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AccueilJurisprudence administrativeN° TA21-2403334

Tribunal Administratif de Dijon — Décision N° TA21-2403334

jeudi 17 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Dijon
SectionTribunal Administratif de Dijon
N° DossierTA21-2403334
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Avocat requérantADDEN AVOCATS

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I. - Par une requête enregistrée le 26 septembre 2024 sous le n° 2403334, Mme D A, représentée par Me Barberousse, demande au juge des référés :

1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de l'arrêté, en date du 1er février 2024, par lequel le maire de Dijon a accordé à Mme B C un permis de construire en vue de l'extension d'une maison d'habitation sise ruelle des Poussots et de sa division en quatre logements ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Dijon la somme de 3 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;

Elle soutient que :

- voisine immédiate du projet, lequel affecte les conditions de jouissance de sa propriété ainsi que sa valeur vénale, elle justifie d'un intérêt lui donnant qualité pour agir ;

- la formalité prescrite par l'article R. 600-1 du code de l'urbanisme a été observée ;

- l'urgence est caractérisée, les travaux progressant rapidement et les défendeurs n'ayant pas produit d'écritures dans l'instance au fond ;

- il est fait état de moyens propres à créer un doute sérieux quant à la légalité de l'arrêté attaqué ; en effet :

•le permis de construire a été obtenu par fraude, Mme C ayant travesti les faits en ce qui concerne la propriété du mur séparatif, les dix-neuf arbres de haute tige plantés en 2020, le fossé situé à l'arrière du terrain, l'ampleur des travaux engagés sur l'existant, cela à seule fin de contourner les règles du plan local d'urbanisme relative aux espaces verts et celles régissant la voirie routière ;

•le dossier de permis de construire comporte des éléments erronés et tronqués ;

•le permis de construire litigieux méconnaît l'article 4 du règlement de la zone U du plan local d'urbanisme intercommunal, imposant, dans le secteur considéré, un ratio minimal de pleine terre de 0,3 et coefficient de biotope par surface de 0,4 ;

•le projet, qui est d'une ampleur telle qu'il doit être regardé comme portant sur une construction nouvelle, méconnaît la servitude d'alignement frappant la ruelle des Poussots, et donc l'article L. 112-5 du code de la voirie routière ; cette illégalité n'est pas régularisée par le permis de construire modificatif délivré le 27 juin 2024 ;

•à tout le moins, le projet comporte des travaux confortatifs, en violation de l'article L. 112-6 du même code.

Par un mémoire en défense enregistré le 11 octobre 2024, la commune de Dijon, représentée par Me Férignac, conclut au rejet de la requête et à la condamnation de Mme A à lui verser la somme de 5 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- la requête au fond est irrecevable, faute pour Mme A d'avoir satisfait à l'exigence fixée par l'article R. 600-4 du code de l'urbanisme ;

- Mme A ne justifie pas d'un intérêt lui conférant qualité pour agir au sens de l'article L 600-1-2 du code de l'urbanisme ;

- aucun des moyens invoqués n'est de nature à faire naître un doute sérieux quant à la légalité du permis de construire contesté ; en effet :

•le moyen tiré du caractère incomplet ou inexact des pièces annexées à la demande de permis de construire n'est pas assorti de précisions suffisantes ;

•l'existence de manœuvres frauduleuses n'est en rien démontrée ;

•le projet respecte les prescriptions de l'article 4 du règlement de la zone U du plan local d'urbanisme intercommunal ;

•le permis de construire contesté n'autorise ni une construction nouvelle au sens de l'article L. 112-5 du code de la voirie routière, ni la réalisation de travaux confortatifs au sens de l'article L. 112-6 du même code, de sorte que la servitude d'alignement n'est pas méconnue ;

•le permis de construire contesté ne crée aucun risque pour la sécurité publique, la ruelle étant rectiligne et offrant de bonnes conditions de visibilité.

