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AccueilJurisprudence administrativeN° TA21-2500016

Tribunal Administratif de Dijon — Décision N° TA21-2500016

mercredi 15 janvier 2025

JuridictionTribunal Administratif de Dijon
SectionTribunal Administratif de Dijon
N° DossierTA21-2500016
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationJU REFERE ETRANGERS 15 JOURS
Avocat requérantRIQUET-MICHEL ADRIENNE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et deux mémoires, enregistrés les 3, 7 et 14 janvier 2025, Mme C B, représenté par Me Riquet Michel, demande au tribunal :

1°) de l'admettre, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler la décision du 30 décembre 2024, par laquelle la directrice territoriale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration lui a refusé le bénéfice des conditions matérielles d'accueil ;

3°) d'enjoindre à l'Office français de l'immigration et de l'intégration de lui octroyer le bénéfice des conditions matérielles d'accueil, ou à titre subsidiaire de réexaminer sa demande, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de cent euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration la somme de 1 500 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Elle soutient que :

- la décision attaquée est insuffisamment motivée, en méconnaissance des dispositions des articles L. 211-1 et suivants du code des relations entre le public et l'administration et L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle a été édictée sans examen préalable de sa situation personnelle et notamment de sa situation de vulnérabilité ;

- elle est entachée d'une erreur de fait, dès lors que la demande d'asile formée pour son fils, qui constitue une première demande et non une demande de réexamen, n'est pas mentionnée ;

- l'Office français de l'immigration et de l'intégration s'est cru en situation de compétence liée ;

- elle a été prise en violation des dispositions de l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de la directive 2013/33/UE, dès lors qu'il n'a été tenu compte, ni de sa situation de vulnérabilité, ni de la présence de ses deux jeunes enfants et de la trisomie dont est porteur le plus jeune ; elle est isolée sur le territoire français et sans solution d'hébergement pérenne ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et porte une atteinte disproportionnée à sa situation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 8 janvier 2025, l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- dans le cas où le tribunal considèrerait que la demande d'asile de Mme B ne constituerait pas une demande de réexamen, il demande que soit substitué, au 3° de l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le 4° de cet article ;

- les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.

La requête a été communiquée le 6 janvier 2025 au préfet de la Côte-d'Or, qui n'a pas produit d'observations.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. A, par une décision du 22 juillet 2024 pour statuer sur les requêtes relevant des procédures régies par les articles L. 921-1 à L. 922-3 et R. 921-1 à R. 922-28 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement convoquées à l'audience du 15 janvier 2025 à 8 heures 30 minutes.

Ont été entendu au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Irénée Hugez ;

- les observations de Me Riquet Michel, représentant Mme B, qui reprend l'ensemble des conclusions et des moyens de sa requête, ainsi que la teneur des dernières pièces produites.

L'Office français de l'immigration et de l'intégration n'était ni présent ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience à 8 heures 37 minutes.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C B, ressortissante guinéenne, née en 1998 en République de Guinée, s'est vu refuser le bénéfice de l'asile, par une décision du 24 juillet 2023 de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides et son recours à l'encontre de celle-ci a été rejeté par une décision du 8 février 2024 de la Cour nationale du droit d'asile. Elle a formé le 30 décembre 2024 une demande de réexamen de sa demande d'asile. Par une décision du 30 décembre 2024, qui lui a été notifiée le même jour et dont elle demande l'annulation au juge de l'excès de pouvoir, la directrice territoriale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration lui a refusé le bénéfice des conditions matérielles d'accueil.

Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes du premier alinéa de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président. ".

3. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de prononcer l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle de Mme B.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

4. Aux termes de l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les conditions matérielles d'accueil sont refusées, totalement ou partiellement, au demandeur, dans le respect de l'article 20 de la directive 2013/33/ UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 établissant des normes pour l'accueil des personnes demandant la protection internationale, dans les cas suivants : / () 3° Il présente une demande de réexamen de sa demande d'asile ; / () La décision de refus des conditions matérielles d'accueil prise en application du présent article est écrite et motivée. / Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur. ". Aux termes de l'article D. 551-17 du même code : " La décision de refus des conditions matérielles d'accueil prise en application de l'article L. 551-15 est écrite et motivée. Elle prend en compte la situation particulière et la vulnérabilité de la personne concernée. Elle prend effet à compter de sa signature. ". Aux termes du premier alinéa de l'article L. 531-41 de ce code : " Constitue une demande de réexamen une demande d'asile présentée après qu'une décision définitive a été prise sur une demande antérieure. ".

