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AccueilJurisprudence administrativeN° TA21-2403509

Tribunal Administratif de Dijon — Décision N° TA21-2403509

lundi 28 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Dijon
SectionTribunal Administratif de Dijon
N° DossierTA21-2403509
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationJU REFERE ETRANGERS 15 JOURS
Avocat requérantSI HASSEN MYRIAM

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 13 octobre 2024, M. D C E, représenté par Me Si Hassen, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 3 octobre 2024 par laquelle la directrice territoriale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a mis fin aux conditions matérielles d'accueil dont il bénéficiait en qualité de demandeur d'asile ;

2°) d'enjoindre à l'Office français de l'immigration et de l'intégration, à titre principal, de lui rétablir le bénéfice des conditions matérielles d'accueil dans un délai de huit jours à compter de la notification de la décision à intervenir ;

3°) d'enjoindre à l'Office français de l'immigration et de l'intégration, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation et de prendre une nouvelle décision dans un délai de huit jours à compter de la notification de la décision à intervenir ;

4°) de mettre à la charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration la somme de 1 500 euros, à verser à Me Si Hassen, au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la décision est entachée d'incompétence dès lors qu'il n'est pas justifié d'une délégation de signature régulière et publiée ;

- elle est entachée d'une erreur de fait dès lors qu'il s'est rendu à toutes les convocations qui lui avaient été adressées ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors que sa vulnérabilité n'a pas été prise en compte.

Par un mémoire en défense enregistré le 22 octobre 2024, le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés ;

- à supposer que le moyen tiré de ce qu'il s'était rendu aux convocations des autorités chargées de l'asile doive être retenu, il appartiendrait alors au tribunal de procéder à une substitution de motif en relevant qu'il a refusé la proposition d'hébergement qui lui était faite.

Des pièces complémentaires enregistrées le 22 octobre 2024 ont été déposées pour M. C E.

Par une décision du 14 octobre 2024 M. C E a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la directive n° 2013/33/UE du 26 juin 2013 du Parlement européen et du Conseil ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Rousset pour statuer sur les requêtes relevant des procédures régies par les articles L. 921-1 à L. 922-3 et R. 921-1 à R. 922-38 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience :

- le rapport de M. Rousset, magistrat désigné ;

- les observations de Me Si Hassen, représentant M. C E, qui persiste par les mêmes moyens dans les conclusions de sa requête ; elle précise, en outre, que M. C E s'est rendu aux convocations qui lui étaient adressées les 28 juin et 20 août 2024 ainsi que cela résulte de l'attestation de demande d'asile qui lui a été délivrée le 28 juin 2024 et le procès-verbal dressé dans le train qu'il avait emprunté sans billet pour se rendre au Pôle régional Dublin à Besançon le 20 août 2024 ; elle fait également valoir qu'il n'a pas refusé l'hébergement proposé le 21 août 2024 mais seulement sollicité un délai avant de l'accepter et que du fait du diabète dont il souffre il est particulièrement vulnérable ;

- l'Office français de l'immigration et de l'intégration n'était pas représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. C E, ressortissant angolais né en 1995 est entré en France le 2 avril 2024 en compagnie de sa concubine et de ses deux enfants. Il a présenté une demande d'asile le 31 mai 2024. Le même jour, il a accepté l'offre de prise en charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) au titre des conditions matérielles d'accueil. Par une lettre du 13 septembre 2024, la directrice territoriale de l'OFII lui a notifié son intention de mettre fin aux conditions matérielles d'accueil dont il bénéficiait au motif " qu'il n'avait pas respecté les exigences des autorités chargées de l'asile en s'abstenant de se présenter aux autorités ". En réponse à ce courrier, M. C E a présenté le 26 septembre 2024 ses observations. Par une décision du 3 octobre 2024, la directrice territoriale de l'OFII a mis fin aux conditions matérielles d'accueil dont il bénéficiait. Par la présente requête, M. C E demande l'annulation de cette décision.

Sur les conclusions à fin d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes du premier alinéa de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par la juridiction compétente ou son président. ".

3. M. C E ayant été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 14 octobre 2024, ses conclusions à fin d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle sont devenues sans objet.

Sur les conclusions aux fins d'annulation et d'injonction :

4. En premier lieu, par une décision du 2 juin 2023, régulièrement publiée sur le site Internet de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, le directeur général de l'OFII a délégué sa signature à Mme B A, directrice territoriale de l'OFII à Dijon à l'effet de signer tous actes, décisions et correspondances se rapportant aux missions dévolues à la direction de Dijon, telles que définies par la décision du 15 mars 2023 portant organisation générale de l'OFII qui prévoit, en son article 11, que " les directions territoriales sont responsables, sur leur territoire de compétence, de la mise en œuvre des missions de l'OFII ". Ainsi, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de la décision doit être écarté comme manquant en fait.

5. En deuxième lieu, l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose que : " Les conditions matérielles d'accueil peuvent être refusées, totalement ou partiellement, au demandeur dans les cas suivants : () / 2° Il refuse la proposition d'hébergement qui lui est faite en application de l'article L. 552-8 () La décision de refus des conditions matérielles d'accueil prise en application du présent article est écrite et motivée. Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur ". L'article L. 551-16, pour sa part, prévoit que : " Il peut être mis fin, partiellement ou totalement, aux conditions matérielles d'accueil dont bénéficie le demandeur dans les cas suivants : () 3° Il ne respecte pas les exigences des autorités chargées de l'asile, notamment en se rendant aux entretiens, en se présentant aux autorités et en fournissant les informations utiles afin de faciliter l'instruction des demandes () ".

