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AccueilJurisprudence administrativeN° TA21-2403748

Tribunal Administratif de Dijon — Décision N° TA21-2403748

vendredi 22 novembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Dijon
SectionTribunal Administratif de Dijon
N° DossierTA21-2403748
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationJU REFERE ETRANGERS 15 JOURS
Avocat requérantSI HASSEN MYRIAM

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 5 novembre et 16 novembre 2024, Mme B A, représentée par Me Si Hassen, demande au tribunal :

1°) de l'admettre, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler l'arrêté du 16 octobre 2024 par lequel le préfet du Doubs a décidé son transfert aux autorités allemandes responsables de l'examen de sa demande d'asile ;

3°) d'annuler l'arrêté du 16 octobre 2024 par lequel le préfet du Doubs l'a assignée à résidence dans le département de la Côte-d'Or pour une durée de quarante-cinq jours ;

4°) à titre principal, d'enjoindre au préfet du Doubs, sur le fondement de l'article L. 911-1 du code de justice administrative, de lui délivrer une attestation de demande d'asile en procédure normale lui permettant de saisir l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, et ce dans un délai de huit jours à compter de la notification du jugement à intervenir ;

5°) à titre subsidiaire, d'enjoindre au préfet du Doubs, sur le fondement de l'article L. 911-2 du code de justice administrative, de réexaminer sa situation, et ce dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;

6°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros, à verser à Me Si Hassen, au titre des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et, en ce cas, lui donner acte de ce qu'elle renonce au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Elle soutient que :

S'agissant de l'arrêté portant transfert aux autorités allemandes :

- l'arrêté attaqué méconnaît l'article 4 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013, dès lors qu'il n'est pas établi qu'elle a reçu les brochures A et B, dans une langue qu'elle comprend, au plus tard le jour de l'entretien individuel ;

- il méconnaît l'article 5 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 dès lors qu'il n'est pas établi qu'elle a bénéficié d'un entretien individuel dans les conditions prévues par ces dispositions ;

- il est entaché d'une erreur de fait, dès lors qu'il n'est pas établi que le préfet du Doubs a saisi les autorités allemandes d'une demande de prise en charge ; elle méconnaît les articles 15 et 18 du règlement n° 1560/2003 du 2 septembre 2003 pour les mêmes motifs ;

- il est entaché d'un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation et d'une erreur manifeste d'appréciation dans l'application du règlement (UE) n°604/2013 du 26 juin 2013, dès lors qu'elle est francophone et ne parle pas Allemand, tout comme ses enfants, qui sont déjà scolarisés en France, et qu'elle est en charge d'un troisième enfant, qui n'est qu'un nourrisson âgé de deux mois ; la décision attaquée est contraire au principe de compassion qui permet de déroger aux critères de responsabilité ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant, dès lors que ses deux enfants sont scolarisés et qu'il a pour effet de les envoyer dans un pays dont ils ne connaissent pas la langue, et ce en cours d'année scolaire ;

- l'arrêté attaqué méconnaît l'article 12-2 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 dès lors que son visa est expiré à la date à laquelle la demande de prise en charge a été réalisée ; la demande de prise en charge ne vise pas sa petite fille, née postérieurement à la demande ; le préfet ne rapporte pas la preuve de ce qu'il aurait avisé les autorités allemandes de la présence d'un nourrisson à ses côtés ;

S'agissant de l'arrêté portant assignation à résidence :

- l'arrêté attaqué est illégal du fait de l'illégalité, soulevée par la voie de l'exception, de la décision de transfert aux autorités allemandes ;

- il est insuffisamment motivé et le préfet ne justifie pas de la nécessité qu'elle pointe chaque jour, du lundi au vendredi, au commissariat de police, et ce alors qu'elle doit s'occuper de deux enfants en bas âge et d'un nourrisson.

Par deux mémoires en défense, enregistrés les 12 et 18 novembre 2024, le préfet du Doubs conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par Mme A ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le règlement (CE) n° 1560/2003 de la Commission du 2 septembre 2003 ;

- le règlement (UE) n° 118/2014 de la Commission du 30 janvier 2014 modifiant le règlement (CE) n° 1560/2003 portant modalités d'application du règlement n° 343/2003 du Conseil ;

- le règlement (UE) n° 603/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a, par une décision du 28 août 2024, désigné M. Cherief, conseiller, pour statuer sur les requêtes relevant des procédures régies par les articles L. 921-1 à L. 922-3 et R. 921-1 à R. 922-28 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement convoquées à l'audience du 19 novembre 2024 à 9 heures 30 minutes.

