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AccueilJurisprudence administrativeN° TA21-2403467

Tribunal Administratif de Dijon — Décision N° TA21-2403467

jeudi 24 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Dijon
SectionTribunal Administratif de Dijon
N° DossierTA21-2403467
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Avocat requérantACTA PUBLICA

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Dijon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de l’exécution de la décision de préemption urbaine prise par le maire de Germigny le 30 septembre 2024. Le juge a estimé que les moyens soulevés par le requérant, portant notamment sur l’incompétence de l’auteur de l’acte et l’absence de projet réel, n’étaient pas de nature à créer un doute sérieux sur la légalité de la décision. La solution retenue s’appuie sur les dispositions de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, ainsi que sur les articles L. 210-1 et suivants du code de l’urbanisme relatifs au droit de préemption urbain.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 9 octobre 2024, M. A B, représenté par Me Azogui, demande au juge des référés :

1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de la décision, en date du 30 septembre 2024, par laquelle le maire de Germigny a exercé le droit de préemption urbain sur un bien immobilier sis au lieudit Le Village Ouest, appartenant à M. D C, et dont il s'était porté acquéreur ;

2°) d'enjoindre à la commune :

- dans l'hypothèse où le transfert de propriété n'aurait pas encore été opéré, de s'abstenir de conclure l'acte authentique et de verser le prix d'acquisition ;

- dans l'hypothèse où le transfert de propriété aurait été réalisé, de s'abstenir de disposer du bien, de l'aliéner au profit d'un tiers et d'en user dans des conditions qui rendraient la préemption difficilement réversible ;

3°) de condamner la commune de Germigny à lui verser la somme de 4 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;

Il soutient que :

- il bénéficie, en tant qu'acquéreur évincé, d'une présomption d'urgence à laquelle la commune, qui n'a en réalité aucun projet, ne peut opposer quelque considération que ce soit ;

- il est fait état de moyens propres à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision en litige ; en effet :

•le droit de préemption urbain est détenu par la Communauté de communes Serein et Armance et non par la commune de Germigny et vertu des articles L. 211-2 du code de l'urbanisme et L. 5214-16 du code général des collectivités territoriales ;

•à supposer que la commune soit demeurée titulaire de ce droit, son conseil municipal ne l'a pas délégué au maire ; la délibération du 28 mai 2020 visée à ce titre, dont le caractère exécutoire n'est au demeurant pas démontré, concerne en réalité uniquement la préemption commerciale de l'article L. 214-1 du code de l'urbanisme ;

•la décision attaquée ne répond pas à l'exigence de motivation fixée par l'article L. 210-1 du code de l'urbanisme ;

•cette motivation s'appuie sur des éléments erronés et contradictoires, sans rapport, en outre, avec un quelconque projet d'action ou opération d'aménagement ;

•il appartiendra à la commune de démontrer que la décision de préemption a été rendue exécutoire dans le délai prévu par l'article L. 213-2 du même code ;

•elle devra également justifier de l'institution du droit de préemption urbain sur la partie de ce territoire où se situe le tènement litigieux, et donc du caractère exécutoire de la délibération du 10 septembre 2004 ;

•en tout état de cause, rien ne prouve que le bien immobilier litigieux était déjà classé en zone urbaine à l'époque de cette délibération ;

•la commune ne justifie d'aucun projet d'action ou opération d'aménagement au sens de l'article L. 300-1 du code de l'urbanisme ;

•la décision attaquée ne poursuit aucun but d'intérêt général et est entachée d'un détournement de pouvoir.

Par un mémoire en défense enregistré le 22 octobre 2024, la commune de Germigny, représentée par Me Jourdain, conclut au rejet de la requête et à la condamnation de M. B à lui verser la somme de 1 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient qu'aucun des moyens invoqués n'est de nature à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée ; en effet :

•le droit de préemption n'a jamais été transféré à la communauté de communes Serein et Armance ;

•le maire a reçu délégation, par délibération du 12 septembre 2024, à l'effet exercer le droit de préemption sur un bien dépourvu de caractère économique, ce qui inclut les préemptions décidées sous le visa de l'article R. 211-1 du code de l'urbanisme ;

•la décision attaquée est suffisamment motivée ;

•le droit de préemption n'a pas été exercé tardivement ;

•la décision s'appuie sur un projet réel, consistant à réaliser une résidence pour personnes âgées.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête au fond n° 2403466, enregistrée le 9 octobre 2024.

Vu :

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus, au cours de l'audience publique, tenue en présence de Mme Lelong, greffier d'audience,

- le rapport de M. Zupan, juge des référés ;

- les observations de Me Azogui, pour M. B, ainsi que celles de ce dernier, qui ont repris, en répliquant à la défense de la commune de Germigny, les conclusions et moyens exposés dans le mémoire introductif d'instance ;

- les observations de Me Jourdain, pour la commune de Germigny, qui a repris les conclusions et moyens exposés dans le mémoire en défense ;

- les observations de M. C, qui a indiqué qu'aucune démarche n'avait été à ce jour engagée par la commune auprès du notaire pour acter la vente.

