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AccueilJurisprudence administrativeN° TA21-2403468

Tribunal Administratif de Dijon — Décision N° TA21-2403468

jeudi 24 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Dijon
SectionTribunal Administratif de Dijon
N° DossierTA21-2403468
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationJU REFERE ETRANGERS 15 JOURS
Avocat requérantCENTAURE AVOCATS

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Dijon, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B, ressortissant géorgien, qui demandait l'annulation de l'arrêté du préfet de la Côte-d'Or du 26 septembre 2024 lui faisant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an. Le tribunal a considéré que la décision était suffisamment motivée au regard de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et que les moyens tirés du défaut d'examen de sa situation personnelle, de la méconnaissance de son droit à être entendu et de l'erreur manifeste d'appréciation n'étaient pas fondés. La solution retenue confirme la légalité de l'interdiction de retour, en application des articles L. 612-7 et L. 612-10 du même code.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 9 octobre 2024, M. C B représenté par Me Faivre demande au tribunal :

1°) de l'admettre à l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 26 septembre 2024 par lequel le préfet de la Côte-d'Or lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son avocat au titre des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la décision est entachée d'un vice d'incompétence ;

- la décision qui ne fait pas état de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France est insuffisamment motivée au regard des dispositions de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- son droit à être entendu garanti par l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne a été méconnu ;

- la décision est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des articles L. 612-7, L. 612-8 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 22 octobre 2024, le préfet de la Côte-d'Or représenté par Me Rannou, conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens invoqués n'est fondé.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 21 octobre 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. A par une décision du 22 juillet 2024 pour statuer sur les requêtes relevant des procédures régies par les articles L. 921-1 à L. 922-3 et R. 921-1 à R. 922-28 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. A ;

- les observations de Me Faivre, pour le compte du requérant qui persiste par les mêmes moyens dans les conclusions de sa requête ;

- les observations de Me Lacoeuilhe pour le préfet de la Côte-d'Or qui persiste par les mêmes moyens dans ses conclusions tendant au rejet de la requête.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant géorgien né en 1985, est entré en France le 8 avril 2023 accompagné de son épouse et de ses deux enfants et y a sollicité l'asile. Sa demande a été rejetée par une décision de l'Office français des réfugiés et apatrides (OFPRA) le 29 juin 2023. Par un arrêté du 31 octobre 2023, le préfet de la Côte-d'Or lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé la Géorgie comme pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office. La légalité de cet arrêté a été confirmée par un jugement du 21 décembre 2023 du tribunal. A la suite du placement en retenue administrative par les services de la police aux frontières de M. B, le préfet de la Côte-d'Or a par un arrêté du 26 septembre 2024, pris en application de l'article L. 612-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée d'un an. Par la présente requête, M. B demande l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes du premier alinéa de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par la juridiction compétente ou son président. ".

3. M. B ayant été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 21 octobre 2024, ses conclusions à fin d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle sont devenues sans objet.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

4. Aux termes de l'article L. 612-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire au-delà du délai de départ volontaire, l'autorité administrative édicte une interdiction de retour. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". Aux termes de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. /Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11. ".

5. Pour l'application de ces dispositions, il incombe à l'autorité compétente qui prend une décision d'interdiction de retour sur le territoire français d'indiquer dans quel cas susceptible de justifier une telle mesure se trouve l'étranger. Elle doit par ailleurs faire état des éléments de la situation de l'intéressé au vu desquels elle a arrêté sa décision, eu égard notamment à la durée de la présence de l'étranger sur le territoire français, à la nature et à l'ancienneté de ses liens avec la France et, le cas échéant, aux précédentes mesures d'éloignement dont il a fait l'objet. Elle doit aussi, si elle estime que figure au nombre des motifs qui justifie sa décision une menace pour l'ordre public, indiquer les raisons pour lesquelles la présence de l'intéressé sur le territoire français doit, selon elle, être regardée comme une telle menace. En revanche, si, après prise en compte de ce critère, elle ne retient pas cette circonstance au nombre des motifs de sa décision, elle n'est pas tenue, à peine d'irrégularité, de le préciser expressément.

6. En l'espèce, le préfet de la Côte-d'Or, après avoir mentionné les éléments caractérisant la situation personnelle de M. B, s'est fondé, pour prendre à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français, sur les circonstances qu'il est entré sur le territoire français le 8 avril 2023, qu'il a fait l'objet le 25 octobre 2023 d'un arrêté lui faisant obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et que sa cellule familiale pourra se reconstituer en Géorgie. Une telle motivation n'atteste pas, ainsi que le soutient le requérant, de la prise en compte du critère tiré de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France énoncé à l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, disposition qui, du reste, n'est ni citée ni visée expressément dans la décision en litige. Par suite, M. B est fondé à soutenir que cette mesure est insuffisamment motivée. Pour ce motif, cet arrêté doit être annulé, sans qu'il soit besoin de statuer sur les autres moyens de la requête présentés à l'appui des conclusions dirigées contre cette décision.

Sur les frais liés au litige :

7. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions accessoires de M. B tendant à ce qu'il soit fait application, au bénéfice de son conseil, des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions de M. B à fin d'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : L'arrêté du 26 septembre 2024 du préfet de la Côte-d'Or est annulé.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. C B, au préfet de la Côte-d'Or et à Me Faivre.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur, au procureur de la République près le tribunal judiciaire de Dijon et au bureau d'aide juridictionnelle.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 octobre 2024.

Le magistrat désigné,

O. A La greffière,

L. Lelong

La République mande et ordonne au préfet de la Côte-d'Or en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

La greffière,

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