mercredi 16 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Dijon |
| Section | Tribunal Administratif de Dijon |
| N° Dossier | TA21-2403370 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Avocat requérant | SELARL BLT DROIT PUBLIC |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 30 septembre 2024, Mme D B, représentée par Me Vignet, avocat, demande au juge des référés :
1°) d'ordonner, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de la décision du 17 septembre 2024 par laquelle le directeur du centre hospitalier spécialisé de l'Yonne l'a placée en temps partiel thérapeutique à 50 % à compter du 1er octobre 2024 pour une durée de trois mois, soit jusqu'au 31 décembre 2024, au sein de l'unité Sébastien Vauban ;
2°) d'enjoindre au centre hospitalier spécialisé de l'Yonne de suivre l'avis médical dressé selon fiche de visite médicale du docteur A, en date du 9 septembre 2024 ;
3°) de mettre à la charge du centre hospitalier spécialisé de l'Yonne la somme de 3 000 euros en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative.
Mme B soutient que :
- la condition d'urgence est remplie dès lors que la décision met sa santé en péril ;
- elle peut justifier de l'existence de moyens sérieux, et tenant à ce qu'il y a non-prise en compte des recommandations du médecin du travail et absence de motivation de cette non-prise en compte.
Le centre hospitalier spécialisé de l'Yonne n'a pas présenté de mémoire en défense.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- la requête n° 2403369, enregistrée le 2 septembre 2024, tendant à l'annulation de la décision susvisée du 17 septembre 2024 ;
Vu :
- le code de la fonction publique ;
- le code du travail ;
- le décret n° 88-386 du 19 avril 1988 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a, par une décision du 11 janvier 2024, désigné M. C pour exercer les fonctions de juge des référés au titre du livre V du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique qui s'est tenue le 9 octobre 2024 en présence de Mme Lelong, greffière, M. C a lu son rapport et entendu les observations de Me Freger pour le centre hospitalier spécialisé de l'Yonne qui fait valoir que la requête au fond est irrecevable à défaut d'intérêt pour agir, que la condition d'urgence n'est pas remplie, et qu'aucun des moyens n'apparait de nature à créer un doute sérieux sur la légalité de l'arrêté attaqué.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B, infirmière au centre hospitalier spécialisé de l'Yonne depuis 1997, a intégré, en septembre 2022, l'hôpital de jour Jules Renard. Alors qu'elle était affectée dans un service de soins pour enfants, elle a fait l'objet d'un changement d'affectation prenant effet au 23 avril 2024, dans un service accueillant des patients adultes polyhandicapés, l'unité Sébastien Vauban. Depuis le 18 mars 2024, elle a été placée en congé maladie jusqu'au 1er octobre 2024. Par une décision en date du 17 décembre 2024, elle a été placée en temps partiel thérapeutique à 50 % à compter du 1er octobre 2024 pour une durée de trois mois, soit jusqu'au 31 décembre 2024, au sein de l'unité Sébastien Vauban. Estimant que le placement dans cette unité n'est pas conforme aux préconisations de la médecine du travail, Mme B a demandé l'annulation de cette décision par une requête au fond, enregistrée sous le n° 2403369. Par la présente requête, elle demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution de cette décision.
Sur les conclusions tendant à la suspension de l'exécution de la décision du centre hospitalier spécialisé de l'Yonne du 17 septembre 2024 :
2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".
En ce qui concerne la condition d'urgence :
3. La condition d'urgence à laquelle est subordonné le prononcé d'une mesure de suspension doit être regardée comme remplie lorsque la décision contestée préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à la situation du requérant et aux intérêts qu'il entend défendre. Il en va ainsi, alors même que cette décision n'aurait un objet ou des répercussions que purement financiers et que, en cas d'annulation, ses effets pourraient être effacés par une réparation pécuniaire. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande tendant à la suspension d'une telle décision, d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de celle-ci sur la situation de ce dernier ou, le cas échéant, des personnes concernées, sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue.