6. Il ressort des pièces du dossier que, pour mettre fin au bénéfice des conditions matérielles d'accueil, le directeur territorial de l'OFII a retenu que M. C E " n'avait pas respecté les exigences des autorités chargées de l'asile en s'abstenant de se présenter aux autorités ". Dans son mémoire en défense, l'OFII précise qu'en méconnaissance du 3° de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile " l'intéressé ne s'est pas présenté à ses convocations le 28 juin 2024 et le 20 août 2024 dans le cadre de sa procédure Dublin. ". Toutefois M. C E le conteste et fait valoir qu'il était présent au Pôle régional Dublin le 28 juin 2024 à Besançon ainsi que le confirme la remise de l'attestation de demande d'asile datée du même jour. Il produit également le procès-verbal dressé à son encontre le 20 août 2024 alors qu'il empruntait sans billet le train sur le trajet Dijon-Besançon pour se rendre à la convocation que lui avait adressée le Pôle régional Dublin. Dans ces conditions, le requérant est fondé à soutenir que l'OFII, qui n'apporte pour sa part aucun élément vérifiable établissant l'absence de l'intéressé à ces deux rendez-vous des 28 juin et 20 août 2024, ne pouvait légalement se fonder sur le 3° de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, pour mettre fin aux conditions matérielles d'accueil dont il bénéficiait.

7. Toutefois, l'OFII demande que soit substitué à ce motif de la décision contestée un nouveau motif tiré de ce qu'en méconnaissance du 2° de l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le requérant a refusé son orientation en hébergement.

8. D'une part, l'administration peut, en première instance comme en appel faire valoir devant le juge de l'excès de pouvoir que la décision dont l'annulation est demandée est légalement justifiée par un motif, de droit ou de fait, autre que celui initialement indiqué, mais également fondé sur la situation existant à la date de cette décision. Il appartient alors au juge, après avoir mis à même l'auteur du recours de présenter ses observations sur la substitution ainsi sollicitée, de rechercher si un tel motif est de nature à fonder légalement la décision, puis d'apprécier s'il résulte de l'instruction que l'administration aurait pris la même décision si elle s'était fondée initialement sur ce motif. Dans l'affirmative, il peut procéder à la substitution demandée, sous réserve toutefois qu'elle ne prive pas le requérant d'une garantie procédurale liée au motif substitué.

9. D'autre part, il résulte de la combinaison des articles L. 551-9, L. 551-15, L. 551-16, L. 552-8 et L. 552-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que dans le cas où les conditions matérielles d'accueil initialement proposées au demandeur d'asile ne comportent pas encore la désignation d'un lieu d'hébergement, dont l'attribution résulte d'une procédure et d'une décision particulières, le refus par le demandeur d'asile de la proposition d'hébergement qui lui est faite ultérieurement doit être regardé comme un motif de refus des conditions matérielles d'accueil entrant dans le champ d'application de l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et non comme un motif justifiant qu'il soit mis fin à ces conditions relevant de l'article L. 551-16 du même code. Il en va ainsi alors même que le demandeur avait initialement accepté, dans leur principe, les conditions matérielles d'accueil qui lui avaient été proposées.

10. Il ressort des pièces du dossier, en particulier de la lettre adressée le 26 septembre 2024 à l'OFII par M. C E dans le cadre de la procédure contradictoire qui a précédé l'édiction de la décision attaquée, qu'un hébergement lui a été proposé le 21 août 2024 et qu'il a sollicité un délai avant d'en disposer . Par ailleurs, il ressort de la fiche de suivi établie par le Pôle régional Dublin versée à l'instance par l'OFII et non sérieusement contestée que le 29 août 2024, soit après l'expiration du délai raisonnable qui lui avait été accordé, l'intéressé n'avait pas rejoint l'hébergement proposé. Il devait donc être regardé comme ayant refusé la proposition d'hébergement qui lui était faite au sens du 2° de l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Ce motif est susceptible, ainsi que cela a été rappelé au point 9, de fonder légalement la décision en litige. Il résulte par ailleurs de l'instruction que le directeur territorial de l'Office aurait pris la même décision s'il s'était fondé sur ce motif. Par suite, dès lors qu'elle ne prive le requérant d'aucune garantie procédurale, il y a lieu de procéder à la substitution de motif demandée.

11. En troisième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que l'OFII, qui a procédé à un examen de vulnérabilité le 31 mai 2024 au cours duquel M. C E a signalé un problème de santé mais n'a pas sollicité l'avis du médecin de zone (MEDZO), n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation du requérant et n'aurait pas pris en compte sa vulnérabilité.

12. En dernier lieu, M. C E soutient que sa vulnérabilité particulière n'a pas été prise en compte par l'OFII alors qu'il souffre d'un diabète de type 1 diagnostiqué au mois d'avril 2024. Toutefois, il ressort des pièces médicales versées à l'instance par le requérant qu'il s'agit d'un diabète sans complications pour lequel il bénéficie de soins et d'un suivi adaptés. Par ailleurs, la décision en litige n'aura pas pour effet de le priver du bénéfice d'une couverture médicale en qualité de demandeur d'asile. Dans ces conditions le requérant n'est pas fondé à soutenir que l'OFII aurait commis une erreur d'appréciation en ne retenant pas l'existence d'une vulnérabilité particulière.

13. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la décision du 3 octobre 2024 doivent être rejetées. Doivent également être rejetées par voie de conséquence les conclusions à fin d'injonction.

Sur les frais liés au litige :

14. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, une somme au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1 : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions de M. C à fin d'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : La requête de M. C E est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. D C E, à l'Office français de l'immigration et de l'intégration et à Me Si Hassen.

Copie en sera adressée au bureau d'aide juridictionnelle.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 octobre 2024.

Le magistrat désigné

O. Rousset

La greffière

L. Lelong

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

La greffière,

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