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AccueilJurisprudence administrativeN° TA21-2403556

Tribunal Administratif de Dijon — Décision N° TA21-2403556

mardi 5 novembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Dijon
SectionTribunal Administratif de Dijon
N° DossierTA21-2403556
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationJU REFERE ETRANGERS 15 JOURS
Avocat requérantSI HASSEN MYRIAM

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 16 octobre 2024, Mme B A, représentée par Me Si Hassen, demande au tribunal :

1°) de l'admettre, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler la décision du 14 octobre 2024, par laquelle la directrice territoriale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration lui a refusé le bénéfice des conditions matérielles d'accueil ;

3°) à titre principal, d'enjoindre à l'Office français de l'immigration et de l'intégration de lui accorder le bénéfice des conditions matérielles d'accueil dans un délai de huit jours à compter de la notification du jugement à intervenir ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à son conseil, au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- la signataire de la décision était incompétente pour ce faire ;

- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;

- il y a vice de procédure par violation des dispositions de l'article R. 551-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il y a violation des articles L. 551-5 et D.551-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, défaut d'examen réel et sérieux de sa situation et erreur manifeste d'appréciation, eu égard à son état de précarité.

Par un mémoire en défense, enregistré le 24 octobre 2024, l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la directive 2013/33/UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 établissant des normes pour l'accueil des personnes demandant la protection internationale ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- la décision du 15 mars 2023 portant organisation générale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a, par une décision du 22 juillet 2024, désigné M. Beaujard, magistrat honoraire inscrit sur la liste mentionnée à l'article L. 222-2-1 du code de justice administrative par un arrêté du vice-président du Conseil d'Etat en date du 30 novembre 2023, pour statuer sur les requêtes relevant des procédures régies par les articles L. 921-1 à L. 922-3 et R. 921-1 à R. 922-28 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Beaujard, magistrat désigné ;

- et les observations de Me Si Hassen, représentant Mme A.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, ressortissante sénégalaise, née le 14 juillet 1993, entrée en France le 25 mai 2024, a déposé une demande d'asile le 14 octobre 2024, et une demande tendant à bénéficier des conditions matérielles d'accueil. Par une décision du même jour dont Mme A demande l'annulation, la directrice territoriale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration lui a refusé le bénéfice des conditions matérielles d'accueil.

Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes du premier alinéa de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président. ".

3. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce et eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de Mme A, de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

Sans qu'il soit besoin de statuer sur les autres moyens de la requête :

4. Aux termes de l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les conditions matérielles d'accueil sont refusées, totalement ou partiellement, au demandeur, dans le respect de l'article 20 de la directive 2013/33/ UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 établissant des normes pour l'accueil des personnes demandant la protection internationale, dans les cas suivants : () 3° Il présente une demande de réexamen de sa demande d'asile (). La décision de refus des conditions matérielles d'accueil prise en application du présent article est écrite et motivée. Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur ". Et aux termes de l'article L. 522-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'évaluation de la vulnérabilité vise, en particulier, à identifier les mineurs, les mineurs non accompagnés, les personnes en situation de handicap, les personnes âgées, les femmes enceintes, les parents isolés accompagnés d'enfants mineurs, les victimes de la traite des êtres humains, les personnes atteintes de maladies graves, les personnes souffrant de troubles mentaux et les personnes qui ont subi des tortures, des viols ou d'autres formes graves de violence psychologique, physique ou sexuelle, telles que des mutilations sexuelles féminines ".

5. Il ressort des pièces du dossier, et il n'est pas contesté par l'office français de l'immigration et de l'intégration, que Mme A était enceinte de quatre mois à la date de la décision attaquée, vulnérabilité qui correspond à l'une des hypothèses mentionnées à l'article L. 522-3 précité du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Si l'office français de l'immigration et de l'intégration fait valoir que l'intéressée est susceptible d'obtenir le bénéfice d'autres dispositifs ou l'assistance d'associations caritatives, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'elle fasse l'objet d'une prise en charge effective, l'intéressée déclarant pour sa part " vivre à la rue ". Par suite, Mme A est fondée à soutenir qu'en refusant de lui accorder le bénéfice des conditions matérielles d'accueil, l'office français de l'immigration et de l'intégration a entaché sa décision d'une erreur d'appréciation.

6. Il résulte de ce qui précède que Mme A est fondée à demander l'annulation de la décision du 14 octobre 2024, par laquelle la directrice territoriale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration lui a refusé le bénéfice des conditions matérielles d'accueil.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

7. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution ".

8. L'annulation ci-dessus prononcée implique nécessairement que l'office français de l'immigration et de l'intégration accorde le bénéfice des conditions matérielles d'accueil à Mme A. Il y a lieu de lui enjoindre de prendre une décision en ce sens dans les quinze jours de la notification du présent jugement.

Sur les frais d'instance :

9. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions de la requérante tendant à l'application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : Mme A est admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : La décision susvisée du 14 octobre 2024 de la directrice territoriale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration est annulée.

Article 3 : Il est enjoint à l'office français de l'immigration et de l'intégration d'accorder le bénéfice des conditions matérielles d'accueil à Mme A dans les quinze jours de la notification du présent jugement

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A, à l'Office français de l'immigration et de l'intégration et à Me Si Hassen.

Copie en sera adressée au bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Dijon et au préfet de la Côte-d'Or.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 05 novembre 2024.

Le magistrat désigné,

P. Beaujard La greffière,

S. Kieffer

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition,

La greffière,

2403556

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