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AccueilJurisprudence administrativeN° TA21-2404379

Tribunal Administratif de Dijon — Décision N° TA21-2404379

mercredi 15 janvier 2025

JuridictionTribunal Administratif de Dijon
SectionTribunal Administratif de Dijon
N° DossierTA21-2404379
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationJU REFERE ETRANGERS 15 JOURS

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Dijon, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B, ressortissant guinéen, qui contestait un arrêté préfectoral du 24 décembre 2024 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai et l'assignant à résidence. Le tribunal a estimé que la décision d'éloignement était suffisamment motivée et que le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme était infondé, compte tenu de l'absence de liens anciens et stables en France. Il a également jugé que l'assignation à résidence n'était pas illégale, car elle était fondée sur une obligation de quitter le territoire légalement prise. La requête a été rejetée dans son ensemble, sans application des articles L. 611-1 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 27 décembre 2024 et 10 janvier 2025, M. D B, représenté par Me Louard, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 24 décembre 2024, par lequel le préfet de Saône-et-Loire l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office et a assorti ces décisions d'une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an ;

2°) d'annuler l'arrêté du 24 décembre 2024, par lequel le préfet de Saône-et-Loire l'a assigné à résidence dans l'arrondissement de Mâcon pour une durée de quarante-cinq jours ;

3°) d'enjoindre au préfet de Saône-et-Loire de lui délivrer un titre de séjour revêtu de la mention " salarié ", d'une durée d'un an renouvelable ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la requête est recevable, car déposée dans des délais exceptionnels ;

- l'arrêté portant obligation de quitter le territoire français méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, dès lors qu'il réside en France depuis sept ans, qu'il y a tissé des liens intenses et qu'il ne constitue pas une menace pour l'ordre public ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est insuffisamment motivée ;

- l'arrêté portant obligation de quitter le territoire français est entaché d'une erreur de droit, dès lors qu'il a été pris sur la base de l'obligation de quitter le territoire français du 3 décembre 2020, qui ne peut plus produire d'effet juridique sur la situation de M. C, qui a changé ;

- il méconnaît les dispositions de l'article L. 312-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors que la commission du titre de séjour aurait dû être saisie ; la décision est expéditive ; elle porte une atteinte grave au droit des victimes, compte tenu de la pyramide de Kelsen et de la hiérarchie des normes ; le code pénal et le droit des victimes sont supérieurs au pouvoir administratif ;

- l'assignation à résidence, prise au visa de l'arrêté illégal portant obligation de quitter le territoire français, est elle-même illégale ;

- cette assignation le prive de la possibilité d'exercer son activité professionnelle et porte atteinte à ses moyens de subsistance.

La requête a été communiquée le 31 décembre 2024 au préfet de Saône-et-Loire, qui n'a pas produit de mémoire en défense, mais des pièces, enregistrées le 6 janvier 2025, qui ont été communiquées.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. A, par une décision du 22 juillet 2024 pour statuer sur les requêtes relevant des procédures régies par les articles L. 921-1 à L. 922-3 et R. 921-1 à R. 922-28 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement convoquées à l'audience du 15 janvier 2025 à 8 heures 45 minutes.

A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de M. Irénée Hugez.

Les parties n'étaient ni présentes ni représentées.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience à 8 heures 54 minutes.

Considérant ce qui suit :

1. M. D B, ressortissant guinéen, né en 2002 à Conakry, soutient être entré irrégulièrement sur le territoire français en 2017. Il a été interpellé le 23 décembre 2024 pour des faits de violences aggravées sous l'empire d'un état alcoolique et de dégradation volontaire d'un bien appartenant à autrui, commis dans un commerce et a fait l'objet d'une vérification de son droit au séjour. Il a fait l'objet par le passé d'une mesure d'éloignement, en 2020, simultanée au refus du titre de séjour " salarié " qu'il avait sollicité, et demeurée non exécutée. Par deux arrêtés du 24 décembre 2024, notifiés par voie administrative le même jour, le préfet de Saône-et-Loire, d'une part, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai de départ volontaire, a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office et a assorti ces décisions d'une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an et d'autre part, l'a assigné à résidence dans l'arrondissement de Mâcon pour une durée de quarante-cinq jours. Par sa requête, M. B demande l'annulation de ces deux arrêtés.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, la décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée en droit par le visa du 3° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et en fait notamment par les circonstances selon lesquelles le titre de séjour sollicité par l'intéressé le 23 juin 2020 lui a été refusé, il se maintient irrégulièrement sur le territoire français, il est célibataire et sans enfant, il a vécu l'essentiel de son existence en Guinée, où réside sa famille, il est dépourvu de liens anciens, stables et intenses en France et la durée de son séjour ne saurait être révélatrice de son insertion dans la société française. Par suite, cet arrêt comporte les considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la mesure d'éloignement. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation de cette décision, qui manque en fait, doit, pour ce motif, être écarté.

3. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué n'a ni pour objet ni pour effet de refuser à M. B la délivrance d'un titre de séjour. Par suite, M. B ne peut utilement soutenir que le préfet aurait dû consulter la commission du titre de séjour. Au surplus, il y a lieu de rappeler à son conseil que les dispositions, invoquées par le requérant, de l'article L. 312-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ont été abrogées le 1er mai 2021, et ne sont donc plus applicables. Par suite, le moyen soulevé, tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 312-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne peut qu'être écarté.

4. En troisième lieu, les moyens tirés de l'atteinte au droit des victimes et de la supériorité du code pénal et du droit des victimes sur le pouvoir administratif sont dépourvus de toute intelligibilité et des précisions permettant d'en apprécier la portée et le bien-fondé. Ils ne peuvent, dès lors, qu'être écartés.

5. En quatrième lieu, contrairement à ce que soutient le requérant, l'arrêté litigieux portant obligation de quitter le territoire français n'a ni pour base légale ni pour fondement la précédente mesure d'éloignement dont a fait l'objet M. B. Par suite, le moyen tiré de ce que l'arrêté litigieux serait dépourvu de base légale, en raison de la caducité de cette précédente mesure d'éloignement, doit être écarté.

6. En cinquième lieu, M. B est célibataire et sans enfants. Il se maintient en situation irrégulière sur le territoire français depuis au moins sa majorité, selon ses déclarations. Il n'établit dans la présente instance aucune forme d'insertion sociale, personnelle ou professionnelle, en France. Il ne fait pas davantage état de liens personnels, familiaux, amicaux ou professionnels en France. Il n'est pas dépourvu, selon ses propres déclarations d'attaches en République de Guinée, pays dans lequel il déclare avoir vécu les quinze premières années de sa vie et où réside toute sa famille. Dans ces conditions, M. B n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté litigieux porte à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels il a été pris. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

7. En sixième lieu, il résulte de ce qui précède que M. B ne démontre pas l'illégalité de l'arrêté portant obligation de quitter le territoire français, pris à son encontre. Par suite, il n'est pas fondé à se prévaloir de cette illégalité, à l'appui de ses conclusions dirigées contre l'arrêté portant assignation à résidence.

8. En septième et dernier lieu, s'il soutient que la mesure d'assignation à résidence le priverait d'exercer son activité professionnelle et porterait atteinte à ses moyens de subsistance, d'une part, il n'établit pas qu'il travaillerait hors de l'arrondissement de Mâcon et d'autre part, M. B ne dispose ni d'une autorisation de travail ni d'un droit au séjour et n'a pas davantage vocation, eu égard aux mesures dont il fait l'objet, à poursuivre l'exercice d'une activité professionnelle en France. Par suite, le moyen soulevé doit être écarté.

9. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est fondé à demander l'annulation ni de l'arrêté du 24 décembre 2024, par lequel le préfet de Saône-et-Loire l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office et a assorti ces décisions d'une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an, ni de l'arrêté du même jour par lequel ce préfet l'a assigné à résidence. Par suite, ses conclusions à fin d'annulation doivent être rejetées.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

10. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation de M. B, n'implique aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions à fin d'injonction doivent également être rejetées.

Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

11. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'État, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, la somme demandée par M. B au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D B et au préfet de Saône-et-Loire.

Copie en sera adressée au ministre d'État, ministre de l'intérieur.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 janvier 2025.

Le magistrat désigné,

I. A

La greffière,

L. Lelong

La République mande et ordonne au préfet de Saône-et-Loire, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

La greffière,

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