Ont été entendus au cours de l'audience publique, tenue en présence de Mme Roulleau, greffière d'audience :

- le rapport de M. Hamza Cherief,

- les observations de Me Si Hassen, pour Mme A, qui reprend, en les développant, les faits et moyens contenus dans ses écritures.

Le préfet du Doubs n'était ni présent, ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience à 9 heures 37 minutes.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, ressortissante malienne née le 1er décembre 1989, est entrée en France irrégulièrement à une date indéterminée et a sollicité la reconnaissance du statut de réfugié le 22 juillet 2024. La consultation de la base de données Visabio, relative aux visas délivrés dans l'Union européenne, a révélé que l'intéressée s'est vue délivrer un visa de type C, valable du 10 juillet 2024 au 1er août 2024, par les autorités consulaires allemandes au Mali le 25 juin 2024. Les autorités allemandes ont été saisies d'une demande de prise en charge de Mme A et ont accepté explicitement la prise en charge de l'intéressée le 16 août 2024. Par un arrêté du 16 octobre 2024, le préfet du Doubs a prononcé la remise de l'intéressée aux autorités allemandes. Par un second arrêté du même jour, le préfet du Doubs l'a assignée à résidence dans le département de la Côte-d'Or pour une durée de quarante-cinq jours, renouvelable trois fois. Par la présente requête, Mme A demande au tribunal l'annulation de ces deux arrêtés.

Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes du premier alinéa l'article 20 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par la juridiction compétente ou son président. ".

3. Dans les circonstances particulières de l'espèce, il y a lieu d'admettre Mme A au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne l'arrêté portant remise aux autorités allemandes :

4. En premier lieu, aux termes de l'article 4 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 : " Droit à l'information / 1. Dès qu'une demande de protection internationale est introduite au sens de l'article 20, paragraphe 2, dans un Etat membre, ses autorités compétentes informent le demandeur de l'application du présent règlement, et notamment : / a) des objectifs du présent règlement et des conséquences de la présentation d'une autre demande dans un Etat membre différent ainsi que des conséquences du passage d'un Etat membre à un autre pendant les phases au cours desquelles l'Etat membre responsable en vertu du présent règlement est déterminé et la demande de protection internationale est examinée ; / b) des critères de détermination de l'Etat membre responsable, de la hiérarchie de ces critères au cours des différentes étapes de la procédure et de leur durée, y compris du fait qu'une demande de protection internationale introduite dans un Etat membre peut mener à la désignation de cet Etat membre comme responsable en vertu du présent règlement même si cette responsabilité n'est pas fondée sur ces critères ; / c) de l'entretien individuel en vertu de l'article 5 et de la possibilité de fournir des informations sur la présence de membres de la famille, de proches ou de tout autre parent dans les Etats membres, y compris des moyens par lesquels le demandeur peut fournir ces informations ; / d) de la possibilité de contester une décision de transfert et, le cas échéant, de demander une suspension du transfert ; / e) du fait que les autorités compétentes des Etats membres peuvent échanger des données le concernant aux seules fins d'exécuter leurs obligations découlant du présent règlement ; / f) de l'existence du droit d'accès aux données le concernant et du droit de demander que ces données soient rectifiées si elles sont inexactes ou supprimées si elles ont fait l'objet d'un traitement illicite, ainsi que des procédures à suivre pour exercer ces droits, y compris des coordonnées des autorités visées à l'article 35 examiner les réclamations relatives à la protection des données à caractère personnel. / 2. Les informations visées au paragraphe 1 sont données par écrit, dans une langue que le demandeur comprend ou dont on peut raisonnablement supposer qu'il la comprend. Les Etats membres utilisent la brochure commune rédigée à cet effet en vertu du paragraphe 3. () / 3. La Commission rédige, au moyen d'actes d'exécution, une brochure commune (), contenant au minimum les informations visées au paragraphe 1 du présent article. () La brochure commune est réalisée de telle manière que les Etats membres puissent y ajouter des informations spécifiques aux Etats membres () ". Le modèle de cette brochure commune figure sous l'annexe X au règlement n° 118/2014 du 30 janvier 2014.

5. Il résulte de ces dispositions que le demandeur d'asile auquel l'administration entend faire application du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 doit se voir remettre, dès le moment où le préfet est informé de ce qu'il est susceptible d'entrer dans le champ d'application de ce règlement, et en tout état de cause en temps utile, une information complète sur ses droits, par écrit et dans une langue qu'il comprend. Cette information doit comprendre l'ensemble des éléments prévus au paragraphe 1 de l'article 4 du règlement. Eu égard à la nature desdites informations, la remise par l'autorité administrative de la brochure prévue par les dispositions précitées constitue pour le demandeur d'asile une garantie.

6. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que Mme A s'est vu remettre deux brochures dites A et B, intitulées respectivement " J'ai demandé l'asile dans l'Union européenne - quel pays sera responsable de l'analyse de ma demande ' " et " Je suis sous procédure Dublin - qu'est-ce que cela signifie ' ", dont les pages de garde comportent la signature de l'intéressée et la date du 22 juillet 2024. Ces documents constituent la brochure commune visée au paragraphe 3 de l'article 4 du règlement précité et contiennent l'intégralité des informations prévues au paragraphe 1 de cet article. Ces brochures ont été remises à Mme A en langue bambara, langue que l'intéressée ne conteste pas comprendre et parler. Par ailleurs, il ressort des mentions portées sur le compte rendu de l'entretien qui s'est tenu le même jour que l'intéressée a certifié s'être vu remettre l'information sur les règlements communautaires. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 4 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 manque en fait et doit, pour ce motif, être écarté.

7. En deuxième lieu, aux termes de l'article 5 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 : " 1. Afin de faciliter le processus de détermination de l'État membre responsable, l'État membre procédant à cette détermination mène un entretien individuel avec le demandeur. Cet entretien permet également de veiller à ce que le demandeur comprenne correctement les informations qui lui sont fournies conformément à l'article 4. () / 4. L'entretien individuel est mené dans une langue que le demandeur comprend ou dont on peut raisonnablement supposer qu'il la comprend et dans laquelle il est capable de communiquer. Si nécessaire, les États membres ont recours à un interprète capable d'assurer une bonne communication entre le demandeur et la personne qui mène l'entretien individuel. / 5. L'entretien individuel a lieu dans des conditions garantissant dûment la confidentialité. Il est mené par une personne qualifiée en vertu du droit national. / 6. L'État membre qui mène l'entretien individuel rédige un résumé qui contient au moins les principales informations fournies par le demandeur lors de l'entretien. Ce résumé peut prendre la forme d'un rapport ou d'un formulaire type. L'État membre veille à ce que le demandeur et/ou le conseil juridique ou un autre conseiller qui représente le demandeur ait accès en temps utile au résumé. ".

8. Il résulte des dispositions précitées que les autorités de l'Etat membre doivent, afin de faciliter le processus de détermination de l'Etat membre responsable de la demande d'asile, mener un entretien individuel avec le demandeur à l'effet notamment de veiller à ce que celui-ci ait reçu et comprend les informations prévues à l'article 4 du règlement.

9. Il ressort des pièces du dossier que, le 22 juillet 2024, Mme A a bénéficié d'un entretien individuel réalisé avec l'assistance d'un interprète en langue bambara, langue que l'intéressée ne conteste pas comprendre et parler, au cours duquel elle a pu présenter ses observations et à l'issue duquel elle a attesté avoir reçu l'information sur les règlements communautaires. Le résumé de cet entretien mentionne qu'il a été conduit par un agent qualifié de la préfecture de la Côte-d'Or, qui est une personne qualifiée en vertu du droit national au sens de l'article 5 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013, la requérante ne faisant état, quant à elle, d'aucun élément circonstancié de nature à laisser supposer que cet entretien ne se serait pas déroulé dans les conditions ainsi décrites. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 5 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 manque en fait et doit être écarté.

10. En troisième lieu, le préfet du Doubs produit à l'instance la demande de prise en charge adressée le 23 juillet 2024 aux autorités allemandes via le réseau de communication électronique Dublinet, et la décision explicite d'acceptation de prise en charge du 16 août 2024. Par suite, les moyens tirés de l'erreur de fait quant à l'existence d'une demande de reprise en charge formulée auprès des autorités allemandes et de la méconnaissance des articles 15 et 18 du règlement (CE) 1560/2003 ne peuvent qu'être écartés.

11. En quatrième lieu, aux termes du paragraphe 1 de l'article 3 du règlement (UE) n° 604/2013 : " Les États membres examinent toute demande de protection internationale présentée par un ressortissant de pays tiers ou par un apatride sur le territoire de l'un quelconque d'entre eux, y compris à la frontière ou dans une zone de transit. La demande est examinée par un seul État membre, qui est celui que les critères énoncés au chapitre III désignent comme responsable ". Aux termes de l'article 17 du même règlement : " 1. Par dérogation à l'article 3, paragraphe 1, chaque État membre peut décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans le présent règlement. () ". Enfin, aux termes de l'article L. 572-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La procédure de transfert vers l'Etat responsable de l'examen de la demande d'asile ne peut être engagée dans le cas de défaillances systémiques dans l'Etat considéré mentionné au 2 de l'article 3 du règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ".

