mardi 18 février 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de Dijon |
| Section | Tribunal Administratif de Dijon |
| N° Dossier | TA21-2403808 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2ème chambre |
| Avocat requérant | DESPRAT ADELE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrées les 11 novembre 2024 et 15 janvier 2025, Mme G D, représentée par Me Desprat, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 18 octobre 2024 par lequel le préfet de la Côte-d'Or lui a refusé le séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être reconduite d'office ;
3°) d'enjoindre au préfet de la Côte-d'Or de lui délivrer une carte de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans le délai d'un mois suivant la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 50 euros par jour de retard, et à défaut de réexaminer sa situation sous la même astreinte ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros à verser à son avocat au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Elle soutient que :
- l'arrêté attaqué est entaché d'un vice d'incompétence ;
- les décisions attaquées sont insuffisamment motivées ;
- elle sont entachées d'un défaut d'examen de sa situation personnelle et la décision d'éloignement est illégale en raison de l'absence d'information sur l'admission au séjour sur un autre fondement que l'asile, et elle méconnaît le droit d'être entendu ;
- les décisions attaquées méconnaissent les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et sont entachées d'erreur manifeste d'appréciation ;
- la décision fixant le pays de destination est illégale par voie d'exception de l'illégalité de la mesure d'éloignement ;
- les décision attaquées méconnaissent l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en raison des risques de mauvais traitements en cas de retour en République Démocratique du Congo au regard de son état de santé et de sa particulière vulnérabilité.
Par un mémoire en défense, enregistré le 6 décembre 2024, le préfet de la Côte-d'Or conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 500 euros soit mise à la charge de la requérante au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Par une ordonnance du 7 octobre 2024, la clôture d'instruction a été reportée au lundi 10 Février à 17 heures.
Par une décision du 2 décembre 2024, Mme D a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Philippe Nicolet,
- et les observations de M. E, représentant le préfet.
Considérant ce qui suit :
1. Mme G D, ressortissante congolaise née le 9 septembre 1979, est entrée irrégulièrement en France le 28 décembre 2023 afin de solliciter le bénéfice de l'asile. Par une décision du 29 mai 2024, l'Office français pour la protection des réfugiés et des apatrides a rejeté sa demande, confirmée par une décision du 8 octobre 2024 de la Cour nationale du droit d'asile. Par un arrêté du 18 octobre 2024, dont il est demandé l'annulation, le préfet de la Côte-d'Or ne l'a pas autorisée à résider en France au titre de l'asile, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être reconduite d'office.
2. Dès lors que la requérante a obtenu en cours d'instance l'aide juridictionnelle totale, il n'y a pas lieu de statuer sur sa demande tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
3. En premier lieu, l'arrêté litigieux a été signé par Mme A C, cheffe du service de l'immigration et de l'intégration, investie à cet effet d'une délégation, en cas d'absence ou d'empêchement de M. H B, directeur de l'immigration et de la nationalité, en vertu d'un arrêté du préfet de la Côte-d'Or du 17 septembre 2024, publié le lendemain au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture, qui a été renouvelé par arrêté du 2 octobre 2024, publié le même jour au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture, de M. F, exerçant alors les fonctions de préfet de la Côte-d'Or en vertu de l'article 45 du décret du 29 avril 2004 relatif aux pouvoirs des préfets, et il ne ressort pas des pièces du dossier que M. B n'aurait pas été absent ou empêché à la date de l'arrêté attaqué. Le moyen tiré de l'incompétence du signataire des décisions contestées manque en fait et doit, pour ce motif, être écarté.
4. En deuxième lieu, les décisions contestées comportent l'énoncé suffisant des considérations de fait et de droit qui en constituent le fondement. Dès lors, le moyen tiré de l'insuffisance de leur motivation doit être écarté.
5. En troisième lieu, il ne ressort pas davantage des termes des décisions attaquées ni d'aucune pièce du dossier que le préfet se serait abstenu de procéder, au vu des éléments qui avaient été portés à sa connaissance, à un examen particulier de la situation de l'intéressée avant de prendre à son encontre les décisions contestées, et la requérante ne saurait utilement se prévaloir, contre la mesure d'éloignement, d'un défaut d'information dans les conditions prévues par l'article L. 431-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
6. En quatrième lieu, si les stipulations de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ne s'appliquent pas aux relations entre autorités nationales et particuliers, un ressortissant étranger faisant l'objet d'une mesure d'éloignement peut néanmoins utilement se prévaloir du principe général du droit d'être entendu qui est au nombre des principes fondamentaux du droit de l'Union européenne. Toutefois en l'espèce, la requérante ne démontre pas avoir été privée de la possibilité de présenter des éléments pertinents qui auraient pu influer sur le contenu de la décision d'éloignement attaquée.
