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AccueilJurisprudence administrativeN° TA21-2500082

Tribunal Administratif de Dijon — Décision N° TA21-2500082

mercredi 5 février 2025

JuridictionTribunal Administratif de Dijon
SectionTribunal Administratif de Dijon
N° DossierTA21-2500082
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Avocat requérantKERMARREC YANN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 10 janvier 2025, et deux mémoires récapitulatifs, tous deux enregistrés le 28 janvier 2025, M. A C, représenté par Me Kermarrec, demande au juge des référés :

1°) d'ordonner, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de la délibération du jury de diplôme de la licence professionnelle " Archives et patrimoines industriels, culturels et administratifs " de l'Université de Bourgogne Europe, en tant qu'elle a prononcé son ajournement, et de la décision de rejet de son recours gracieux notifié le 6 décembre 2024 ;

2°) d'enjoindre, sur le fondement de l'article L.911-1 du code de justice administrative, au président de l'Université de Bourgogne Europe d'organiser une nouvelle épreuve " Outil et normes de description archivistique " de l'unité 1, respectueuse de l'aménagement obtenu par lui, d'organiser une nouvelle épreuve " Outil de communication web " de l'unité 2 également respectueuse de l'aménagement obtenu par lui, le cas échéant, d'organiser une session de rattrapage pour l'épreuve 13ICA34-statut juridique de l'information et protection de la vie privée, de l'unité 3, et de réexaminer son admission à la licence professionnelle APICA au regard des notes ainsi obtenues,

3°) d'enjoindre, à titre subsidiaire, sur le fondement de l'article L.911-2 du code de justice administrative, au président de l'Université de Bourgogne Europe de réexaminer la décision d'ajournement et la décision de rejet de son recours gracieux ;

4°) de mettre à la charge de l'Université de Bourgogne la somme de 3 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. C soutient que :

- la condition d'urgence est remplie dès lors que les décisions contestées le mettent dans l'impossibilité de poursuivre ses études supérieures, qu'elles le pénalisent dans sa recherche d'emploi et dans sa situation financière, qu'il est important qu'il repasse les épreuves litigieuses le plus tôt possible et qu'aucun motif d'intérêt général ne s'oppose à la reconnaissance d'une situation d'urgence ;

- il peut justifier de l'existence d'un moyen sérieux, et tenant à :

o l'incompétence et à la violation de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration ;

o la violation du principe d'égalité des chances, en ce qu'il n'a pas bénéficié du tiers-temps supplémentaire auquel il avait droit, en ce qu'un incident technique a entaché l'épreuve " outils de communication web " de l'unité 2, et en ce qu'il y a violation de l'article 5 de l'arrêté du 6 décembre 2019 ;

o la méconnaissance des modalités de contrôle des connaissances de l'université de Bourgogne.

Par un mémoire en défense enregistré le 24 janvier 2025, le président de l'Université de Bourgogne Europe conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que la condition d'urgence n'est pas remplie, et que le requérant ne fait état d'aucun moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête n° 2500083, enregistrée le 10 janvier 2025, tendant à l'annulation des décisions susmentionnées.

Vu :

- le code de l'éducation ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- l'arrêté du 6 décembre 2019 portant réforme de la licence professionnelle ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a, par une décision du 11 janvier 2024, désigné M. B pour exercer les fonctions de juge des référés au titre du livre V du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique qui s'est tenue le 29 janvier 2025 en présence de Mme Lelong, greffière, M. B a lu son rapport et entendu les observations de Me Kermarrec, pour M. C, et de Me Aichi, pour le président de l'Université de Bourgogne.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. C était inscrit en licence 3 " Archives et Patrimoines industriels, culturels et administratifs " de l'institut universitaire de technologie (IUT) de Bourgogne au titre de l'année universitaire 2023/2024. Le 31 octobre 2024, il était informé de ce qu'il avait obtenu une moyenne de 9,92/20, et qu'il était ajourné. Le 1er novembre 2024, M. C formalisait un recours gracieux contre sa notation, qui faisait l'objet d'un rejet le 6 décembre suivant. Par une requête n° 2500083, C a demandé au tribunal d'annuler ces décisions. Par la présente requête, il demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, d'en suspendre l'exécution.

