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AccueilJurisprudence administrativeN° TA21-2403372

Tribunal Administratif de Dijon — Décision N° TA21-2403372

mardi 28 janvier 2025

JuridictionTribunal Administratif de Dijon
SectionTribunal Administratif de Dijon
N° DossierTA21-2403372
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantBEN HADJ YOUNES SANA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 30 septembre 2024, M. C B, représenté par Me Ben Hadj Younes, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 29 août 2024 par lequel le préfet de la Côte-d'Or lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être reconduit d'office, a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an, ainsi que l'arrêté du même jour par lequel le préfet de la Côte-d'Or l'a assigné à résidence ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 2 000 euros à verser à son conseil en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, lui donnant acte de ce qu'il renonce en ce cas à percevoir la part contributive de l'Etat.

Il soutient que :

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est entachée d'incompétence de l'auteur de l'acte ;

- elle est insuffisamment motivée notamment au regard de l'intérêt supérieur de l'enfant ;

- elle méconnaît l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et elle est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

En ce qui concerne la décision portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire :

- elle est illégale par voie d'exception de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an :

- elle est entachée d'une insuffisance de motivation ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation ;

- elle est illégale par voie d'exception de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français et de l'illégalité de la décision portant refus de délai de départ volontaire ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de retour :

- elle est illégale par voie d'exception de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français et de l'illégalité de la décision portant refus de délai de départ volontaire.

Par un mémoire en défense, enregistré le 2 décembre 2024, le préfet de Côte-d'Or, représenté par la Selarl Centaure Avocats, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 500 euros soit mise à la charge du requérant au titre des frais de l'instance.

Il soutient que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Par un courrier du 29 novembre 2024, les parties ont été informées, sur le fondement des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le tribunal était susceptible de relever d'office le moyen tiré de de l'irrecevabilité des conclusions tendant à l'annulation de la décision d'assignation à résidence en raison de son caractère inexistant.

M B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 21 octobre 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfants ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Nicolet,

- les observations de Me Hacker, représentant le préfet de la Côte-d'Or.

Considérant ce qui suit :

1. M. C B, ressortissant géorgien né le 15 septembre 1988, est entré irrégulièrement en France le 27 septembre 2021. Il a sollicité la reconnaissance de la qualité de réfugié auprès de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, qui a rejeté sa demande par une décision du 11 juillet 2022, confirmé par la Cour nationale du droit d'asile par une décision du 3 octobre 2022. Par un arrêté du 9 septembre 2022, le préfet de Côte-d'Or lui a refusé le séjour au titre de l'asile et l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, confirmé par un jugement du tribunal administratif de Dijon du 28 novembre 2022. Par un arrêté du 29 août 2024, dont il est demandé l'annulation, le préfet de la Côte-d'Or lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être reconduit d'office et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

2. En premier lieu, par un arrêté du 18 janvier 2024, publié le 22 janvier 2024 au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture, le préfet de la Côte-d'Or a délégué sa signature à M. Johann Mougenot, secrétaire général de la préfecture à l'effet de signer tous arrêtés, décisions, circulaires, rapports, correspondances et documents relevant des attributions de l'Etat dans le département, à l'exception d'actes au nombre desquels ne figure pas la décision attaquée. Par suite, le moyen tiré de ce que M. A n'était pas compétent pour signer la décision contestée manque en fait et doit ainsi être écarté.

3. En deuxième lieu, la décision contestée mentionne les considérations de droit et de fait qui la fondent, et est ainsi suffisamment motivée.

4. En troisième lieu, aux termes du premier alinéa de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. Elle est édictée après vérification du droit au séjour, en tenant notamment compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France et des considérations humanitaires pouvant justifier un tel droit ".

5. La décision attaquée mentionne les considérations de droit et de fait qui la fondent, et la seule circonstance qu'elle ne mentionne pas l'emploi salarié occupé depuis quelques mois par le requérant, qui n'est pas de nature à lui ouvrir un droit au séjour en France, n'est de nature à caractériser ni un défaut d'examen particulier de la situation de l'intéressé, ni une méconnaissance de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

6. En dernier lieu, le requérant se prévaut, au soutien du moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation qu'aurait commise le préfet, de l'intégration que constituerait l'exercice d'une activité professionnelle depuis le mois de mai 2024. Toutefois, M. B, dont l'entrée en France est très récente, qui est marié à une ressortissante géorgienne avec un enfant à charge, ne justifie pas de liens anciens, stables et intenses sur le territoire français. Par suite, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation au regard des conséquences sur la situation personnelle du requérant doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant refus de délai de départ volontaire :

7. La décision portant obligation de quitter le territoire français n'étant pas entachée d'illégalité, le moyen invoqué par la voie de l'exception à l'encontre de la décision portant refus de délai de départ volontaire, tiré de l'illégalité de cette décision, doit être écarté.

En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français :

8. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. () ". Et aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. (). ".

9. En premier lieu, la décision contestée mentionne les dispositions de l'article L. 612-6 et de L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Elle expose de manière suffisante les motifs de fait sur lesquels elle se fonde et atteste de la prise en compte par le préfet de la Côte-d'Or de l'ensemble des critères prévus par les dispositions précitées de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de cette décision doit être écarté.

10. En second lieu, le requérant, qui est présent sur le territoire français depuis le mois de septembre 2021 et ne justifie ni même n'allègue disposer de liens stables, intenses et anciens en France, n'allègue pas avoir sollicité la délivrance d'un titre de séjour et la seule circonstance qu'il occupe un emploi d'ouvrier polyvalent depuis le mois de mai 2024 n'est pas de nature à justifier une insertion significative et ancienne dans la société française. En outre, il a fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement demeurée non exécutée. Dans ces conditions, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'en prononçant une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an à l'encontre du requérant, le préfet aurait commis une erreur d'appréciation.

11. Enfin, les décisions portant obligation de quitter le territoire français et refus de délai de départ volontaire n'étant pas entachées d'illégalité, le moyen invoqué par la voie de l'exception à l'encontre de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an, tiré de l'illégalité de ces décisions, doit être écarté.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

12. Les décisions portant obligation de quitter le territoire français et refus de délai de départ volontaire n'étant pas entachées d'illégalité, le moyen invoqué par la voie de l'exception à l'encontre de la décision fixant le pays de renvoi, tiré de l'illégalité de ces décisions, doit être écarté.

En ce qui concerne la décision d'assignation à résidence :

13. La décision contestée présentant un caractère inexistant, les conclusions tendant à son annulation sont irrecevables et doivent être rejetées pour ce motif.

Sur les frais liés au litige :

14. Les dispositions combinées du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, une quelconque somme au bénéfice du conseil de M. B au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre une somme à la charge du requérant au titre des frais de l'instance.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par le préfet de la Côte-d'Or au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C B, au préfet de la Côte-d'Or et à Me Sana Ben Hadj Younes.

Copie en sera adressée au ministre d'Etat, ministre de l'intérieur.

Délibéré après l'audience du 20 décembre 2024 à laquelle siégeaient :

- M. Nicolet, président,

- M. Hugez, premier conseiller,

- M. Chérief, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 janvier 2025.

Le Président-rapporteur,

P. Nicolet

L'assesseur le plus ancien,

I. Hugez La greffière,

L. Curot

La République mande et ordonne au préfet de la Côte-d'Or en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière

lc

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