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AccueilJurisprudence administrativeN° TA21-2404023

Tribunal Administratif de Dijon — Décision N° TA21-2404023

mardi 3 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Dijon
SectionTribunal Administratif de Dijon
N° DossierTA21-2404023
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Dijon, statuant en référé, rejette la demande de suspension de l'arrêté préfectoral du 26 septembre 2024 qui suspendait le permis de conduire de M. A pour sept mois suite à une conduite en état alcoolique (taux de 2g/L de sang). Le juge estime que la condition d'urgence n'est pas remplie, car le risque de licenciement invoqué par le requérant n'est qu'une éventualité et que l'intérêt public de la sécurité routière, compte tenu de la gravité de l'infraction, prime. La requête est rejetée sur le fondement des articles L. 521-1 et L. 522-3 du code de justice administrative.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 29 novembre 2024, M. B A, représenté par Me Flandin, demande au juge des référés :

1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de l'arrêté, en date du 26 septembre 2024, par lequel le préfet de Saône-et-Loire a suspendu la validité de son permis de conduire pour une durée de sept mois ;

2°) d'enjoindre au préfet de Saône-et-Loire de lui restituer son permis de conduire ou, subsidiairement, de réexaminer sa situation et de lui notifier, dans les quinze jours suivant la notification de l'ordonnance à venir, un nouvel arrêté suspendant ce permis pour une durée maximale de quatre mois ;

3°) de condamner l'Etat à lui verser la somme de 1 800 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'urgence est caractérisée, la décision en litige mettant en péril sa situation professionnelle, laquelle constitue sa seule source de revenus ;

- il est fait état de moyens propres à créer un doute sérieux quant à la légalité de l'arrêté attaqué, lequel fixe une durée de suspension excessive, compte tenu de son comportement routier jusqu'alors exemplaire, et procède ainsi d'une erreur d'appréciation au regard du principe de proportionnalité des actes administratifs.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête au fond enregistrée le 19 novembre 2024 sous le n° 2403906.

Vu :

- le code de la route ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. A demande pour la seconde fois au juge des référés d'ordonner la suspension de l'exécution de l'arrêté, en date du 26 septembre 2024, par lequel le préfet de Saône-et-Loire a suspendu la validité de son permis de conduire pour une durée de sept mois en raison d'une infraction relevée contre lui la veille au soir à Chamforgeuil.

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ". Selon l'article L. 522-1 du même code : " Le juge des référés statue au terme d'une procédure contradictoire écrite ou orale. Lorsqu'il lui est demandé de prononcer les mesures visées aux articles L. 521-1 et L. 521-2, de les modifier ou d'y mettre fin, il informe sans délai les parties de la date et de l'heure de l'audience publique () ". Aux termes, cependant, de l'article L. 522-3 : " Lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article L. 522-1 ". Enfin, le premier alinéa de l'article R. 522-1 dispose : " La requête visant au prononcé de mesures d'urgence doit () justifier de l'urgence de l'affaire " ;

3. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre ; qu'il appartient au juge des référés, saisi d'une demande tendant à la suspension d'une telle décision, d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si ses effets sur la situation de ce dernier ou, le cas échéant, des personnes qui sont tributaires de lui, caractérisent une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. L'urgence, en outre, doit être évaluée de manière objective et globale, en fonction de l'ensemble des circonstances de l'affaire, y compris la préservation des intérêts publics attachés à la mesure litigieuse.

4. M. A, qui exerce sous contrat à durée indéterminée le métier de " technicien clientèle " au sein de la société Tetra Pack, entreprise industrielle de conditionnement alimentaire, fait valoir que la décision contestée l'expose à la perte de cet emploi, lequel exige de multiples déplacements dans toute la France. Toutefois, si son employeur a établi une attestation relevant que le covoiturage mis en place pour permettre la poursuite des missions qui lui sont confiées crée une charge importante pour l'entreprise et trouble son fonctionnement, ce document, pour autant, n'exclut pas formellement de maintenir ce dispositif durant encore quelques mois et n'envisage le licenciement qu'à titre d'éventualité. Dans ces conditions, et compte tenu par ailleurs, d'une part, du délai de jugement relativement bref observé dans le contentieux du permis de conduire, d'autre part et surtout, de l'intérêt public qui s'attache à la préservation de la sécurité routière, avec laquelle est incompatible le comportement routier de M. A, verbalisé pour avoir pris le volant sous l'empire d'un état alcoolique, avec un taux d'alcool de 0,98 milligrammes par litre d'air expiré, représentant environ 2 grammes d'alcool par litre de sang, soit quatre fois le seuil réglementaire, la condition d'urgence ne peut être regardée comme remplie.

5. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur l'existence de moyens propres à susciter un doute sérieux quant à la légalité de l'arrêté attaqué, que la requête de M. A doit être rejeté selon la modalité prévue par l'article L. 522-3 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A.

Copie en sera adressée pour information, au préfet de Saône-et-Loire.

Fait à Dijon, le 3 décembre 2024.

Le président du tribunal,

juge des référés,

David Zupan

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

La greffière

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