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AccueilJurisprudence administrativeN° TA21-2404359

Tribunal Administratif de Dijon — Décision N° TA21-2404359

mercredi 15 janvier 2025

JuridictionTribunal Administratif de Dijon
SectionTribunal Administratif de Dijon
N° DossierTA21-2404359
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationJU REFERE ETRANGERS 15 JOURS
Avocat requérantSI HASSEN MYRIAM

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 26 décembre 2024, Mme A B, représentée par Me Si Hassen, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 20 décembre 2024 par lequel le préfet du Doubs a décidé de la remettre aux autorités suédoises en vue de l'examen de sa demande d'asile ;

2°) d'annuler l'arrêté du 20 décembre 2024 par lequel le préfet du Doubs l'a assignée à résidence dans le département de la Nièvre pour une durée de quarante-cinq jours ;

3°) d'enjoindre au préfet du Doubs de lui délivrer une attestation de demande d'asile " en procédure normale " dans un délai de huit jours à compter de la notification du jugement et, à défaut, de procéder au réexamen de sa situation dans un délai d'un mois ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application des dispositions combinées du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Mme B soutient que :

- l'arrêté de transfert méconnaît les dispositions des articles 4 et 5 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 ;

- l'arrêté de transfert est entaché d'une erreur de fait dès lors que le préfet n'a pas saisi les autorités suédoises et n'a pas reçu un accord de ces mêmes autorités et a méconnu l'article 12.4 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 ;

- l'arrêté de transfert méconnaît l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 ;

- l'arrêté d'assignation à résidence est entaché d'une insuffisance de motivation et est illégal par voie de conséquence de l'illégalité entachant l'arrêté de transfert.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 2 et 9 janvier 2025, le préfet du Doubs conclut au rejet de la requête.

Le préfet soutient que les moyens soulevés par Mme B ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le règlement (CE) n° 1560/2003 de la Commission du 2 septembre 2003 modifié ;

- le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 établissant les critères et mécanismes de détermination de l'Etat membre responsable de l'examen d'une demande de protection internationale introduite dans l'un des Etats membres par un ressortissant de pays tiers ou un apatride ;

- le règlement d'exécution (UE) n° 118/2014 de la commission du 30 janvier 2014 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Boissy, président, pour statuer sur les litiges relevant de l'article R. 776-15 du code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Boissy pour statuer sur les requêtes relevant des procédures régies par les articles L. 921-1 à L. 922-3 et R. 921-1 à R. 922-28 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement convoquées à l'audience.

Au cours de l'audience publique, M. Boissy a lu son rapport et entendu les observations de Me Si Hassen pour Mme B.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, ressortissante congolaise née en 1998 et entrée irrégulièrement en France à une date indéterminée, s'est présentée le 3 décembre 2024 devant les services de la préfecture de la Côte-d'Or pour solliciter son admission provisoire au séjour afin de saisir l'Office de protection des réfugiés et apatrides d'une demande de protection internationale. Par des arrêtés du 20 décembre 2024, le préfet du Doubs, d'une part, a décidé de remettre l'intéressée aux autorités suédoises et, d'autre part, l'a assignée à résidence pour une durée de quarante-cinq jours. Mme B demande l'annulation de ces arrêtés.

Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes du premier alinéa l'article 20 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ".

3. La requête de Mme B présente les caractéristiques de l'urgence prévue par les dispositions citées au point 2. Il y a donc lieu d'admettre, à titre provisoire, la requérante au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne les conclusions dirigées contre l'arrêté de transfert :

