des dispositions de l'article L. 2121-9 du code général des collectivités territoriales, d'une demande, formulée par quatorze conseillers municipaux, de convocation du conseil municipal et d'inscription à l'ordre du jour du retrait de l'intégralité des délégations qui lui ont été consenties par le conseil municipal. Le requérant, membre du conseil municipal et signataire de cette demande, conteste la décision du 13 mai 2024 par laquelle le maire a opposé un refus à cette demande. Dès lors que le maire s'est borné, lors de la séance du conseil municipal du 7 mai 2024, à informer ses membres de cette demande et des inconvénients qui seraient susceptibles de découler de l'adoption d'une telle décision, avant d'annoncer qu'une réponse formelle serait adressée à ses signataires, ni l'absence de mention de ce projet de délibération dans la convocation à cette séance du conseil municipal, ni les informations et intentions énoncées par le maire en séance ne peuvent en l'espèce être regardés comme des décisions opposant un refus à la demande dont il était saisi, qui a été pris le 13 mai 2024, dans le délai de trente jours prescrit par les dispositions de l'article L. 2121-9 du code général des collectivités territoriales. Le maire a ensuite été saisi d'un recours gracieux, réceptionné le 1er juillet 2024, formé contre cette décision et sollicitant la convocation du conseil municipal en vue de l'abrogation de l'intégralité des délégations consenties par le conseil municipal et de l'adoption d'un projet de délégation dont la liste était limitée à six points. Le requérant conteste la décision du 23 juillet 2024 par laquelle le maire a opposé un refus à cette nouvelle demande. Dès lors que le maire s'est borné, lors de la séance du conseil municipal du 9 juillet 2024, à énoncer une contre-proposition de modification de ses délégations et informer ses membres qu'il souhaitait que les demandeurs confirment publiquement ou par écrit leur accord sur cette proposition, et qu'à défaut un nouveau refus leur serait opposé, ni l'absence de mention de ces projets de délibération dans la convocation à cette séance du conseil municipal, ni les propos du maire en séance ne peuvent en l'espèce être regardés comme des décisions opposant un refus à cette nouvelle demande dont il était saisi, qui a été pris le 23 juillet 2024, dans le délai de trente jours prescrit par les dispositions de l'article L. 2121-9 du code général des collectivités territoriales. Par suite, le requérant n'est fondé à soutenir, ni que les conclusions à fin d'annulation et de suspension seraient mal dirigées, ni que les conclusions à fin d'annulation, enregistrées le 23 septembre 2024, seraient irrecevables en raison de leur présentation postérieure à l'expiration du délai de recours contentieux de deux mois.

5. Alors qu'il résulte des dispositions de l'article L. 2121-9 du code général des collectivités territoriales que le maire est tenu, lorsque la demande motivée lui en est faite par le tiers au moins des membres du conseil municipal en exercice dans les communes de 1 000 habitants et plus, de convoquer le conseil municipal dans un délai maximum de trente jours pour délibérer et que, si la demande précise les questions à inscrire à l'ordre du jour, il ne peut refuser, en tout ou partie, de les inscrire que s'il estime, sous le contrôle du juge, qu'elles ne sont pas d'intérêt communal ou que la demande présente un caractère manifestement abusif, le moyen tiré de la méconnaissance de ces dispositions est, en l'état de l'instruction, de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité des décisions contestées.

6. Au titre de l'urgence, le requérant est fondé à soutenir que, par lui-même, le refus du maire de convoquer le conseil municipal, dans le délai de trente jours requis par l'article L. 2121-9 du code général des collectivités territoriales, à la demande de plus d'un tiers des membres du conseil municipal, qui est en l'espèce largement dépassé, porte atteinte à l'exigence de liberté du débat démocratique au sein du conseil municipal, alors qu'en outre il fait valoir des difficultés du maire à rendre compte des dépenses qu'il expose dans le cadre des délégations consenties. En défense, le maire n'est pas fondé à faire valoir, au titre de l'urgence, que l'adoption des délibérations sollicitées serait de nature à provoquer de graves difficultés de fonctionnement des services de la commune dès lors, d'une part, que l'appréciation à porter sur cette question relève du débat au sein du conseil municipal, avant l'adoption ou le rejet des délibérations proposées et, d'autre part, qu'il est loisible au maire de convoquer le conseil municipal en formulant également des propositions alternatives sur les délégations qu'il estime nécessaires pour assurer un fonctionnement adapté des services de la commune.

7. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu de suspendre les décisions contestées et d'enjoindre au maire de Neuilly-Crimolois de réunir le conseil municipal afin de délibérer sur les projets dont il a été saisi, dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la présente ordonnance.

8. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge du requérant, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que la commune de Neuilly-Crimolois demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. La commune de Neuilly-Crimolois versera à M. A la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : La décision du 13 mai 2024 par laquelle le maire de Neuilly-Crimolois a refusé de convoquer le conseil municipal et d'inscrire à son ordre du jour le retrait de l'intégralité des délégations qui lui ont été consenties par le conseil municipal, et la décision du 23 juillet 2024 rejetant le recours gracieux formé contre cette décision et refusant d'inscrire à son ordre du jour un projet de délégation dont la liste est limitée à six points, sont suspendues.

Article 2 : Il est enjoint au maire de Neuilly-Crimolois de réunir le conseil municipal afin de délibérer sur les projets dont il a été saisi, dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la présente ordonnance.

Article 3 : La commune de Neuilly-Crimolois versera à M. A la somme de de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Les conclusions présentées par la commune de Neuilly-Crimolois au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A et à la commune de Neuilly-Crimolois.

Copie en sera adressée au préfet de la Côte-d'Or.

Fait à Dijon, le 10 octobre 2024.

Le juge des référés,

P. Nicolet

La République mande et ordonne au préfet de la Côte-d'Or en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

Nos 2403269

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