4. Si le centre hospitalier spécialisé de l'Yonne fait valoir à l'audience que la requête au fond de Mme B serait irrecevable faute pour elle de justifier d'un intérêt pour agir à l'encontre de la décision contestée, une telle circonstance, si elle avait pour effet de faire obstacle à ce que les moyens soulevés à l'appui de la demande de référé puissent être regardés comme susceptibles de créer un doute sérieux quant à la légalité de l'acte administratif contesté, est par elle-même sans influence sur l'existence d'une situation d'urgence à laquelle est subordonné le prononcé de la mesure de suspension demandée.
5. L'exécution de la décision contestée aurait pour effet de contraindre Mme B à exécuter immédiatement ses obligations de service, dans le cadre d'un mi-temps thérapeutique, dans l'unité Sébastien Vauban du centre hospitalier spécialisé de l'Yonne, alors que des avis médicaux retiennent qu'une telle affectation ne serait pas compatible actuellement avec son état de santé. Cette circonstance caractérise suffisamment une condition d'urgence au sens des dispositions précitées de l'article L. 521-1 du code de justice administrative.
En ce qui concerne l'existence de moyens propres à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision contestée :
6. En premier lieu, le centre hospitalier spécialisé de l'Yonne fait valoir à l'audience que Mme B n'aurait pas intérêt à agir contre la décision contestée du 17 septembre 2024, qui fait droit à sa demande de placement en temps partiel thérapeutique à 50 %. Toutefois, Mme B conteste cette décision en tant qu'elle ne prend pas en compte l'avis du médecin du travail, s'agissant de l'unité d'affectation. A cet égard, elle a nécessairement intérêt à agir. Ainsi, la fin de non-recevoir soulevée par le centre hospitalier spécialisé de l'Yonne n'est pas de nature à faire obstacle à ce que les moyens invoqués par la requérante soient regardés comme susceptibles de créer un doute sérieux quant à la légalité de l'acte contesté.
7. En deuxième lieu, d'une part, l'article 23 de la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983, désormais codifié à l'article L. 136-1 du code général de la fonction publique, dispose que : " Des conditions d'hygiène et de sécurité de nature à préserver leur santé et leur intégrité physique sont assurées aux agents publics durant leur travail () ". Aux termes de l'article L. 4111-1 du code du travail : " () les dispositions de la présente partie sont applicables () 3° Aux établissements de santé, sociaux et médico-sociaux mentionnés à l'article 2 de la loi n° 86-33 du 9 janvier 1986 () ". Aux termes de l'article L. 4121-1 de ce code : " L'employeur prend les mesures nécessaires pour assurer la sécurité et protéger la santé physique et mentale des travailleurs () ".
8. D'autre part, l'article L. 4624-3 du code du travail prévoit que : " Le médecin du travail peut proposer, par écrit et après échange avec le salarié et l'employeur, des mesures individuelles d'aménagement, d'adaptation ou de transformation du poste de travail ou des mesures d'aménagement du temps de travail justifiées par des considérations relatives notamment à l'âge ou à l'état de santé physique et mental du travailleur ". Enfin, l'article L. 4624-6 du même code précise que : " L'employeur est tenu de prendre en considération l'avis et les indications ou les propositions émis par le médecin du travail en application des articles L. 4624-2 à L. 4624-4. En cas de refus, l'employeur fait connaître par écrit au travailleur et au médecin du travail les motifs qui s'opposent à ce qu'il y soit donné suite ".
9. Il résulte de ces dispositions qu'il appartient aux autorités administratives, qui ont l'obligation de prendre les mesures nécessaires pour assurer la sécurité et protéger la santé physique et morale de leurs agents durant leur travail, d'assurer, sauf à commettre une faute de service, la bonne exécution des dispositions législatives et réglementaires qui ont cet objet. A ce titre, il leur incombe notamment de prendre en compte les propositions d'aménagements de poste de travail ou de conditions d'exercice des fonctions justifiés par l'état de santé des agents, que les médecins du service de médecine préventive sont seuls habilités à émettre.
