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AccueilJurisprudence administrativeN° TA21-2403670

Tribunal Administratif de Dijon — Décision N° TA21-2403670

mardi 18 février 2025

JuridictionTribunal Administratif de Dijon
SectionTribunal Administratif de Dijon
N° DossierTA21-2403670
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Dijon (2ème chambre) a examiné le recours en excès de pouvoir de M. F, ressortissant tunisien, contre un arrêté du préfet de la Côte-d'Or du 27 septembre 2024 refusant son titre de séjour en qualité de conjoint de français et l'obligeant à quitter le territoire. Le tribunal a annulé cet arrêté pour vice d'incompétence, constatant que le signataire, M. E, avait cessé ses fonctions de préfet le 21 septembre 2024, avant la date de l'arrêté, en application du décret n° 2004-374 du 29 avril 2004. Cette solution a été retenue sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 28 octobre et 10 décembre 2024, M. H F, représenté par Me Ben Hadj Younès, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 27 septembre 2024, par lequel le préfet de la Côte-d'Or a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Côte-d'Or, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour revêtu de la mention " vie privée et familiale " et à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- cet arrêté est entaché d'un vice d'incompétence, dès lors que M. E a cessé ses fonctions le 21 septembre 2024 et que la délégation de signature précédemment consentie a cessé de produire ses effets à la date du 21 septembre 2024 ;

En ce qui concerne la décision portant refus de séjour :

- cette décision est insuffisamment motivée ;

- le préfet était tenu de consulter la commission du titre de séjour, dès lors qu'il remplissait toutes les conditions permettant de se voir délivrer un titre de séjour en qualité de conjoint de français, sans que puisse y faire obstacle la circonstance que sa présence constitue une menace pour l'ordre public ;

- le préfet de la Côte-d'Or s'est cru à tort en situation de compétence liée ;

- ce préfet a commis une erreur d'appréciation au regard du 2° de l'article L. 432-1-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il remplissait toutes les conditions pour se voir délivrer un titre de séjour en qualité de conjoint de français ;

- cette décision méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- cette décision méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle doit être annulée par voie de conséquence de l'annulation de la décision portant refus de titre de séjour ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- elle doit être annulée par voie de conséquence de l'annulation de la décision portant refus de titre de séjour.

Par un mémoire en défense, enregistré le 19 novembre 2024, le préfet de la Côte-d'Or conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 500 euros soit mise à la charge de M. F au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Les parties ont été informées par une lettre du 19 novembre 2024 que cette affaire était susceptible, à compter du 10 décembre 2024, de faire l'objet d'une clôture d'instruction à effet immédiat en application des dispositions de l'article R. 611-11-1 du code de justice administrative.

La clôture de l'instruction a été fixée au 7 janvier 2025 par ordonnance du même jour.

Vu :

- la décision n° 2403677 du 30 octobre 2024 du juge des référés du tribunal administratif de Dijon ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le décret n° 2004-374 du 29 avril 2004 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Irénée Hugez,

- et les observations de Me Ben Hadj Younès, représentant M. F.

Considérant ce qui suit :

1. M. H F, ressortissant tunisien, né en 1999 à Sousse en Tunisie, est entré régulièrement en France le 15 septembre 2021 en possession d'un visa de court séjour. Il a sollicité le 6 juillet 2023 auprès des services de la préfecture de la Côte-d'Or la délivrance d'un titre de séjour en qualité de conjoint de français sur le fondement des dispositions de l'article L. 423-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 27 septembre 2024, dont l'intéressé demande au tribunal l'annulation, le préfet de la Côte-d'Or a rejeté cette demande, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office.

2. Par un décret du 1er octobre 2024, régulièrement publié au Journal officiel de la République française du lendemain, il a été mis fin à sa demande aux fonctions de préfet de la région Bourgogne-Franche-Comté exercées par M. B E, à compter du 21 septembre 2024. Par un arrêté du 21 septembre 2024, régulièrement publié au Journal officiel de la République française du 24 septembre 2024, M. B E a été nommé directeur de cabinet du ministre de l'intérieur. Il s'infère de ces deux décisions que M. E a nécessairement quitté ses fonctions de préfet de région le 21 septembre 2024. En vertu de l'article 45 du décret du 29 avril 2004 relatif aux pouvoirs des préfets, à l'organisation et à l'action des services de l'État dans les régions et départements, et comme le constate l'arrêté préfectoral n° 1526/SG, référencé 21-2024-10-02-00001, du 2 octobre 2024, M. D G a exercé les fonctions de préfet de la Côte-d'Or à compter du 21 septembre 2024. Par cet arrêté, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial n° 21-2024-136 du 2 octobre 2024 de la préfecture de la Côte-d'Or, M. G a notamment entendu déléguer sa signature, à compter du 21 septembre 2024, en cas d'absence ou d'empêchement, à Mme A C à fin de signer tous arrêtés, décisions, circulaires, rapports, correspondances et documents relevant des attributions de l'État dans le département de la Côte-d'Or, à l'exception de décisions au nombre desquelles ne figurent pas les décisions en litige. Eu égard aux effets qui s'attachent aux décisions à caractère individuel, telles celles en litige, Mme C ne pouvait légalement signer l'arrêté attaqué, ni par délégation de M. E qui était devenue caduque à la date à laquelle celui-ci a effectivement cessé ses fonctions, ni par délégation de M. G, en sa qualité de préfet par interim, qui n'était opposable qu'à compter du 2 octobre 2024. Par suite, M. F est fondé à soutenir que l'arrêté litigieux est entaché d'incompétence et à en demander pour ce motif l'annulation.

3. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que M. F est fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 27 septembre 2024, par lequel le préfet de la Côte-d'Or a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

4. Le motif d'annulation retenu par le présent jugement implique seulement qu'il soit enjoint au préfet de la Côte-d'Or de réexaminer la situation de M. F dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et, en vertu des dispositions de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, que l'intéressé soit muni d'une autorisation provisoire de séjour jusqu'à ce qu'il soit de nouveau statué sur sa situation, dans un délai de huit jours à compter de cette même notification.

Sur les conclusions relatives à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

5. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'État la somme que M. F demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Les dispositions du même article font par ailleurs obstacle à ce que la somme demandée à ce titre par le préfet de la Côte-d'Or soit mise à la charge de M. F, qui n'est pas la partie perdante.

D É C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 27 septembre 2024, par lequel le préfet de la Côte-d'Or a rejeté la demande de titre de séjour de M. F, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Côte-d'Or de réexaminer la situation de M. F dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour, tant qu'il n'a pas de nouveau été statué sur sa situation, dans un délai de huit jours à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête de M. F est rejeté.

Article 4 : Les conclusions du préfet de la Côte-d'Or au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. H F et au préfet de la Côte-d'Or.

Copie en sera adressée au ministre d'État, ministre de l'intérieur.

Délibéré après l'audience du 11 février 2025, à laquelle siégeaient :

M. Nicolet, président,

M. Hugez, premier conseiller,

Mme Hascoët, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 février 2025.

Le rapporteur,

I. Hugez

Le président,

Ph. Nicolet

La greffière,

L. Curot

La République mande et ordonne au préfet de la Côte-d'Or en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

La greffière,

lc

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