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AccueilJurisprudence administrativeN° TA21-2403945

Tribunal Administratif de Dijon — Décision N° TA21-2403945

jeudi 20 février 2025

JuridictionTribunal Administratif de Dijon
SectionTribunal Administratif de Dijon
N° DossierTA21-2403945
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantBREY CÉLINE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 21 novembre 2024, Mme A G, représentée par Me Brey, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 18 octobre 2024 par lequel le préfet de la Côte-d'Or lui a refusé le séjour au titre de l'asile, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle est susceptible d'être reconduite d'office ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Côte-d'Or de lui délivrer un titre de séjour dans le délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil de la somme de 2 000 euros au titre des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

En ce qui concerne le moyen commun aux décisions attaquées :

- l'arrêté litigieux est entaché d'incompétence de l'auteur de l'acte ;

En ce qui concerne la décision portant refus de séjour au titre de l'asile :

- la décision méconnaît l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que les stipulations de l'article 3 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard du pouvoir général de régularisation du préfet et de la situation personnelle de la requérante ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

En ce qui concerne la décision d'obligation de quitter le territoire français :

- elle est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant refus de séjour ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation sur sa situation personnelle ;

En ce qui concerne la décision portant fixation du pays de renvoi :

- la décision fixant le pays de destination est illégale du fait de l'illégalité des décisions portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire français ;

- la décision méconnaît l'article L.721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que les stipulations de l'article 3 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 6 décembre 2024, le préfet de la Côte-d'Or conclut au rejet de la requête et à ce qu'il soit mis à la charge de la requérante le versement d'une somme de 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que l'ensemble des moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.

Mme G a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 2 décembre 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Philippe Nicolet, président-rapporteur,

- et les observations de Me Brey, représentant la requérante.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A G, ressortissante congolaise née le 23 janvier 1985, est entrée régulièrement sur le territoire français le 15 juillet 2023. Elle a sollicité la reconnaissance de la qualité de réfugié auprès de l'Office français protection des réfugiés et apatrides, qui a rejeté sa demande par une décision du 24 avril 2024, confirmée par la Cour nationale du droit d'asile le 30 septembre 2024. Par un arrêté du 18 octobre 2024, dont il est demandé l'annulation, le préfet de la Côte-d'Or lui a refusé le séjour au titre de l'asile, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle est susceptible d'être renvoyée d'office.

2. Dès lors que la requérante a obtenu en cours d'instance l'aide juridictionnelle totale, il n'y a pas lieu de statuer sur sa demande tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne le moyen commun aux décisions attaquées :

3. L'arrêté litigieux a été signé par Mme B D, cheffe du service de l'immigration et de l'intégration, investie à cet effet d'une délégation, en cas d'absence ou d'empêchement de M. F C, directeur de l'immigration et de la nationalité, en vertu d'un arrêté du préfet de la Côte-d'Or du 17 septembre 2024, publié le lendemain au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture, qui a été renouvelé par arrêté du 2 octobre 2024, publié le même jour au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture, de M. E, exerçant alors les fonctions de préfet de la Côte-d'Or en vertu de l'article 45 du décret du 29 avril 2004 relatif aux pouvoirs des préfets, et il ne ressort pas des pièces du dossier que M. C n'aurait pas été absent ou empêché à la date de l'arrêté attaqué. Le moyen tiré de l'incompétence de la signataire des décisions contestées manque en fait et doit, pour ce motif, être écarté.

En ce qui concerne la décision portant refus de séjour :

4. En premier lieu, la requérante ne saurait utilement faire valoir à l'encontre de la décision portant refus de séjour qu'elle craint pour sa sécurité en cas de retour dans son pays d'origine, la République démocratique du Congo, et que le préfet a commis une erreur de droit en s'abstenant de vérifier si la décision de refus de séjour en litige, qui ne fixe pas le pays de destination, ne méconnaissait pas les dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales alors qu'au demeurant la requérante, qui a vu sa demande d'asile rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides et la Cour nationale du droit d'asile, ne justifie pas de la réalité des risques personnels et actuels qu'elle encourrait en cas de retour dans son pays d'origine.

5. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossiers que le préfet de la Côte-d'Or se serait abstenu de procéder à un examen particulier de la situation de la requérante avant d'adopter la décision en litige.

6. En troisième lieu, la requérante, entrée sur le territoire français, très récemment, le 15 juillet 2023, n'établit pas de liens importants qu'elle aurait tissés en France ou qu'elle ferait preuve d'une intégration particulière sur le territoire français. Si l'intéressée, infirmière, se prévaut d'un diplôme d'hygiène hospitalière obtenu en 2017 à l'université de Toulouse, d'une attestation de bénévolat pour la Ligue contre le cancer, de la scolarisation de ses enfants sur le territoire français ainsi que de la présence de sa sœur titulaire d'une carte de résident, qui atteste de ses qualités humaines et qui, résidant à Nîmes, indique qu'elles se rencontrent durant les vacances, ces circonstances ne sont pas suffisantes pour établir que la requérante aurait le centre de ses intérêts privés et familiaux en France. En outre, la requérante n'établit pas davantage qu'elle serait isolée en cas de retour dans son pays d'origine où résident notamment ses parents, trois autres sœurs et un frère, et dont elle et ses enfants possèdent la nationalité. Par conséquent, la décision attaquée ne porte pas au droit de l'intéressée à une vie privée et familiale normale une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels elle a été adoptée. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision attaquée méconnaîtrait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté, ainsi que le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation au regard du pouvoir de régularisation dont dispose le préfet et au regard des conséquences de la décision contestée sur sa situation personnelle.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

7. La décision de refus de séjour n'encourant pas la censure du tribunal, il est en vain excipé de son illégalité à l'appui des conclusions dirigées contre la décision d'obligation de quitter le territoire français.

8. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ne peut qu'être écarté comme inopérant dès lors que la décision d'éloignement ne fixe pas le pays de destination.

9. Pour les mêmes motifs que ceux mentionnés au point 6 du présent jugement, la requérante n'est pas fondée à soutenir que la décision d'obligation de quitter le territoire français méconnaîtrait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ni qu'elle serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de ses conséquences sur sa situation personnelle.

En ce qui concerne la décision portant fixation du pays de renvoi :

10. En premier lieu, la décision de refus de séjour et la décision d'obligation de quitter le territoire n'encourant pas la censure du tribunal, il est en vain excipé de leur illégalité à l'appui des conclusions dirigées contre la décision de fixation du pays de renvoi.

11. En second lieu, aux termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ". Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

12. La requérante soutient que son retour en République démocratique du Congo l'exposerait à des traitements contraires aux textes précités dès lors qu'elle risquerait des représailles de la part de son ancienne supérieure hiérarchique avec qui elle rencontrait des difficultés et qu'elle aurait fait l'objet de plusieurs menaces, d'une tentative d'enlèvement et du vol de son véhicule. Toutefois, la requérante, dont la demande d'asile a au demeurant été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides puis par la Cour nationale du droit d'asile, n'établit pas la réalité des risques personnels auxquels elle serait exposée actuellement et personnellement en cas de retour dans son pays d'origine. Dans ces conditions, le moyen tiré de la violation des textes précités doit être écarté.

13. Il résulte de tout ce qui précède que le surplus des conclusions de la requête doit être rejeté, y compris les conclusions à fin d'injonction et celles présentées au titre des frais de l'instance. Et dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre une somme à la charge de la requérante au titre des frais de l'instance.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur la demande de Mme G tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme G est rejeté.

Article 3 : Les conclusions présentées par le préfet de la Côte-d'Or au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme G, au préfet de la Côte-d'Or et à Me Brey

Copie en sera adressée au ministre d'Etat, ministre de l'intérieur.

Délibéré après l'audience du 21 janvier 2025 à laquelle siégeaient :

- M. Nicolet, président,

- Mme Hascoët, première conseillère,

- M. Cherief, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 février 2025.

Le Président-rapporteur,

P. Nicolet

L'assesseure la plus ancienne,

P. Hascoët La greffière,

L. Curot

La République mande et ordonne au préfet de la Côte-d'Or en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière

lc

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