Par un mémoire en défense enregistré le 11 octobre 2024, Mme B C, représentée par Me Rothdiener, conclut au rejet de la requête et à la condamnation de Mme A à lui verser la somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- la requête au fond est irrecevable, faute pour Mme A d'avoir satisfait à l'exigence fixée par l'article R. 600-4 du code de l'urbanisme ;

- aucun des moyens invoqués n'est de nature à faire naître un doute sérieux quant à la légalité du permis de construire contesté ; en effet :

•l'existence de manœuvres frauduleuses n'est en rien démontrée ;

•le dossier de permis ne souffre d'aucune insuffisance ;

•le projet respecte les prescriptions de l'article 4 du règlement de la zone U du plan local d'urbanisme intercommunal ;

•le permis de construire contesté n'autorise nullement, dans la partie du terrain frappée d'alignement, la réalisation de travaux confortatifs au sens de l'article L. 112-6 du code de la voirie routière ;

•le moyen tiré de la méconnaissance de l'article R. 111-2 est inopérant, l'argumentation développée à ce titre ne relevant pas de cette disposition, et en tout état de cause infondé, la ruelle étant rectiligne et offrant de bonnes conditions de visibilité.

II. - Par une requête enregistrée le 26 septembre 2024 sous le n° 2403335, Mme D A, représentée par Me Barberousse, demande au juge des référés :

1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de l'arrêté, en date du 27 juin 2024, par lequel le maire de Dijon a accordé à Mme B C un permis de construire modificatif concernant son projet d'extension d'une maison d'habitation sise ruelle des Poussots et de sa division en quatre logements ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Dijon la somme de 3 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;

Elle soutient que :

- voisine immédiate du projet, lequel affecte les conditions de jouissance de sa propriété ainsi que sa valeur vénale, elle justifie d'un intérêt lui donnant qualité pour agir ;

- la formalité prescrite par l'article R. 600-1 du code de l'urbanisme a été observée ;

- l'urgence est caractérisée, les travaux progressant rapidement et les défendeurs n'ayant pas produit d'écritures dans l'instance au fond ;

- il est fait état de moyens propres à créer un doute sérieux quant à la légalité de l'arrêté attaqué ; en effet :

•le permis de construire a été obtenu par fraude, Mme C ayant travesti les faits en ce qui concerne la propriété du mur séparatif, les dix-neuf arbres de haute tige plantés en 2020, le fossé situé à l'arrière du terrain, l'ampleur des travaux engagés sur l'existant, cela à seule fin de contourner les règles du plan local d'urbanisme relative aux espaces verts et celles régissant la voirie routière ;

•le dossier de permis de construire comporte des éléments erronés et tronqués ;

•le permis de construire modificatif litigieux ne régularise pas le projet au regard de l'article 4 du règlement de la zone U du plan local d'urbanisme intercommunal et méconnaît également le coefficient de biotope par surface fixé par cette disposition ;

•ce permis modificatif ne régularise pas davantage le permis initial en ce qui concerne la servitude d'alignement et méconnaît tout autant que lui les articles L. 112-5 et L. 112-6 du code de la voirie routière.

Par un mémoire en défense enregistré le 11 octobre 2024, la commune de Dijon, représentée par Me Férignac, conclut au rejet de la requête et à la condamnation de Mme A à lui verser la somme de 5 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- la requête au fond est irrecevable, faute pour Mme A d'avoir satisfait à l'exigence fixée par l'article R. 600-4 du code de l'urbanisme ;

- Mme A ne justifie pas d'un intérêt lui conférant qualité pour agir au sens de l'article L 600-1-2 du code de l'urbanisme ;

- aucun des moyens invoqués n'est de nature à faire naître un doute sérieux quant à la légalité du permis de construire contesté ; en effet :

•le moyen tiré du caractère incomplet ou inexact des pièces annexées à la demande de permis de construire n'est pas assorti de précisions suffisantes ;

•l'existence de manœuvres frauduleuses n'est en rien démontrée ;

•le projet respecte les prescriptions de l'article 4 du règlement de la zone U du plan local d'urbanisme intercommunal ;

•les articles L. 112-5 et L. 112-6 du code de la voirie routière ne sont pas méconnus ;

•le permis de construire contesté ne crée aucun risque pour la sécurité publique, la ruelle étant rectiligne et offrant de bonnes conditions de visibilité.