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".

Sur les conclusions tendant à la suspension de l'exécution des décisions susmentionnées :

En ce qui concerne l'urgence :

3. La condition d'urgence à laquelle est subordonné le prononcé d'une mesure de suspension doit être regardée comme remplie lorsque la décision contestée préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à la situation du requérant et aux intérêts qu'il entend défendre. Il en va ainsi, alors même que cette décision n'aurait un objet ou des répercussions que purement financiers et que, en cas d'annulation, ses effets pourraient être effacés par une réparation pécuniaire. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande tendant à la suspension d'une telle décision, d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de celle-ci sur la situation de ce dernier ou, le cas échéant, des personnes concernées, sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue.

4. Pour soutenir que la condition d'urgence est en l'espèce satisfaite, M. C soutient que les décisions attaquées auront nécessairement pour effet soit de le mettre dans l'impossibilité de poursuivre ses études à un niveau supérieur, notamment en s'inscrivant en master1 " Archives " de l'Université de Lyon 3, comme il en avait l'intention, soit de le pénaliser gravement dans la recherche d'un emploi dans sa spécialité, faute d'avoir un diplôme justifiant d'une qualification suffisante, et alors qu'il doit en outre assumer un handicap, pour lequel il a obtenu la reconnaissance de la qualité de travailleur handicapé. Alors qu'aucun motif d'intérêt général ne s'y oppose, ces éléments sont de nature à caractériser dans les circonstances de l'espèce une situation d'urgence.

En ce qui concerne l'existence d'un moyen sérieux d'annulation :

5. En premier lieu, aux termes de l'article L. 112-4 du code de l'éducation : " Pour garantir l'égalité des chances entre les candidats, des aménagements aux conditions de passation des épreuves orales, écrites, pratiques ou de contrôle continu des examens ou concours de l'enseignement scolaire et de l'enseignement supérieur, rendus nécessaires en raison d'un handicap ou d'un trouble de la santé invalidant, sont prévus par décret. Ces aménagements peuvent inclure notamment l'octroi d'un temps supplémentaire et sa prise en compte dans le déroulement des épreuves, la présence d'un assistant, un dispositif de communication adapté, la mise à disposition d'un équipement adapté ou l'utilisation, par le candidat, de son équipement personnel ". Et aux termes de l'article D. 613-26 du même code : " Les candidats aux examens ou concours de l'enseignement supérieur organisés par le ministre chargé de l'enseignement supérieur et par le ministre chargé de la culture, ainsi que par le ministre de la défense pour ce qui concerne les écoles d'ingénieurs sous tutelle de la direction générale de l'armement du ministère de la défense, qui présentent un handicap peuvent bénéficier d'aménagements portant sur : () / 2° Une majoration du temps imparti pour une ou plusieurs épreuves, qui ne peut excéder le tiers du temps normalement prévu pour chacune d'elles () / 5° Des adaptations ou des dispenses d'épreuves, rendues nécessaires par certaines situations de handicap, dans les conditions prévues par arrêté du ministre chargé de l'enseignement supérieur, du ministre chargé de la culture ou du président ou directeur de l'établissement.

6. Il est constant qu'aucune majoration de temps n'a été accordée à M. C pour l'épreuve " Devoir sur la description archivistique ". L'Université de Bourgogne Europe fait valoir que l'IUT avait opté pour un allègement du devoir proposé. Cependant, M. C était seul à composer le 15 mars 2024, date à laquelle a été reportée l'épreuve du 19 février 2024 à laquelle il n'a pu participer pour raisons de santé, et sur un sujet différent de ceux proposés le 19 février. L'allègement allégué dans le sujet proposé le 15 mars ne peut ainsi ressortir ni de la comparaison avec les sujets, différents, proposés le 19 février, ni de la comparaison avec d'autres sujets qui auraient pu être proposés à des étudiants sans handicap le 15 mars, aucun étudiant sans handicap n'ayant concouru ce jour-là. L'allègement allégué n'a pas plus été établi lors des débats à l'audience. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance des articles L. 112-4 et L. 613-26 du code de l'éducation apparaissent propres à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité des décisions contestées.