12. Il résulte des dispositions précitées du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 que si une demande d'asile est examinée par un seul État membre et qu'en principe cet État est déterminé par application des critères d'examen des demandes d'asile fixés par son chapitre III, dans l'ordre énoncé par ce chapitre, l'application de ces critères est toutefois écartée en cas de mise en œuvre de la clause dérogatoire énoncée au paragraphe 1 de l'article 17 du règlement, qui procède d'une décision prise unilatéralement par un État membre. Si la mise en œuvre, par les autorités françaises, des dispositions de l'article 17 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013 doit être assurée à la lumière des exigences définies par les dispositions du second alinéa de l'article 53-1 de la Constitution, en vertu desquelles les autorités de la République ont toujours le droit de donner asile à tout étranger persécuté en raison de son action en faveur de la liberté ou qui sollicite la protection de la France pour un autre motif, la faculté laissée à chaque Etat membre de décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans le présent règlement, est discrétionnaire et ne constitue nullement un droit pour les demandeurs d'asile.

13. Par ailleurs, l'Allemagne étant membre de l'Union européenne et partie tant à la convention de Genève du 28 juillet 1951 sur le statut des réfugiés qu'à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, il doit alors être présumé que le traitement réservé aux demandeurs d'asile dans cet Etat membre est conforme aux exigences de la convention de Genève ainsi qu'à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Cette présomption n'est toutefois pas irréfragable lorsqu'il y a lieu de craindre qu'il existe des défaillances systémiques de la procédure d'asile et des conditions d'accueil des demandeurs d'asile dans l'Etat membre responsable, impliquant un traitement inhumain ou dégradant. Dans cette hypothèse, il appartient à l'administration d'apprécier dans chaque cas, au vu des pièces qui lui sont soumises et sous le contrôle du juge, si les conditions dans lesquelles un dossier particulier est traité par les autorités allemandes répondent à l'ensemble des garanties exigées par le respect du droit d'asile.

14. En l'espèce, Mme A soutient que la décision attaquée est entachée d'un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation, d'une erreur manifeste d'appréciation dans l'application du règlement (UE) n°604/2013 du 26 juin 2013 et qu'elle méconnaît le principe de compassion, qui permet de déroger aux critères de responsabilité, dès lors qu'elle est francophone et ne parle pas allemand, tout comme ses enfants, qui sont déjà scolarisés en France, et qu'elle est en charge d'un troisième enfant, qui n'est qu'un nourrisson âgé de deux mois. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que la consultation de la base de données Visabio, relative aux visas délivrés dans l'Union européenne, a révélé que l'intéressée s'est vue délivrer un visa de type C, valable du 10 juillet 2024 au 1er août 2024 par les autorités consulaires allemandes au Mali le 25 juin 2024 et l'intéressée, qui a effectué son entretien individuel par le biais d'un interprète en langue bambara, n'établit par aucune pièce du dossier qu'elle ne parle pas l'allemand. Par ailleurs, la scolarisation de ses deux enfants mineurs, présents sur le territoire français depuis quelques mois seulement, ne fait pas obstacle, par elle-même, à la mesure de transfert en litige et il ne ressort pas des pièces du dossier que ses enfants ne pourraient reprendre et poursuivre une scolarité en Allemagne, sous réserve que la requérante effectue toutes démarches utiles à cet effet. Enfin, la requérante ne se prévaut d'aucun élément précis et circonstancié de nature à faire obstacle à ce qu'elle soit transférée vers l'Allemagne avec son nourrisson. Mme A ne justifie, par conséquent, d'aucune circonstance qui justifierait que la France examine sa demande de protection internationale alors que l'examen de sa demande ne lui incombe pas. Par suite, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet du Doubs, en ne faisant pas usage de la faculté que les dispositions de l'article 17 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013 ouvrent, aurait entaché la décision de transfert d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de ces dispositions. Il ne ressort pas davantage des pièces du dossier, ni des termes de l'arrêté attaqué, que le préfet du Doubs, en ordonnant le transfert de Mme A aux autorités allemandes aurait entaché sa décision d'un défaut d'examen particulier de la situation de l'intéressée. Par suite, ces moyens doivent être écartés tout comme, en tout état de cause, le moyen tiré de ce que la décision attaquée méconnaît le principe de compassion.