Par un mémoire en défense enregistré le 11 octobre 2024, Mme B C, représentée par Me Rothdiener, conclut au rejet de la requête et à la condamnation de Mme A à lui verser la somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- la requête au fond est irrecevable, faute pour Mme A d'avoir satisfait à l'exigence fixée par l'article R. 600-4 du code de l'urbanisme ;

- aucun des moyens invoqués n'est de nature à faire naître un doute sérieux quant à la légalité du permis de construire contesté ; en effet :

•l'existence de manœuvres frauduleuses n'est en rien démontrée ;

•le dossier de permis ne souffre d'aucune insuffisance ;

•le projet respecte les prescriptions de l'article 4 du règlement de la zone U du plan local d'urbanisme intercommunal ;

•ce projet, tant dans sa version initiale que dans celle résultant de l'arrêté attaqué, n'autorise nullement, dans la partie du terrain frappée d'alignement, la réalisation de travaux confortatifs au sens de l'article L. 112-6 du code de la voirie routière.

Vu :

- les autres pièces des dossiers ;

- les requêtes au fond n° 2402483, enregistrée le 24 juillet 2024, et n° 2403336, enregistrée le 26 septembre 2024.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de la voirie routière ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus, au cours de l'audience publique, tenue en présence de Mme Kieffer, greffière d'audience :

- le rapport de M. Zupan, juge des référés ;

- les observations de Me Barberousse, pour Mme A, qui a repris les conclusions et moyens exposés dans le mémoire introductif d'instance, y ajoutant que :

• les requêtes ont été régularisées au regard de l'article R. 600-4 du code de l'urbanisme

• la fin de non-recevoir tirée du défaut d'intérêt pour agir est fantaisiste ;

• les permis de construire contestés sont illégaux en ce qu'ils ne comportent pas la régularisation des travaux irrégulièrement réalisés antérieurement à leur délivrance ; à cet égard, il doit être tenu compte de travaux confortatifs tenant au remplacement de la panne faîtière, en violation de la servitude d'alignement ;

- les observations de Me Beguerie, pour la commune de Dijon, qui a repris les conclusions et moyens exposés dans les mémoires en défense visés ci-dessus ;

- les observations de Me Rothdiener, pour Mme C, qui a repris les conclusions et moyens exposés dans les mémoires en défense visés ci-dessus.

L'instruction a été déclarée close à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C, propriétaire d'une maison d'habitation sise ruelle des Poussots, à Dijon, a conçu le projet de la rénover, de l'agrandir, tant au sol que par surélévation, et de la diviser en quatre logements. Le maire de Dijon lui a délivré à cet effet un permis de construire, par arrêté du 1er février 2024, que Mme A, voisine immédiate du projet, a déféré à la censure du tribunal. Un permis de construire modificatif a été accordé à Mme C le 27 juin 2024. Par les requêtes nos 2403334 et 2403335, Mme A demande au juge des référés d'ordonner la suspension de l'exécution de ces deux autorisations d'urbanisme.

2. Les requêtes nos 2403334 et 2403335 opposent les mêmes parties, concernent la même opération immobilière, et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a donc lieu de les joindre afin d'y statuer par une seule ordonnance.

3. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".

4. En l'état de l'instruction aucun des moyens susvisés, invoqués par Mme A, n'est de nature à faire naître un doute sérieux quant à la légalité des permis de construire, initial et modificatif, délivrés à Mme C par arrêtés du maire de Dijon des 1er février et 27 juin 2024. Par suite, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les fins de non-recevoir opposées en défense non plus que sur la condition d'urgence, les conclusions aux fins de suspension de l'exécution des deux arrêtés doivent être rejetées.

5. Enfin, les dispositions font obstacle à ce que la commune de Dijon, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, soit condamnée à verser à Mme A les sommes qu'elle réclame, dans les deux instances, en remboursement des frais exposés et non compris dans les dépens. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions présentées au même titre par cette commune et par Mme C.

O R D O N N E :

Article 1er : Les requêtes nos 2403334 et 2403335 présentées par Mme A sont rejetées.

Article 2 : Les conclusions de la commune de Dijon et de Mme C tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme E A, à la commune de Dijon et à Mme B C.

Fait à Dijon, le 17 octobre 2024

Le président du tribunal, juge des référés,

David Zupan

La République mande et ordonne au préfet de la Côte-d'Or, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

La greffière

Nos 2403334-2403335

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