4. En premier lieu, aux termes de l'article 4 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 : " Droit à l'information / 1. Dès qu'une demande de protection internationale est introduite au sens de l'article 20, paragraphe 2, dans un Etat membre, ses autorités compétentes informent le demandeur de l'application du présent règlement, et notamment : / a) des objectifs du présent règlement et des conséquences de la présentation d'une autre demande dans un Etat membre différent ainsi que des conséquences du passage d'un Etat membre à un autre pendant les phases au cours desquelles l'Etat membre responsable en vertu du présent règlement est déterminé et la demande de protection internationale est examinée ; / b) des critères de détermination de l'Etat membre responsable, de la hiérarchie de ces critères au cours des différentes étapes de la procédure et de leur durée, y compris du fait qu'une demande de protection internationale introduite dans un Etat membre peut mener à la désignation de cet Etat membre comme responsable en vertu du présent règlement même si cette responsabilité n'est pas fondée sur ces critères ; / c) de l'entretien individuel en vertu de l'article 5 et de la possibilité de fournir des informations sur la présence de membres de la famille, de proches ou de tout autre parent dans les Etats membres, y compris des moyens par lesquels le demandeur peut fournir ces informations ; / d) de la possibilité de contester une décision de transfert et, le cas échéant, de demander une suspension du transfert ; / e) du fait que les autorités compétentes des Etats membres peuvent échanger des données le concernant aux seules fins d'exécuter leurs obligations découlant du présent règlement ; / f) de l'existence du droit d'accès aux données le concernant et du droit de demander que ces données soient rectifiées si elles sont inexactes ou supprimées si elles ont fait l'objet d'un traitement illicite, ainsi que des procédures à suivre pour exercer ces droits, y compris des coordonnées des autorités visées à l'article 35 examiner les réclamations relatives à la protection des données à caractère personnel. / 2. Les informations visées au paragraphe 1 sont données par écrit, dans une langue que le demandeur comprend ou dont on peut raisonnablement supposer qu'il la comprend. Les Etats membres utilisent la brochure commune rédigée à cet effet en vertu du paragraphe 3. () / 3. La Commission rédige, au moyen d'actes d'exécution, une brochure commune (), contenant au minimum les informations visées au paragraphe 1 du présent article. () La brochure commune est réalisée de telle manière que les Etats membres puissent y ajouter des informations spécifiques aux Etats membres () ". Le modèle de cette brochure commune figure sous l'annexe X au règlement n° 118/2014 du 30 janvier 2014. Aux termes de l'article 5 du même règlement : " 1. Afin de faciliter le processus de détermination de l'État membre responsable, l'État membre procédant à cette détermination mène un entretien individuel avec le demandeur. Cet entretien permet également de veiller à ce que le demandeur comprenne correctement les informations qui lui sont fournies conformément à l'article 4 (). / 4. L'entretien individuel est mené dans une langue que le demandeur comprend ou dont on peut raisonnablement supposer qu'il la comprend et dans laquelle il est capable de communiquer. Si nécessaire, les États membres ont recours à un interprète capable d'assurer une bonne communication entre le demandeur et la personne qui mène l'entretien individuel. / 5. L'entretien individuel a lieu dans des conditions garantissant dûment la confidentialité. Il est mené par une personne qualifiée en vertu du droit national () ".

5. Il ressort des pièces du dossier que le préfet de la Côte-d'Or a remis à Mme B, le 3 décembre 2024, la brochure commune en langue française, qu'elle a déclarée comprendre, qu'un entretien individuel avec l'intéressée a été conduit, le même jour, avec un agent qualifié de la préfecture et qu'à l'issue de cet entretien Mme B en a signé un résumé. Les moyens tirés de la violation des articles 4 et 5 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013 doivent par suite être écartés.

6. En deuxième lieu, en application de l'article 12 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013, lorsqu'un Etat membre a délivré à un étranger des visas, périmés depuis moins de six mois, qui lui ont effectivement permis d'entrer sur le territoire d'un État membre et que cet étranger n'a pas quitté le territoire des États membres, cet Etat est responsable de l'examen de sa demande de protection internationale. L'article 20 de ce même règlement dispose que : " 1. Le processus de détermination de l'État membre responsable commence dès qu'une demande de protection internationale est introduite pour la première fois auprès d'un État membre. / 2. Une demande de protection internationale est réputée introduite à partir du moment où un formulaire présenté par le demandeur ou un procès-verbal dressé par les autorités est parvenu aux autorités compétentes de l'État membre concerné. Dans le cas d'une demande non écrite, le délai entre la déclaration d'intention et l'établissement d'un procès-verbal doit être aussi court que possible () ". Aux termes de l'article 21 de ce règlement : " 1. L'État membre auprès duquel une demande de protection internationale a été introduite et qui estime qu'un autre État membre est responsable de l'examen de cette demande peut, dans les plus brefs délais et, en tout état de cause, dans un délai de trois mois à compter de la date de l'introduction de la demande au sens de l'article 20, paragraphe 2, requérir cet autre État membre aux fins de prise en charge du demandeur () ".

