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AccueilJurisprudence administrativeN° TA21-2404051

Tribunal Administratif de Dijon — Décision N° TA21-2404051

jeudi 12 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Dijon
SectionTribunal Administratif de Dijon
N° DossierTA21-2404051
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Avocat requérantBOUGHLITA SABIRA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 2 décembre 2024, Mme B C née A, représentée par Me Boughlita, avocate, demande au juge des référés :

1°) d'ordonner, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de l'arrêté du 22 octobre 2024 portant expulsion du territoire français et de l'arrêté fixant le pays de renvoi en date du 13 novembre 2024, tous arrêtés pris par le préfet de la Côte d'Or ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Côte d'Or de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler dans l'attente du jugement au fond ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Mme C née A soutient que :

- la condition d'urgence est remplie dès lors qu'elle est expulsable à tout moment, qu'elle ne peut exercer son emploi et est privée de revenus, et qu'elle est privée du droit de mener une vie normale auprès de son conjoint français ;

- elle peut justifier de l'existence de moyens sérieux d'annulation, et tenant à ce qu'il y a incompétence des signataires des arrêtés contestés ; à ce qu'il y a insuffisance de motivation ; à ce qu'il y a erreur d'appréciation ; à ce qu'il y a violation des dispositions des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 10 décembre 2024, le préfet de la Côte d'Or, représenté par Me Rannou, conclut au rejet.

Il fait valoir que l'urgence n'est pas établie et que les moyens soulevés ne sont pas de nature à entraîner l'annulation des décisions contestées.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête n° 2403998, enregistrée le 27 novembre 2024, tendant à l'annulation des décisions susmentionnées.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a, par une décision du 11 janvier 2024, désigné M. D pour exercer les fonctions de juge des référés au titre du livre V du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique qui s'est tenue le 10 décembre 2024 en présence de Mme Kieffer, greffière, M. D a lu son rapport et entendu les observations de Me Boughlita, représentant Mme C, née A et de Me Martin, substituant Me Rannou, représentant le préfet de la Côte d'Or.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C née A, est entrée en France le 8 février 2004 et a été été mise en possession de carte de séjour temporaire en qualité de conjoint de français et de cartes de séjour temporaire mention " vie privée et familiale ". Elle a épousé le 2 septembre 2017 M. C. Elle a fait l'objet d'une condamnation par la cour d'appel de Dijon le 9 juin 2016 pour des faits d'agression sexuelle sur mineur de moins de quinze ans par une personne ayant autorité sur la victime, de violence sans incapacité sur mineur de quinze ans par une ascendant ou personne ayant autorité sur la victime et de violence avec usage ou menace d'une arme sans incapacité, faits commis entre le 1er janvier 2004 et le 31 décembre 2010. Par un arrêté en date du 22 octobre 2024, le préfet de la Côte d'Or a prononcé son expulsion du territoire français. Par un arrêté en date du 13 novembre 2024, le préfet de la Côte d'Or a fixé le pays de renvoi. Par une requête n° 2403998, enregistrée le 27 novembre 2024, Mme C née A a demandé l'annulation de ces décisions. Par la présente requête, elle demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, d'en suspendre l'exécution.

Sur les conclusions tendant à la suspension de l'exécution de la décision contestée :

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".

3. En premier lieu, compte-tenu de l'arrêté de délégation de signature en date du 2 octobre 2024 produit par le préfet de la Côte d'Or, le moyen tiré de l'incompétence des signataires des arrêtés contestés n'apparait pas, en l'état du dossier, de nature à entrainer l'annulation des décisions contestées.

4. En deuxième lieu, eu égard aux termes des décisions attaquées, qui font état de la condamnation prononcée à l'encontre de la requérante, des conditions de son entrée en France, de sa situation familiale, et de l'avis de la commission d'expulsion dont le préfet s'approprie la teneur, le moyen tiré du défaut de motivation de la décision contestée n'apparait pas, en l'état du dossier, de nature à entrainer l'annulation des décisions contestées.

5. En troisième lieu, eu égard à la gravité des faits pour lesquels Mme C née A a été condamnée pénalement, à savoir agression sexuelle sur un mineur de quinze ans par personne ayant autorité, violence sans incapacité sur un mineur de quinze ans par personne ayant autorité, violence avec menace d'une arme sans incapacité, eu égard également à l'avis de la commission d'expulsion qui relève que l'intéressée peine à convaincre d'une prise de conscience suffisante de la gravité de ses agissements et s'interroge sur l'éventualité de nouveaux passages à l'acte, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation n'apparait pas, en l'état du dossier, de nature à entrainer l'annulation des décisions contestées.

6. En dernier lieu, pour les motifs que ci-dessus, le moyen tiré de la violation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales n'apparait pas, en l'état du dossier, de nature à entrainer l'annulation des décisions contestées. S'agissant de la violation de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, Mme C née A ne fait état d'aucun risque de traitements contraires à ces stipulations, se bornant à rappeler des sévices subis jadis du fait du régime des Khmers rouges.

7. Il résulte de ce qui précède que Mme C née A n'est fondée à demander la suspension de l'exécution des arrêtés susmentionnés du préfet de la Côte d'Or. Il s'ensuit que sa requête doit être rejetée, y compris les conclusions en injonction et celles tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

ORDONNE :

Article 1er : La requête de Mme C née A est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme B C née A et au préfet de la Côte d'Or. Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur.

Fait à Dijon le 12 décembre 2024.

Le juge des référés,

P. D

La République mande et ordonne au préfet de la Côte d'Or, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Le greffier,

2404051

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