jeudi 12 décembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Dijon |
| Section | Tribunal Administratif de Dijon |
| N° Dossier | TA21-2403941 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 21 novembre 2024 et des mémoires complémentaires produits les 26 novembre, 1er décembre et 2 décembre 2024, M. B A demande au juge des référés :
1°) d'ordonner l'interruption des travaux actuellement entrepris pour le compte des services de l'Etat dans le cadre de l'opération de rénovation énergétique du bâtiment d'accueil de la sous-préfecture de Chalon-sur-Saône, en tant qu'ils portent sur l'installation de garde-corps métalliques non conformes aux prescriptions du permis de construire accordé par le préfet de Saône-et-Loire le 27 avril 2023 ;
2°) d'ordonner que soit joints au dossier de permis de construire un document technique attestant, avec plans, assurant la mise en œuvre de la prescription dont ce permis a été assortie, suivant les préconisations de l'architecte des bâtiments de France, en ce qui concerne la configuration des garde-corps ;
3°) d'ordonner la production d'un justificatif technique, avec plans comparatifs, attestant la conformité de la hauteur de l'ombrière aux prévisions du permis de construire ;
4°) de suspendre ce dernier en attendant la validation, par l'architecte des bâtiments de France, des solutions proposées dans le respect du règlement du plan de sauvegarde et de mise en valeur.
Il soutient que :
- sa requête exprime clairement ce qui est demandé et est recevable ;
- aucun délai ne lui est opposable en l'absence d'affichage régulier du permis de construire ;
- il n'entend pas contester le permis de construire lui-même, mais les conditions dans lesquelles les travaux sont exécutés ;
- ceux-ci font apparaître des garde-corps inamovibles et dépassant largement le futur platelage, alors que le permis de construire a été assorti d'une prescription, issue de l'avis de l'architecte des bâtiments de France, selon laquelle les garde-corps ne doivent pas être permanents ;
Par des mémoires enregistrés les 29 novembre et 10 décembre 2024, le préfet de Saône-et-Loire conclut, dans le dernier état de ses écritures, au non-lieu à statuer sur la requête de M. A.
Il fait valoir que :
- la requête a perdu son objet, dès lors que le défaut de conformité relevé sera corrigée de façon à limiter la hauteur de la résille au niveau de la traverse supérieure horizontale, sans installation de garde-corps ;
- la requête est irrecevable en ce qu'elle ne respecte pas le minimum de formalisme imposé par l'article R. 522-1 du code de justice administrative, en ce qu'aucun recours au fond n'a été déposé et en ce que la contestation du permis de construire litigieux est tardive, le panneau d'affichage ayant été mis en place le 2 novembre 2023 conformément aux exigences du code de l'urbanisme ;
- la condition d'urgence n'est pas remplie ;
- il n'est allégué d'aucune illégalité affectant le permis de construire, de sorte que la condition tenant à l'existence de moyens propres à faire naître un doute quant à la légalité de la décision attaquée n'est pas non plus remplie.
Par un mémoire enregistré le 11 décembre 2024, M. A demande au juge de référé de ne pas rendre une ordonnance de non-lieu à statuer mais de surseoir à statuer sur la requête.
Il indique prendre acte du correctif envisagé à l'effet de conformer l'ouvrage aux prévisions du permis de construire, mais s'interroge sur le mode opératoire envisagé et estime préférable de mettre la procédure contentieuse en attente plutôt que de juger qu'il n'y a plus lieu d'y statuer.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'urbanisme ;
- le code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. Par un arrêté du 27 avril 2023, le préfet de Saône-et-Loire a délivré au ministre de l'intérieur un permis de construire en vue de la rénovation énergétique d'un bâtiment dépendant de la sous-préfecture de Chalon-sur-Saône, assorti notamment, en son article 2, d'une prescription, reprise de l'avis de l'architecte des bâtiments de France, selon laquelle les garde-corps surmontant l'édifice ne devaient pas être permanents, mais installés uniquement lors des interventions en toiture ou remplacés par un dispositif de type " ligne de vie ". M. A, propriétaire d'un appartement dont les fenêtres donnent sur l'immeuble en cause, estime que les travaux en cours ne respectent pas la prescription mentionnée ci-dessus ou on pour effet de rehausser la construction par rapport aux prévisions du permis de construire.
2. Compte tenu des termes de la requête et des mémoires complémentaires déposés par M. A, et pour maladroite que soit la formulation de ses conclusions, en outre imprécises quant à la détermination du type d'action en référé qu'il a entendu engager, il y a lieu de considérer que son recours, qui ne vise manifestement pas à contester la légalité du permis de construire lui-même mais seulement la conformité des travaux entrepris aux prévisions de ce permis, et notamment à la prescription figurant à son article 2, tend à obtenir du juge des référés une mesure d'interruption ou de correction de ces travaux. Ce recours doit en conséquence être regardé, non comme un référé " suspension " régi par l'article L. 521-1 du code de justice administrative, ainsi que l'estime en défense le préfet de Saône-et-Loire, mais comme un référé " mesure utile " régi par l'article L. 521-3 de ce code.
3. Aux termes de cet article L. 521-3 : " En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative ". Saisi sur le fondement de cette disposition d'une demande tendant à ce qu'il prescrive une mesure dans un sens déterminé, le juge des référés doit veiller à ce que cette mesure présente effectivement un caractère d'urgence, ne se heurte à aucune contestation sérieuse, soit utile et ne contrarie pas la mise en œuvre d'une décision administrative exécutoire, même celle refusant la mesure demandée, à moins qu'il ne s'agisse de prévenir un péril grave.
4. Dans ses dernières écritures, le préfet de Saône-et-Loire indique que le maître d'ouvrage et le maître d'œuvre de l'opération, confirmant en cela les observations de M. A, ont convenu que, de fait, les poteaux métalliques installés dans la partie haute du bâtiment ne sont pas conformes au permis de construire, et qu'ils devaient être sectionnés de façon à ne pas excéder la hauteur prévue, sans par ailleurs être surmontés de garde-corps.
5. Si cette seule information, que ne corrobore aucun document, tel notamment un ordre de service ou un procès-verbal de réunion de chantier, ne peut suffire, par elle-même à faire juger que la requête de M. A a perdu son objet et à énoncer en conséquence qu'il n'y a pas lieu d'y statuer, elle impose du moins de considérer que, le défaut de conformité ayant été reconnu et des assurances ayant été données quant à la reprise de l'ouvrage, la condition d'urgence n'est pas remplie.
6. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit envisageable de surseoir à statuer eu égard à la nature même de l'action engagée, que la requête de M. A doit être rejetée.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A, à la ministre du logement et de la rénovation urbaine et au ministre de l'intérieur.
Copie en sera adressée au préfet de Saône-et-Loire.
Fait à Dijon, le 12 décembre 2024.
Le président du tribunal juge des référés,
D. ZUPAN
La République mande et ordonne à la ministre du logement et de la rénovation urbaine, en ce qui la concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
La greffière
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