mardi 17 décembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Dijon |
| Section | Tribunal Administratif de Dijon |
| N° Dossier | TA21-2404047 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | JU REFERE ETRANGERS 15 JOURS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 2 et 16 décembre 2024, M. A D, alors détenu au centre pénitentiaire de Varennes-le-Grand, représenté par Me Mendel, demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 25 novembre 2024 par lequel le préfet de Saône-et-Loire l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de cinq ans.
M. D soutient que :
- la décision attaquée est entachée d'un vice d'incompétence ;
- la décision attaquée est entachée d'une erreur de droit, méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle.
Par un mémoire en défense, enregistré le 5 décembre 2024, le préfet de Saône-et-Loire conclut au rejet de la requête.
Le préfet soutient que les moyens invoqués ne sont pas fondés.
Par une lettre enregistrée le 5 décembre 2024, le préfet de Saône-et-Loire a décidé, en application de l'article D. 215-27 du code pénitentiaire, de ne pas procéder à l'extraction de M. D en vue de sa présence à l'audience du 17 décembre 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Blacher, premier conseiller, en application des dispositions de l'article R. 776-15 du code de justice administrative.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Blacher, magistrat désigné,
- les observations de Me Solary, substituant Me Mendel, représentant M. D, qui conclut aux mêmes fins que la requête, par les mêmes moyens.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, à 11h11.
Considérant ce qui suit :
1. M. D, ressortissant de nationalité kosovare né le 2 juin 1995, est entré en France en 2008, alors qu'il était mineur. L'intéressé, qui s'est vu reconnaître le statut de réfugié dans le cadre de l'unité familiale, ses parents ayant été reconnus réfugiés à titre principal, a bénéficié d'une carte de résident valable du 28 février 2012 au 27 février 2022. Le 22 février 2022, M. D a sollicité le renouvellement de sa carte de résident auprès de la préfecture des Ardennes, demande ayant fait l'objet d'un rejet implicite. Par une décision du 16 décembre 2022, le directeur général de l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides (OFPRA) a mis fin au statut de réfugié de l'intéressé en application du 1er alinéa de l'article L. 511-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 25 novembre 2024, le préfet de Saône-et-Loire l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de cinq ans. Le requérant demande l'annulation de cet arrêté.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. En premier lieu, en vertu d'un arrêté du 5 novembre 2024, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture du même jour, le préfet de Saône-et-Loire a donné délégation à Mme C E, directrice de la citoyenneté et de la légalité, à l'effet de signer notamment les arrêtés d'obligation de quitter le territoire français avec ou sans délai de départ volontaire, les arrêtés fixant le pays de renvoi et les arrêtés relatifs aux interdictions de retour sur le territoire français. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte manque en fait et doit être écarté.
3. En second lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
4. M. D fait valoir qu'il réside en France depuis plus de seize ans, que sa famille réside en France et qu'il a pu constituer un foyer avec Mme B et leurs cinq enfants, qu'en dépit de sa condamnation, isolée, pour violences conjugales, sa compagne a décidé de le pardonner et de reprendre une vie commune et qu'il est parfaitement inséré professionnellement en ce qu'il possédait un garage à Charleville-Mézières avant son incarcération et produit une promesse d'embauche. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que, contrairement à ce qu'il indique, M. D a fait l'objet de plusieurs condamnations, donnant lieu à des peines d'amende pour des délits routiers en 2016 et 2019, à une peine d'emprisonnement de six mois avec sursis en 2019 pour des faits, commis en 2017, d'usage illicite de stupéfiants et violences conjugales et enfin à une peine d'emprisonnement de vingt-quatre mois, dont douze mois avec sursis, en mai 2024 pour des faits, commis en récidive, de violences conjugales sur Mme B, alors enceinte du cinquième enfant du couple. Le jugement correctionnel du 21 mai 2024 est en outre assorti d'une interdiction d'entrer en contact avec Mme B et de paraître au domicile de cette dernière situé à Chalon-sur-Saône, ainsi que d'un retrait de l'autorité parentale sur ses quatre enfants nés à la date du jugement. Ces éléments entrent en contradiction directe avec la reprise alléguée d'une vie commune avec Mme B, le requérant ayant par ailleurs indiqué qu'il résiderait chez son frère à Toulouse à l'issue de son incarcération, démontrant par là-même qu'il ne peut utilement se prévaloir de l'activité professionnelle qu'il exerçait auparavant à Charleville-Mézières, au demeurant non établie par les pièces du dossier. De même, le requérant ne peut utilement se prévaloir d'une promesse d'embauche postérieure à la date de la décision attaquée. Enfin, alors que l'intéressé n'établit pas la nature et l'intensité des liens avec son frère présent sur le territoire français, il ne démontre pas être dépourvu de liens personnels et familiaux dans son pays d'origine. Dans ces conditions, en dépit de la durée de présence en France de l'intéressé, le préfet n'a pas porté au droit de M. D au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels la décision a été prise. Par suite, les moyens, tirés de l'erreur de droit, de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation des conséquences de la décision sur sa situation personnelle, doivent être écartés.
5. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté attaqué du 25 novembre 2024 doivent être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête n° 2404047 de M. D est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A D et au préfet de Saône-et-Loire.
Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 décembre 2024.
Le magistrat désigné,
S. Blacher La greffière,
S. Kieffer
La République mande et ordonne au préfet de Saône-et-Loire, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
La greffière
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