jeudi 15 mai 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de Dijon |
| Section | Tribunal Administratif de Dijon |
| N° Dossier | TA21-2404059 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | CABINET CLEMANG |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 2 décembre 2024 et un mémoire enregistré le 9 avril 2025, M. A B, représenté par Me Clemang, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 22 octobre 2024 par lequel le préfet de la Côte-d'Or a décidé de l'expulser du territoire français ;
2°) d'annuler l'arrêté du 20 novembre 2024 portant assignation à résidence pour une durée de six mois ;
3°) d'annuler l'arrêté du 20 novembre 2024 fixant le pays de destination ;
4°) d'enjoindre au préfet de la Côte-d'Or de réexaminer sa situation et de lui délivrer un titre de séjour l'autorisant à travailler au titre de sa vie privée et familiale ;
5°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la décision d'expulsion est insuffisamment motivée et n'a pas été précédée d'un examen complet de sa situation personnelle ;
- elle a été prise au terme d'une procédure irrégulière, le directeur départemental de l'action sanitaire et sociale n'ayant pas été entendu par la commission d'expulsion, le procès-verbal de la séance ne lui ayant pas été notifié et l'audience devant cette commission n'ayant pas été publique ;
- le collège des médecins de l'office français de l'intégration et de l'immigration n'a pas été consulté ;
- la décision d'expulsion est entachée d'erreur de droit, dès lors qu'elle ne se fonde que sur les condamnations pénales dont il a fait l'objet et ne prend pas en considération son état de santé, en méconnaissance du 5° de l'article L. 631-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile , ni l'évolution de sa situation, et notamment le suivi psychiatrique et sa formation professionnelle, qui permettent d'envisager une insertion professionnelle au sein de la société française ;
- elle est entachée d'erreur de fait, d'erreur d'appréciation et a été prise en violation des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la décision d'assignation à résidence est illégale par voie d'exception d'illégalité de la décision d'expulsion ;
- les modalités de pointage sont manifestement excessives ;
- l'arrêté fixant le pays de renvoi est illégal par voie d'exception d'illégalité de la décision d'expulsion ;
- il a été pris en violation des dispositions de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et des dispositions de l'article L.721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Par un mémoire en défense, enregistré le 6 janvier 2025, le préfet de la Côte-d'Or représenté par Me Rannou, conclut au rejet de la requête et demande au tribunal de mettre à la charge de M. B une somme de 500 euros de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement convoquées à l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme C,
- les conclusions de Mme Ach, rapporteure publique ;
- les observations de Me Clemang, représentant M. B.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, ressortissant algérien né en 1995, est entré en France en 2007 en compagnie de sa mère et de sa sœur. Il a fait l'objet, de 2014 à 2023, de neuf condamnations à des peines allant jusqu'à deux ans d'emprisonnement pour des faits, notamment de vol, violences, conduite sans permis, refus d'obtempérer et trafic de stupéfiants. Par arrêtés des 22 octobre 2024 et 20 novembre 2024, dont il demande l'annulation, le préfet de la Côte-d'Or a, respectivement, décidé de l'expulser du territoire français, l'a assigné à résidence pour une durée de six mois et a fixé l'Algérie comme pays de destination.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
2. Aux termes de l'article L.631-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut décider d'expulser un étranger lorsque sa présence en France constitue une menace grave pour l'ordre public, sous réserve des conditions propres aux étrangers mentionnés aux articles L. 631-2 et L. 631-3 ". Et aux termes de l'article L. 631-3 du même code : " Ne peut faire l'objet d'une décision d'expulsion qu'en cas de comportements de nature à porter atteinte aux intérêts fondamentaux de l'Etat, dont la violation délibérée et d'une particulière gravité des principes de la République énoncés à l'article L. 412-7, ou liés à des activités à caractère terroriste, ou constituant des actes de provocation explicite et délibérée à la discrimination, à la haine ou à la violence contre une personne déterminée ou un groupe de personnes : 1° L'étranger qui justifie par tous moyens résider habituellement en France depuis qu'il a atteint au plus l'âge de treize ans ; ()5° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier d'un traitement approprié. (). /Par dérogation au présent article, peut faire l'objet d'une décision d'expulsion en application de l'article L. 631-1 l'étranger mentionné aux 1° à 5° du présent article lorsqu'il a déjà fait l'objet d'une condamnation définitive pour des crimes ou délits punis de cinq ans ou plus d'emprisonnement ou de trois ans en réitération de crimes ou délits punis de la même peine. () ". Aux termes de l'article R.631-1 du même code : " L'autorité administrative constate l'état de santé de l'étranger défini au 5° de l'article L. 631-3 dans les conditions prévues aux articles R. 611-1 et R. 611-2. ". Et aux termes de l'article R. 611-1 du même code : " Pour constater l'état de santé de l'étranger mentionné au 9° de l'article L. 611-3, l'autorité administrative tient compte d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. () ".
3. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que M. B est atteint depuis son enfance d'une tachycardie ventriculaire catécholergique, pour laquelle il a été appareillé d'un défibrillateur et qui le contraint à prendre quotidiennement et à vie des bêta-bloquants. Il ressort des pièces produites que le traitement qu'il suit est indispensable à son état de santé et n'est pas disponible en Algérie, ainsi qu'en atteste notamment un certificat établi par un cardiologue algérien établi en décembre 2024. Dès lors qu'il justifie d'éléments suffisamment précis sur la nature et la gravité des troubles dont il souffre, M. B est fondé à soutenir que le préfet de la Côte-d'Or ne pouvait statuer sur sa situation sans avoir au préalable recueilli l'avis du collège des médecins de de l'Office français de l'immigration et de l'intégration.
4. En second lieu, il ressort des pièces du dossier que le préfet de la Côte-d'Or avait connaissance de l'état de santé de l'intéressé, dont la pathologie avait été décrite par son conseil lors de la séance de la commission d'expulsion. Pour autant, la décision d'expulsion se borne sur ce point à recopier l'avis de la commission d'expulsion, sans se l'approprier. M. B est par suite fondé à soutenir que la décision d'expulsion est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation.
5. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que M. B est fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 22 octobre 2024 par lequel le préfet de la Côte-d'Or a décidé de l'expulser du territoire français ; par voie de conséquence, il est également fondé à demander l'annulation des arrêtés du 20 novembre 2024 prononçant son assignation à résidence pour une durée de six mois et fixant le pays de destination.
Sur les conclusions en injonction
6. L'exécution du présent jugement n'implique pas la délivrance d'un titre de séjour, mais que le préfet de la Côte-d'Or procède au réexamen de la situation de M. B dans un délai de deux mois à compter de la notification de ce jugement et lui délivre durant ce réexamen une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler.
Sur les frais liés au litige
7. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de M. B, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, le versement de quelque somme que ce soit au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
8. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros à verser à M. B au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
DÉCIDE :
Article 1er : Les arrêtés des 22 octobre 2024 et 20 novembre 2024 du préfet de la Côte-d'Or sont annulés.
Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Côte-d'Or de procéder au réexamen de la situation de
M. B dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et de lui délivrer durant ce réexamen une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler.
Article 3 : L'Etat versera une somme de 1 000 euros à M. B au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Les conclusions présentées par le préfet de la Côte-d'Or sur le fondement de l'article
L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet de la Côte-d'Or.
Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et, en application de l'article R. 751-10 du code de justice administrative, au procureur de la République près le tribunal judiciaire de Dijon.
Délibéré après l'audience du 16 avril 2025, à laquelle siégeaient :
M. Olivier Rousset, président,
Mme Marie-Eve Laurent, première conseillère,
Mme Céline Frey, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 mai 2025.
La rapporteure,
M-E C
Le président,
O. Rousset
La greffière,
M. D
La République mande et ordonne au préfet de la Côte-d'Or en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026