mardi 5 novembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Dijon |
| Section | Tribunal Administratif de Dijon |
| N° Dossier | TA21-2403555 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | JU REFERE ETRANGERS 15 JOURS |
| Avocat requérant | SI HASSEN MYRIAM |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 16 octobre 2024, M. A G, représenté par Me Si Hassen, demande au tribunal :
1°) de l'admettre, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;
2°) d'annuler l'arrêté du 15 octobre 2024 par lequel le préfet de la Côte d'Or l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être reconduit d'office et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée d'un an ;
3°) d'annuler l'arrêté du 15 octobre 2024 par lequel le préfet de la Côte d'Or l'a assigné à résidence dans la commune de Norges-la-Ville pour une durée de quarante-cinq jours ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son conseil sur le fondement des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- en ce qui concerne l'arrêté l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, le signataire n'était pas compétent ;
- l'arrêté est insuffisamment motivé ;
- il y a violation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales dès lors que sa vie privée et familiale est en France ;
- en ce qui concerne la décision de refus de départ volontaire, elle est illégale du fait de l'illégalité, constatée par voie d'exception de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
- elle est illégale dès lors qu'il ne constitue pas une menace pour l'ordre public français, qu'il n'a pas fait de demande infondée ou frauduleuse, et qu'il n'y a aucun risque de fuite avéré ;
- en ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi, elle est illégale du fait de l'illégalité, constatée par voie d'exception de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
- en ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire, elle est illégale du fait de l'illégalité, constatée par voie d'exception de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation, en ce qu'il ne représente pas une menace pour l'ordre public français et en ce qu'il a des liens intenses et stables en France et plus de lien avec sa famille en Arménie ;
- en ce qui concerne la décision portant assignation à résidence, elle est illégale du fait de l'illégalité, constatée par voie d'exception de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
- le signataire de la décision était incompétent ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'il réside à Chenove et non à Norges-la-Ville.
Par un mémoire en défense, enregistré le 28 octobre 2024, le préfet de la Côte d'Or conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a, par une décision du 22 juillet 2024, désigné M. E, magistrat honoraire inscrit sur la liste mentionnée à l'article L. 222-2-1 du code de justice administrative par un arrêté du vice-président du Conseil d'Etat en date du 30 novembre 2023, pour statuer sur les requêtes relevant des procédures régies par les articles L. 921-1 à L. 922-3 et R. 921-1 à R. 922-28 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 29 octobre 2024 :
- le rapport de M. E ;
- les observations de Me Si Hassem, avocate de M. G, et de Mme D, représentant le préfet de la Côte d'Or ;
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. 1. M. G ressortissant arménien né le 1er janvier 2001, entré en France le 12 juin 2022, a fait l'objet d'un contrôle routier le 5 octobre 2024 par les services de gendarmerie de Beaune. Par un arrêté en date du 15 octobre 2024, le préfet de la Côte d'Or l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être reconduit d'office et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée d'un an. Par un arrêté du même jour, le préfet de la Côte d'Or l'a assigné à résidence dans la commune de Norges-la-Ville pour une durée de quarante-cinq jours. Par la présente requête, M. G recherche l'annulation de ces deux arrêtés.
Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
2. 2. L'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique dispose : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ".
3. M. G ayant été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 21 octobre 2024, ses conclusions à fin d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle sont devenues sans objet.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français sans délai :
4. En premier lieu, par un arrêté du 18 janvier 2024 publié le 22 janvier 2024 au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture, le préfet de la Côte-d'Or a donné délégation de signature à M. Johann Mougenot, secrétaire général de la préfecture et, en cas d'absence ou d'empêchement de ce dernier, à Mme B C, sous-préfète, secrétaire générale adjointe de la préfecture, à l'effet de signer tous arrêtés, décisions, circulaires, rapports, correspondances et documents relevant des attributions de l'Etat dans le département, à l'exception d'actes au nombre desquels ne figurent pas les décisions en litige. Il ne ressort d'aucune pièce du dossier que M. F n'aurait pas été absent ou empêché le 15 octobre 2024. Par suite, le moyen tiré de ce que la signataire des deux arrêtés en litige n'était pas compétente à cet effet, manque en fait et doit être écarté.
5. En deuxième lieu, la décision attaquée cite les textes dont elle fait application, notamment la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et le code des relations entre le public et l'administration, et rappelle les circonstances du contrôle routier dont il a fait l'objet, l'historique de sa présence en France. Il comporte ainsi l'exposé des considérations de droit et de fait qui le fonde. Le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.
6. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". A l'appui de son moyen, M. G se borne à énoncer que sa vie privée est désormais en France, qu'il a quitté son pays d'origine pour des raisons politiques et ne s'entend pas avec ses parents et son frère demeurés dans ce pays, et qu'il s'est créé une véritable vie familiale au sein de la communauté d'Emmaüs. Ces circonstances, alors que l'intéressé est célibataire et sans enfant, ne sont pas de nature à caractériser une violation des stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Le moyen ne peut qu'être écarté.
En ce qui concerne la décision de refus de départ volontaire :
7. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit précédemment que la décision portant obligation de quitter le territoire français n'est entachée d'aucune illégalité. Le moyen tiré de l'illégalité, constatée par la voie de l'exception, de la décision portant obligation de quitter le territoire français ne peut qu'être écarté.
8. En second lieu, aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ". Et aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : () / 5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement ". Il est constant que M. G s'est soustrait à une première mesure d'éloignement du territoire prise à son encontre le 9 septembre 2022. Le moyen tiré de la violation des dispositions précitées de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'erreur manifeste d'appréciation ne peut dès lors qu'être écarté.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
9. Il résulte de ce qui a été dit précédemment que la décision portant obligation de quitter le territoire français n'est entachée d'aucune illégalité. Le moyen tiré de l'illégalité, constatée par la voie de l'exception, de la décision portant obligation de quitter le territoire français ne peut qu'être écarté.
En ce qui concerne la décision prononçant une interdiction de retour sur le territoire français :
10. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit précédemment que la décision portant obligation de quitter le territoire français n'est entachée d'aucune illégalité. Le moyen tiré de l'illégalité, constatée par la voie de l'exception, de la décision portant obligation de quitter le territoire français ne peut qu'être écarté.
11. En second lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français, et dix ans en cas de menace grave pour l'ordre public ". Et aux termes du premier alinéa de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français ". Eu égard à ce qui a été dit précédemment sur l'existence d'une précédente mesure d'éloignement non suivie d'effets, le préfet de la Côte d'Or n'a commis aucune erreur manifeste d'appréciation en fixant à un an la durée de l'interdiction de retour sur le territoire français prise à l'encontre de l'intéressé.
En ce qui concerne la décision d'assignation à résidence :
12. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit précédemment que la décision portant obligation de quitter le territoire français n'est entachée d'aucune illégalité. Le moyen tiré de l'illégalité, constatée par la voie de l'exception, de la décision portant obligation de quitter le territoire français ne peut qu'être écarté.
13. En deuxième lieu, pour les motifs exposés au point 4 ci-dessus, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte doit être écarté.
14. En troisième lieu, le préfet de la Côte d'Or n'était pas tenu de justifier les modalités de présentation aux services de police qu'il a retenues. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.
15. En dernier lieu, si M. G soutient résider à Chenôve (Côte d'Or), et non à Norges-la-Ville, auprès de la Communauté d'Emmaüs, et qu'il ne lui est pas loisible de se rendre trois fois par semaine de son domicile dans cette dernière commune, il ressort des pièces du dossier que le préfet de la Côte d'Or a, par un arrêté du 22 octobre 2024, modifié son arrêté initial pour fixer le lieu de présentation de l'intéressé au commissariat de police de Dijon, lieu aisément accessible depuis son domicile. Le moyen tiré de ce que la décision attaquée serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation du fait de l'assignation de l'intéressé dans la commune de Norges-la-Ville et non dans celle de Chenôve manque désormais en fait et doit être écarté.
16. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation des arrêtés du 15 octobre 2024 doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
17. Les dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, une somme au titre des frais liés au litige. Par suite, les conclusions de la requête tendant à ce qu'il soit fait application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 doivent être rejetées.
18. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions de même nature formulées par le préfet de la Côte d'Or.
D E C I D E :
Article 1er : Il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions de M. G à fin d'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. G est rejeté.
Article 3 : Les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative par le préfet de la Côte-d'Or sont rejetées.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A G, au préfet de la Côte d'Or, et à Me Si Hassem.
Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et au bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Dijon.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 novembre 2024.
Le magistrat désigné,
P. ELa greffière,
S. Kieffer
La République mande et ordonne au préfet de la Côte d'Or, chacun en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026