10. Il ressort des pièces du dossier, et des débats à l'audience, que le médecin du service de santé au travail des établissements publics de l'Yonne a émis, sur une fiche médicale datée du 9 septembre 2024, un avis favorable à la reprise du travail par Mme B à temps partiel thérapeutique à 50 % à raison de quatre jours de travail par semaine, " en dehors de Vauban ". Il est constant que le centre hospitalier spécialisé de l'Yonne n'a pas suivi cet avis, sans motiver sa décision, comme le lui en faisait obligation les dispositions précitées.
11. Il est vrai que le centre hospitalier spécialisé de l'Yonne fait valoir à la barre que la décision attaquée a été prise suite à une demande de mi-temps thérapeutique, dont l'examen ne nécessite, en vertu des dispositions de l'article 13-8 du décret n° 88-386 du 19 avril 1988 relatif aux conditions d'aptitude physique et aux congés de maladie des agents de la fonction publique hospitalière, que l'information, et non l'avis du médecin du travail. Toutefois, rien ne fait obstacle à ce que ce dernier, suite à l'information dont il a fait l'objet, formule une proposition d'aménagement de la demande de mi-temps thérapeutique, qu'il appartenait au centre hospitalier de suivre ou d'écarter par une décision motivée.
12. Dans ces conditions, le moyen tiré de ce que, " En l'espèce, le CHSY n'a pas tenu compte de l'avis du Médecin du travail, et n'a pas fait connaître les motifs qui s'opposent à ce qu'il y soit donné suite, selon les termes de la requête, apparait, en l'état de l'instruction, de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée. Par suite, Mme B est fondée à demander la suspension de l'exécution de la décision susmentionnée du 17 septembre 2024 du directeur du centre hospitalier spécialisé de l'Yonne. Il y a lieu de faire droit aux conclusions à fins de suspension de sa requête.
Sur les conclusions en injonction :
13. Aux termes de l'article L. 911-2 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne à nouveau une décision après une nouvelle instruction, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision juridictionnelle, que cette nouvelle décision doit intervenir dans un délai déterminé ". La présente ordonnance implique nécessairement que, dans l'attente de la décision au fond à intervenir, le centre hospitalier spécialisé de l'Yonne prenne une décision motivée sur l'affectation ou non de Mme B à l'unité Vauban, au regard de l'avis du médecin du travail. Il y a lieu de lui enjoindre d'y procéder dans un délai de huit jours à compter de la notification de l'ordonnance.
Sur les conclusions tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
14. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Les parties peuvent produire les justificatifs des sommes qu'elles demandent et le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation ". En application de ces dispositions, il y a lieu de mettre à la charge du centre hospitalier spécialisé de l'Yonne la somme de 1 000 euros à verser à Mme B au titre des frais liés à l'instance.
ORDONNE :
Article 1er : Jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la requête n° 2403369 de Mme B, l'exécution de la décision du 17 septembre 2024 du directeur du centre hospitalier spécialisé de l'Yonne est suspendue.
Article 2 : Il est enjoint au directeur du centre hospitalier spécialisé de l'Yonne de prendre une décision sur l'affectation de Mme B à l'unité Vauban dans les conditions précisées au point 13 ci-dessus.
Article 3 : Il est mis à la charge du centre hospitalier spécialisé de l'Yonne la somme de 1 000 euros à verser à Mme B au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme D B et au directeur du centre hospitalier spécialisé de l'Yonne. Copie en sera adressée au ministre de la santé et de l'accès aux soins.
Fait à Dijon le 16 octobre 2024.
Le juge des référés,
P. C
La République mande et ordonne au ministre de la santé et de l'accès aux soins, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
Le greffier,
N°2403370
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026