7. D'une part, la requérante n'a produit ni le passeport qu'elle a utilisé pour se rendre en Suède ni le passeport qu'elle aurait utilisé pour se rendre en France. Dès lors, compte tenu des seuls documents qui sont versés au dossier par les parties - et en particulier le document " Visabio ", les attestations et les informations équivoques figurant dans le résumé de l'entretien -, il n'est pas établi que Mme B, après avoir obtenu un visa de la part des autorités suédoises valable du 10 mai au 8 juin 2024, serait effectivement retournée au Congo le 22 mai 2024 après avoir suivi, en Suède, une formation sur la " restauration forestière " et serait ensuite revenue directement en France. Dans ces conditions, l'intéressée est réputée être entrée en France, le 3 décembre 2024 au plus tard, sans avoir quitté l'un des territoires de l'Union européenne. D'autre part, il ressort des pièces du dossier que le préfet justifie avoir saisi les autorités suédoises d'une requête aux fins de prise en charge de la demande de protection internationale de Mme B, le 9 décembre 2024, et que les autorités suédoises ont accepté cette prise en charge le 11 décembre 2024. La requérante n'est dès lors pas fondée à soutenir que le préfet du Doubs aurait commis une erreur de fait et méconnu les articles 12, 20 et 21 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013.

8. En dernier lieu, aux termes de l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 : " 1. Par dérogation à l'article 3, paragraphe 1, chaque État membre peut décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans le présent règlement (). / 2. L'État membre dans lequel une demande de protection internationale est présentée et qui procède à la détermination de l'État membre responsable, ou l'État membre responsable, peut à tout moment, avant qu'une première décision soit prise sur le fond, demander à un autre État membre de prendre un demandeur en charge pour rapprocher tout parent pour des raisons humanitaires fondées, notamment, sur des motifs familiaux ou culturels, même si cet autre État membre n'est pas responsable au titre des critères définis aux articles 8 à 11 et 16. Les personnes concernées doivent exprimer leur consentement par écrit ".

9. Il ne ressort pas des pièces du dossier, et en particulier de la seule circonstance que Mme B aurait commencé un suivi médical en France pour soigner une anémie, que le préfet du Doubs, en ne faisant pas usage de la clause discrétionnaire de l'article 17 du règlement du 26 juin 2013, aurait en l'espèce négligé de procéder à un examen particulier de la situation de cette dernière ou commis une erreur manifeste d'appréciation.

En ce qui concerne les conclusions dirigées contre l'arrêté d'assignation à résidence :

10. En premier lieu, l'arrêté attaqué, qui comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, n'a pas méconnu les dispositions combinées de l'article L. 732-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration.

11. En second lieu, ainsi qu'il a été dit ci-dessus, l'arrêté de transfert n'est pas entaché d'illégalité. La requérante n'est dès lors pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté d'assignation à résidence par voie de conséquence de l'annulation de cet arrêté de transfert.

12. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme B doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

13. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme B, n'implique, par lui-même, aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions à fin d'injonction présentées par la requérante doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

14. Les dispositions combinées du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, une quelconque somme au bénéfice du conseil de Mme B au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

DECIDE :

Article 1er : Mme B est admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Les conclusions présentées par Mme B sont rejetées pour le surplus.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B, au préfet du Doubs et à Me Si Hassen.

Une copie de ce jugement sera transmise, pour information, au ministre d'état, ministre de l'intérieur, au préfet de la Côte-d'Or et au bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Dijon.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 janvier 2025.

Le magistrat désigné,

L. BoissyLa greffière,

A. Roulleau

La République mande et ordonne au préfet du Doubs, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

Le greffier

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