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AccueilJurisprudence administrativeN° TA21-2403931

Tribunal Administratif de Dijon — Décision N° TA21-2403931

mardi 18 février 2025

JuridictionTribunal Administratif de Dijon
SectionTribunal Administratif de Dijon
N° DossierTA21-2403931
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantCENTAURE AVOCATS

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Dijon a rejeté la requête de M. B A, ressortissant tunisien, qui contestait le refus de titre de séjour et l'obligation de quitter le territoire français pris par le préfet de l'Yonne. Le tribunal a écarté les moyens d'incompétence et de défaut de motivation, jugeant la décision suffisamment motivée et régulièrement signée. Il a rappelé que, s'agissant d'un ressortissant tunisien sollicitant un titre de séjour pour activité salariée, l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988 fait obstacle à l'invocation des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. En conséquence, la requête a été rejetée dans son ensemble.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 20 novembre 2024 et 17 janvier 2025, M. B A, représenté par Me Giudicelli-Jahn, demande au tribunal :

1°) d'annuler les décisions, contenues dans l'arrêté du 21 octobre 2024, par lesquelles le préfet de l'Yonne a rejeté sa demande de titre de séjour et lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours ;

2°) d'enjoindre au préfet de l'Yonne de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " salarié " ou " vie privée et familiale ", dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ou, à défaut, de procéder au réexamen de sa situation et, dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros au titre de l'article

L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- les décisions attaquées sont entachées d'incompétence, insuffisamment motivées, et entachées d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;

- le refus de séjour qui lui est opposé est entaché d'erreur manifeste d'appréciation et il méconnaît les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et est entaché d'erreur de droit au regard de ces dispositions en opposant sur le fondement de cet article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile l'avis défavorable du service de la main d'œuvre étrangère ;

- il méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, et il est entaché d'erreur manifeste d'appréciation au regard des conséquences sur sa situation personnelle ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 3 de l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988 au regard de son intégration professionnelle.

Par un mémoire en défense, enregistré le 19 décembre 2024, le préfet de l'Yonne, représenté par la Selarl Centaure avocats, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 500 euros soit mise à la charge du requérant au titre des frais de l'instance.

Il soutient que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988 modifié ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Nicolet, président ;

- et les observations de Me Belaref substituant Me Giudicelli, représentant le requérant et de Me Martin, représentant le préfet.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, ressortissant tunisien né le 8 août 1984, demande au tribunal d'annuler les décisions, contenues dans l'arrêté du 21 octobre 2024, par lesquelles le préfet de l'Yonne a rejeté sa demande de titre de séjour et lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours.

2. Par un arrêté du 14 septembre 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial du même jour, et aisément consultable en ligne, le préfet de l'Yonne a donné délégation à Mme C D, sous-préfète et secrétaire générale de la préfecture de l'Yonne, à l'effet de signer tous arrêtés relevant des attributions de l'Etat dans le département, à l'exception des réquisitions à comptable et des arrêtés de conflits. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire des décisions attaquées manque en fait et doit être écarté pour ce motif.

3. Les décisions contestées mentionnent les considérations de droit et de fait sur lesquelles elle se fondent, et sont ainsi suffisamment motivées, et il ne ressort ni des termes des décisions contestées ni d'aucune pièce du dossier que le préfet se serait abstenu de procéder à un examen particulier de la situation de l'intéressé avant de les adopter.

4. Dès lors que l'article 3 de l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988 prévoit la délivrance de titres de séjour au titre d'une activité salariée, un ressortissant tunisien souhaitant obtenir un titre de séjour au titre d'une telle activité ne peut utilement invoquer les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, s'agissant d'un point déjà traité par l'accord franco-tunisien. Toutefois, bien que cet accord ne prévoit pas de semblables modalités d'admission exceptionnelle au séjour, ses stipulations n'interdisent pas au préfet de délivrer un titre de séjour à un ressortissant tunisien qui ne remplit pas l'ensemble des conditions auxquelles est subordonnée sa délivrance de plein droit et il dispose à cette fin d'un pouvoir discrétionnaire pour apprécier, compte tenu de l'ensemble des éléments de la situation personnelle de l'intéressé, l'opportunité d'une mesure de régularisation.

5. Le requérant, qui a sollicité une demande d'autorisation exceptionnelle au séjour au titre du travail, ne peut ainsi utilement se prévaloir de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988, ni de celle des dispositions des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, s'agissant d'un point déjà traité par l'accord franco-tunisien, s'agissant de ce dernier article, ni invoquer utilement une erreur de droit au regard des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, pour le même motif.

6. Le requérant justifie avoir exercé deux emplois de plaquiste de fin novembre 2018 au 2 décembre 2022, puis un emploi de maçon jusqu'au 20 mars 2023, et avoir été ensuite employé par des entreprises d'intérim depuis le 1er décembre 2023 jusqu'au mois d'août 2024. Ces différents emplois occupés ne suffisent pas alors que, notamment, l'intéressé ne justifie d'aucune formation professionnelle particulière, à le faire regarder comme justifiant de motifs exceptionnels de nature à ce que le préfet mette en œuvre son pouvoir discrétionnaire de régularisation. Par ailleurs, le requérant ne justifie d'aucune présence continue sur le territoire français avant la fin du mois de novembre 2018. Il est célibataire et sans enfant à charge, et il ne justifie pas de liens anciens, stables et intenses sur le territoire français, ni être dépourvu d'attaches dans son pays d'origine. Au regard de l'ensemble de ces circonstances, les moyens soulevés par l'intéressé à l'encontre de la décision refusant de lui accorder un titre de séjour, et tirés de l'erreur manifeste d'appréciation au regard du pouvoir de régularisation dont dispose le préfet ainsi qu'au regard des conséquences sur sa situation personnelle, et de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, doivent être écartés.

7. Il résulte de tout ce qui précède que la requête doit être rejetée, y compris ses conclusions à fin d'injonction et celles relatives aux frais de l'instance et, dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions présentées par le préfet de l'Yonne au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par le préfet de l'Yonne au titre de l'article

L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet de l'Yonne.

Copie en sera adressée au ministre d'Etat, ministre de l'intérieur.

Délibéré après l'audience du 11 février 2025, à laquelle siégeaient :

M. Nicolet, président,

Mme Hascoët, première conseillère,

M. Cherief, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 février 2025.

Le président-rapporteur,

P. Nicolet

L'assesseur le plus ancien,

P. Hascoët

La greffière,

L. Curot

La République mande et ordonne au préfet de l'Yonne, en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière,lc

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