7. En cinquième lieu, la requérante soutient qu'elle a fixé en France le centre de ses attaches privées et familiales. Toutefois elle n'apporte aucune justification à l'appui de ses allégations, alors qu'il est constant que l'intéressée ne réside sur le territoire français que depuis moins d'un an à la date de la décision contestée et qu'elle n'est pas dépourvue d'attache dans son pays d'origine. Dans ces conditions, la requérante, qui ne justifie d'aucune insertion sociale ou professionnelle ni d'aucun lien ancien, stable et intense sur le territoire français, ne peut être regardée comme ayant en France le centre de ses intérêts privés et familiaux. Mme D n'est, par conséquent, pas fondée à soutenir que le préfet de la Côte-d'Or aurait méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
8. En sixième lieu, aux termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut désigner comme pays de renvoi : / 1° Le pays dont l'étranger a la nationalité, sauf si l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ou la Cour nationale du droit d'asile lui a reconnu la qualité de réfugié ou lui a accordé le bénéfice de la protection subsidiaire ou s'il n'a pas encore été statué sur sa demande d'asile ; / 2° Un autre pays pour lequel un document de voyage en cours de validité a été délivré en application d'un accord ou arrangement de réadmission européen ou bilatéral ; / 3° Ou, avec l'accord de l'étranger, tout autre pays dans lequel il est légalement admissible. / Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950. ". Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".
9. A l'appui de son moyen, qui n'est opérant qu'à l'encontre de la décision fixant le pays de renvoi, Mme D, qui est enceinte, soutient que la décision du préfet de la Côte-d'Or aurait des conséquences graves pour sa situation personnelle au regard de son état de santé et de sa particulière vulnérabilité. Les certificats médicaux produits, qui attestent que l'intéressée, qui bénéficie d'une prise en charge psychothérapeutique et d'un traitement anxiolytique et hypnotique, qui doivent être poursuivis, souffre d'un psychotraumatisme aggravé d'un syndrome dépressif, et qu'elle a subi un épisode dépressif anténatal réactionnel à une précarité sociale importante, qui a nécessité une hospitalisation du 10 au 11 octobre 2024, ainsi que le rapport qui fait notamment état de disponibilité et de capacité limitées des services de soins de santé mentale en République démocratique du Congo, sont en l'espèce insuffisants pour caractériser un risque actuel et personnel de traitement inhumain ou dégradant auquel Madame D serait exposée en cas de retour dans son pays d'origine, au sens de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, alors au demeurant que sa demande d'asile a été rejetée par l'Office français pour la protection des réfugiés et des apatrides puis par la Cour nationale du droit d'asile. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation au regard des conséquences de l'arrêté contesté sur la situation personnelle de la requérante doit être écarté.
10. En septième lieu, il résulte de ce qui précède que la requérante n'est pas fondée à exciper de l'illégalité de la mesure d'éloignement à l'appui de ses conclusions à fin d'annulation de la décision fixant le pays de renvoi.
11. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation présentées par la requérante, n'implique, par lui-même, aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte présentées par Mme D doivent être rejetées.
12. Les dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, une quelconque somme à verser à la requérante au titre des frais liés au litige.
13. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre une somme à la charge de la requérante au titre des frais de l'instance.
D E C I D E :
Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur la demande de Mme D tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme D est rejeté.
Article 3 : Les conclusions présentées par le préfet de la Côte-d'Or au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme G D, au préfet de la Côte-d'Or et à Me Adèle Desprat.
Copie en sera adressée au ministre d'Etat, ministre de l'intérieur.
Délibéré après l'audience du 11 février 2025, à laquelle siégeaient :
M. Nicolet, président,
M. Hugez, premier conseiller,
Mme Hascoët, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 février 2025.
Le président-rapporteur,
P. Nicolet
L'assesseur le plus ancien,
I. Hugez
La greffière,
L. Curot
La République mande et ordonne au préfet de la Côte-d'Or en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
La greffière,
lc
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026