L'instruction a été déclarée close à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, propriétaire d'un ensemble immobilier sis à Germigny (Yonne), au lieudit Le Village Ouest, composé d'une maison avec dépendances et terrain attenant, soit quatre parcelles totalisant une superficie de 10 339 mètres carrés, en a envisagé la cession au profit de M. B, à qui il a ainsi consenti une promesse de vente. Le notaire chargé de l'opération a déposé la déclaration d'intention d'aliéner en mairie le 2 août 2024. Par une décision du 30 septembre 2024, le maire de Germigny a décidé d'exercer le droit de préemption urbain sur ce bien immobilier. M. B demande au juge des référés d'ordonner la suspension de l'exécution de cette décision.

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ". L'article R. 522-1 du même code dispose, en son premier alinéa : " La requête visant au prononcé de mesures d'urgence doit () justifier de l'urgence de l'affaire ".

3. En premier lieu, il résulte de ces dispositions que l'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient en principe au juge des référés d'apprécier concrètement, compte tenu des éléments apportés par le requérant, si les effets de l'acte litigieux sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. Toutefois, si la preuve de l'atteinte grave et immédiate à ses intérêts incombe ainsi, en matière de préemption, au propriétaire du bien préempté, la condition d'urgence doit en principe être regardée comme remplie, en ce qui concerne l'acquéreur évincé, eu égard à l'objet et aux effets d'une telle mesure. Cette présomption d'urgence peut être levée dans le cas où le titulaire du droit de préemption justifie de circonstances particulières, tenant par exemple à l'intérêt s'attachant à la réalisation rapide du projet qui a donné lieu à l'exercice du droit de préemption.

4. M. B a la qualité d'acquéreur évincé et bénéficie en conséquence de la présomption rappelée au point précédent. La commune de Germigny n'oppose aucune circonstance particulière propre à en justifier la levée. La condition d'urgence est donc remplie.

5. En second lieu, les moyens tirés de l'incompétence des autorités municipales de Germigny pour décider de l'exercice du droit préemption urbain, en raison du transfert de cette compétence à la communauté de commune Serein et Armance, de l'incompétence, en tout état de cause, du maire de cette commune en l'absence de délégation conférée par le conseil municipal, du défaut de motivation au regard de l'article L. 210-1 du code de l'urbanisme imposant d'indiquer l'action ou opération d'aménagement en vue de laquelle le bien est préempté, de l'intervention tardive de la mesure, notifiée après l'expiration du délai non franc fixé par le quatrième alinéa de l'articles L. 213-2 du même code, enfin de l'absence de réel projet d'action ou d'opération d'aménagement répondant aux objets définis par l'article L. 300-1 dudit code, sont de nature, en l'état de l'instruction, à susciter un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée.

6. Il convient d'indiquer, conformément aux dispositions de l'article L. 600-4-1 du code de l'urbanisme, que les autres moyens invoqués ne permettent pas quant à eux, en l'état de l'instruction, de faire naître un tel doute.

7. Il résulte de ce qui précède que M. B est fondé à demander la suspension de la décision du maire de Germigny du 30 septembre 2024.

8. Lorsque le juge des référés suspend en tous ses effets l'exécution d'une décision de préemption, cette suspension a en principe et par elle-même pour conséquence, non seulement de faire obstacle à la prise de possession et au transfert de propriété du bien préempté au bénéfice de la collectivité publique titulaire du droit de préemption, mais également de permettre aux signataires de la promesse de vente de réaliser celle-ci. La suspension se suffisant ainsi à elle-même, les conclusions aux fins d'injonction présentées par M. B sont sans objet.

9. Enfin, il y a lieu, en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, de mettre à la charge de la commune de Germigny le paiement à M. B d'une somme de 1 500 euros en remboursement des frais exposés et non compris dans les dépens. Les mêmes dispositions s'opposent à ce qu'il soit fait droit aux conclusions présentées à ce titre par la commune de Germigny, partie perdante à l'instance.

O R D O N N E :

Article 1er : L'exécution de la décision du maire de Germigny du 30 septembre 2024 portant exercice du droit de préemption urbain sur le bien immobilier de M. C est suspendue.

Article 2 : La commune de Germigny versera à M. B la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête et la demande présentée par la commune de Germigny sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetés.

Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B, à la commune de Germigny et à M. D C.

Fait à Dijon, le 24 octobre 2024.

Le président du tribunal, juge des référés,

David Zupan

La République mande et ordonne au préfet de l'Yonne, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

La greffière

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