mercredi 15 janvier 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de Dijon |
| Section | Tribunal Administratif de Dijon |
| N° Dossier | TA21-2500004 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 2 janvier 2025, Mme B A, représentée par Me Gillioen, demande au juge des référés :
1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de la décision implicite de refus opposée par le préfet de Saône-et-Loire à sa demande de renouvellement de carte pluriannuelle de séjour portant la mention " passeport talent " ;
2°) de faire injonction au préfet de Saône-et-Loire de la munir d'une attestation de prolongation d'instruction ou d'une autorisation provisoire de séjour, avec droit au travail, dans les deux jours suivant l'ordonnance à venir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat le paiement de la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;
Elle soutient que :
- l'urgence, au demeurant présumée s'agissant d'un refus de renouvellement de titre de séjour, est en l'espèce caractérisée, la décision attaquée l'exposant à la perte de son emploi ;
- il est fait état de moyens propres à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée, laquelle :
•n'est pas motivée ;
•est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;
•méconnaît l'article L. 421-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'ensemble des conditions d'obtention du titre de séjour sollicité étant réunies ;
•a été prise en violation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense enregistré le 10 janvier 2025, le préfet de Saône-et-Loire conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- à titre principal, le recours au fond et, par voie de conséquence, la présente requête en référé, sont irrecevables en l'absence de toute décision, même implicite, opposant à Mme A, dont la demande est toujours en cours d'examen et à qui a été remis une attestation de prolongation d'instruction, un refus de titre de séjour ;
- la présomption d'urgence doit être écartée, dès lors que Mme A reste autorisée à séjourner en France et à poursuivre son activité professionnelle ;
- aucun des moyens invoqués n'est de nature à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée ; en effet :
•le moyen tiré du défaut de motivation est inopérant, faute pour Mme A d'avoir sollicité la communication des motifs de cette décisions suivant les prévisions de l'article L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration ;
•la demande demeurant en cours d'instruction, les moyens tirés du défaut d'examen particulier de la situation de Mme A, de la méconnaissance de l'article L. 421-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de la violation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales sont infondés.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- la requête au fond n° 2500003, enregistrée le 2 janvier 2025.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus, au cours de l'audience publique, tenue en présence de Mme Kieffer, greffière d'audience :
- le rapport de M. Zupan, juge des référés ;
- les observations de Me Stadler, pour Mme A, qui a repris les conclusions et moyens exposés dans le mémoire introductif d'instance.
L'instruction a été déclarée close à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Le 9 juillet 2024, Mme A, née en 1989 et de nationalité tunisienne, a sollicité en ligne, sur le téléservice ANEF, le renouvellement de sa carte pluriannuelle de séjour portant la mention " passeport talent ". Elle demande au juge des référés d'ordonner la suspension de l'exécution de la décision implicite de refus opposée à cette demande par le préfet de Saône-et-Loire à l'échéance du délai d'instruction de quatre mois prévu par l'article R. 432-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, soit le 9 novembre 2024.
2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ". L'article R. 522-1 du même code dispose, en son premier alinéa : " La requête visant au prononcé de mesures d'urgence doit () justifier de l'urgence de l'affaire ".
3. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de l'acte litigieux sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. Toutefois, cette condition d'urgence est en principe constatée dans le cas d'un refus de renouvellement ou d'un retrait de titre de séjour.
4. En l'espèce, il est constant que le préfet de Saône-et-Loire, faisant usage de la possibilité que lui confèrent les dispositions de l'article R. 431-15-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, a entendu poursuivre l'instruction de la demande de titre de séjour de Mme A après l'intervention de la décision implicite de refus contestée, manifestant ainsi son intention de substituer à celle-ci une décision explicite, potentiellement favorable à l'intéressée. Mme A a ainsi été munie d'une attestation de prolongation de l'instruction de sa demande, document qui lui permet, d'une part, en vertu de ce même article R. 431-15-1, de justifier de la régularité de son séjour et, d'autre part, en vertu de l'article R. 431-15-2 du même code, de poursuivre l'exercice de son activité professionnelle. Si l'employeur de la requérante, la société Misutech, lui a adressé le 18 décembre 2024 un courrier s'inquiétant de la régularité de sa situation et rappelant, à juste titre, que le document intitulé " confirmation du dépôt d'une demande de renouvellement de titre de séjour ", généré par l'application ANEF, ne constitue pas une autorisation provisoire de séjour, il se déduit de ce même courrier que l'entreprise n'avait pas à l'époque été rendue destinataire de l'attestation de prolongation d'instruction délivrée à Mme A et qui, elle, autorise légalement le maintien de son contrat de travail. Dans ces circonstances particulières, la présomption rappelée au point précédent doit être levée. La condition d'urgence n'est donc pas remplie.
5. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de statuer sur la fin de non-recevoir opposée par le préfet de Saône-et-Loire non plus que sur le sérieux des moyens invoqués, que les conclusions à fin de suspension présentées par Mme A doivent être rejetées. Il en va de même, par voie de conséquence, de ses conclusions en injonction et de sa demande accessoire présentée sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme B A et au ministre de l'intérieur.
Copie en sera adressée pour information au préfet de Saône-et-Loire.
Fait à Dijon, le 15 janvier 2025.
Le président du tribunal, juge des référés,
David Zupan
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
La greffière
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