5. Les conditions matérielles d'accueil sont proposées au demandeur d'asile par l'Office français de l'immigration et de l'intégration après l'enregistrement de la demande d'asile. Dans le cas où elle envisage de refuser les conditions matérielles d'accueil sur le fondement de l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il appartient à l'autorité compétente de l'Office français de l'immigration et de l'intégration d'apprécier la situation particulière du demandeur au regard notamment de sa vulnérabilité, de ses besoins en matière d'accueil ainsi que, le cas échéant, des raisons pour lesquelles il n'a pas respecté les obligations auxquelles il devait déférer pour bénéficier des conditions matérielles d'accueil.

6. En outre, aux termes de l'article L. 522-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'évaluation de la vulnérabilité vise, en particulier, à identifier les mineurs, les mineurs non accompagnés, les personnes en situation de handicap, les personnes âgées, les femmes enceintes, les parents isolés accompagnés d'enfants mineurs, les victimes de la traite des êtres humains, les personnes atteintes de maladies graves, les personnes souffrant de troubles mentaux et les personnes qui ont subi des tortures, des viols ou d'autres formes graves de violence psychologique, physique ou sexuelle, telles que des mutilations sexuelles féminines. ".

7. Il ressort des pièces du dossier, et il n'est pas contesté par l'Office français de l'immigration et de l'intégration, que Mme B vit seule avec ses deux enfants, le premier âgé de trois ans et le second âgé de quelques mois et porteur d'une trisomie 21, et que sa situation de vulnérabilité correspond à l'une des hypothèses mentionnées à l'article L. 522-3 précité du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. En outre, il ressort des pièces du dossier que, postérieurement à la décision attaquée, Mme B a fait l'objet d'un examen de sa situation par le médecin coordinateur de la zone est de cet établissement public, qui a relevé que son plus jeune fils devait faire l'objet d'un suivi mensuel au centre hospitalier universitaire de Dijon et qu'une intervention chirurgicale était prévue en début d'année 2025 en région parisienne, et qui a considéré qu'eu égard à la situation de ce jeune enfant, Mme B était prioritaire " pour un hébergement, sans caractère d'urgence ". Si l'Office français de l'immigration et de l'intégration fait valoir que l'intéressée continue de bénéficier indument de l'hébergement qui lui avait été octroyé lors de sa première demande d'asile et qu'il est fréquent que l'Office accepte un tel maintien pour des demandeurs disposant d'enfants en bas âge, la requérante, en l'absence du bénéfice des conditions matérielles d'accueil, est susceptible à tout moment de perdre le bénéfice de cet hébergement. Si l'Office soutient encore que Mme B n'apporte aucun élément sur ses conditions d'existence depuis la cessation du bénéfice des conditions matérielles d'accueil en février 2024, il ne conteste pas sérieusement que l'intéressée est isolée et dépourvue de toutes ressources, nonobstant le caractère très limité, il est vrai, des éléments apportés à l'instance sur ce point par Mme B. Eu égard à la situation de la requérante, mère isolée, à l'âge de ses enfants, au handicap dont souffre son plus jeune fils et aux conséquences qui en résultent, circonstances traduisant une situation de vulnérabilité au sens de l'article L. 522-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, Mme B est fondée à soutenir qu'en refusant de lui accorder le bénéfice des conditions matérielles d'accueil, l'Office français de l'immigration et de l'intégration a entaché sa décision d'une illégalité.

8. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de statuer sur les autres moyens de la requête, que Mme B est fondée à demander l'annulation de la décision du 30 décembre 2024, par laquelle la directrice territoriale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration lui a refusé le bénéfice des conditions matérielles d'accueil.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

9. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution. ".

10. Le motif d'annulation retenu par le présent jugement implique nécessairement que l'Office français de l'immigration et de l'intégration accorde le bénéfice des conditions matérielles d'accueil à Mme B. Il y a lieu de lui enjoindre de prendre une décision en ce sens dans les quinze jours de la notification du présent jugement. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais de l'instance :

11. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions de la requérante tendant à l'application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

D E C I D E :

Article 1er : Mme B est admise, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : La décision du 30 décembre 2024, par laquelle la directrice territoriale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a refusé à Mme B le bénéfice des conditions matérielles d'accueil est annulée.

Article 3 : Il est enjoint à l'Office français de l'immigration et de l'intégration d'accorder le bénéfice des conditions matérielles d'accueil à Mme B dans un délai de quinze jours à compter de la notification du présent jugement.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme B est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme C B, à l'Office français de l'immigration et de l'intégration et à Me Adrienne Riquet Michel.

Copie en sera adressée au bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Dijon et au préfet de la Côte-d'Or.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 janvier 2025.

Le magistrat désigné,

I. A

La greffière,

L. Lelong

La République mande et ordonne au ministre d'État, ministre de l'intérieur, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

La greffière,

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