15. En cinquième lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 14 du présent jugement, le moyen tiré de ce que la décision attaquée méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant doit être écarté.

16. En sixième lieu, aux termes de l'article 7 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 : " () 1. Les critères de détermination de l'État membre responsable s'appliquent dans l'ordre dans lequel ils sont présentés dans le présent chapitre. / 2. La détermination de l'État membre responsable en application des critères énoncés dans le présent chapitre se fait sur la base de la situation qui existait au moment où le demandeur a introduit sa demande de protection internationale pour la première fois auprès d'un État membre () " aux termes de l'article 12 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013 : " () 2. Si le demandeur est titulaire d'un visa en cours de validité, l'État membre qui l'a délivré est responsable de l'examen de la demande de protection internationale () ".

17. Il ressort des pièces du dossier que Mme A est entrée en France munie d'un visa de type C, valable du 10 juillet 2024 au 1er août 2024, délivré par les autorités consulaires allemandes au Mali le 25 juin 2024. Dès lors qu'à la date de la demande d'asile de l'intéressée, le 22 juillet 2024, son visa n'était pas expiré, c'est par une exacte application des dispositions précitées que l'autorité administrative a décidé le transfert de la requérante aux autorités allemandes, qui ont accepté sa prise en charge le 16 août 2024 ainsi qu'en atteste la décision d'accord explicite produite par le préfet dans son second mémoire en défense. Par ailleurs, il est constant que, le 6 novembre 2024, la préfecture du Doubs a informé les autorités allemandes de la naissance de la fille de Mme A le 5 septembre 2024. Il ne ressort d'aucune pièce du dossier, et il n'est d'ailleurs pas allégué, que les autorités allemandes auraient refusé de prendre en charge la fille de la requérante. Par suite, les moyens tirés de ce que l'arrêté attaqué méconnaît l'article 12-2 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 et de ce qu'il n'est pas établi que le préfet du Doubs aurait avisé les autorités allemandes de la présence d'un nourrisson à ses côtés doivent être écartés.

18. Il résulte de ce qui précède que Mme A n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 16 octobre 2024, par lequel le préfet du Doubs a prononcé sa remise aux autorités allemandes responsables de l'examen de sa demande d'asile.

En ce qui concerne l'assignation à résidence :

19. En premier lieu, les moyens invoqués à l'encontre de l'arrêté portant transfert de Mme A aux autorités allemandes ayant été écartés, l'intéressée n'est pas fondée à exciper de l'illégalité de cet arrêté à l'appui de ses conclusions dirigées contre l'arrêté par lequel le préfet du Doubs l'a assignée à résidence dans le département de la Côte-d'Or pour une durée de quarante-cinq jours. Par suite, ce moyen ne peut qu'être écarté.

20. En second lieu, aux termes du premier alinéa de l'article L. 751-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " En cas d'assignation à résidence en application de l'article L. 751-2, les dispositions des articles L. 572-7, L. 732-1 () sont applicables. ". Aux termes dudit article L. 732-1 : " Les décisions d'assignation à résidence, y compris de renouvellement, sont motivées. ".

21. Il ressort des termes mêmes de l'arrêté portant assignation à résidence qu'il est motivé en droit notamment par le visa des articles L. 751-2 à L. 751-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et en fait par les circonstances selon lesquelles si l'intéressée ne dispose pas des moyens lui permettant de se rendre en Allemagne, l'exécution de la mesure de transfert demeure une perspective raisonnable. Cet arrêté comporte ainsi les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Cette motivation, qui n'avait pas à comporter en outre la justification des modalités de présentation aux services de police retenues par le préfet, satisfait aux exigences de l'article L. 732-1 précité du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation, qui manque en fait, doit être écarté.

22. Il résulte de ce qui précède que Mme A n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 16 octobre 2024, par lequel le préfet du Doubs l'a assignée à résidence.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

23. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation de Mme A, n'implique aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions à fin d'injonction doivent également être rejetées.

Sur les frais liés à l'instance :

24. Les dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme demandée par le conseil de Mme A au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : Mme A est admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme A est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A, à Me Si Hassen et au préfet du Doubs.

Copie sera adressée au ministre de l'intérieur et au bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Dijon.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 novembre 2024.

Le magistrat désigné

H. Cherief

La greffière,

A. Roulleau

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

La greffière,

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TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430

Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.

01/06/2026

TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432

Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

01/06/2026

TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881

Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.

01/06/2026

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