7. En deuxième lieu, il est constant qu'une panne informatique a perturbé l'épreuve " outil de communication web " de l'unité 2, en n'affectant qu'une partie des étudiants, dont M. C. Si l'Université de Bourgogne Europe fait valoir que l'enseignante responsable du groupe a pris en compte ce problème technique en faisant preuve de souplesse dans sa notation, cette souplesse d'évaluation ne ressort ni des pièces du dossier, ni des débats à l'audience. Dans ces conditions, le moyen tiré de la rupture d'égalité entre les candidats apparait propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité des décisions contestées.

8. En troisième lieu, il est constant que tant le référentiel commun des études (RCE) et la fiche filière de la licence professionnelle APICA prévoient le bénéfice d'une épreuve de rattrapage. Si l'Université de Bourgogne Europe fait valoir que, dans l'hypothèse, comme en l'espèce, d'un contrôle continu intégral, il n'y a pas lieu à session de rattrapage, les étudiants devant alors bénéficier d'une seconde chance. Cependant, ni les pièces du dossier ni les débats à l'audience n'ont pu mettre en évidence les modalités de mise en œuvre de cette seconde chance dans le cursus de M. C. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions du référentiel commun des études (RCE) et de la fiche filière de la licence professionnelle APICA apparait propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité des décisions contestées.

9. Il résulte de ce qui précède que M. C est fondé à demander la suspension de l'exécution des décisions contestées.

Sur les conclusions en injonction :

10. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution ".

11. La présente ordonnance implique nécessairement que l'Université de Bourgogne-Europe organise pour M. C une nouvelle épreuve " Outil et normes de description archivistique " de l'unité 1, respectueuse de l'aménagement obtenu par lui, une nouvelle épreuve " Outil de communication web " de l'unité 2 également respectueuse de l'aménagement obtenu par lui, réexamine son admission à la licence professionnelle APICA au regard des notes ainsi obtenues, cela à titre provisoire, jusqu'à ce qu'il ait été statué au fond sur le bien-fondé des prétentions de M. C. Il y a lieu de lui enjoindre d'y procéder dans un délai de deux mois à compter de la notification de la présente ordonnance.

Sur les frais liés à l'instance :

12. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge du département de Saône-et-Loire la somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

ORDONNE :

Article 1er : Jusqu'à ce qu'il ait été statué au fond sur le bien-fondé de la requête de M. C, l'exécution de la délibération du jury de diplôme de la licence professionnelle " Archives et patrimoines industriels, culturels et administratifs " de l'Université de Bourgogne Europe, en tant qu'elle a prononcé l'ajournement de M. C, et de la décision de rejet de son recours gracieux notifié le 6 décembre 2024 est suspendue.

Article 2 : Il est enjoint au président de l'Université de Bourgogne Europe d'organiser de nouvelles épreuves et de réexaminer son admission à la licence professionnelle APICA au regard des notes ainsi obtenues dans les conditions prévues au point 10 ci-dessus.

Article 3 : Il est mis à la charge de l'Université de Bourgogne Europe la somme de 1 500 euros à verser à M. C en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A C et au président de l'Université de Bourgogne Europe. Copie en sera adressée au préfet de la région Bourgogne-Franche-Comté, préfet de la Côte-d'Or.

Fait à Dijon le 05 février 2025.

Le juge des référés,

P. B

La République mande et ordonne au préfet de la région Bourgogne-Franche-Comté, préfet de la Côte-d'Or, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Le greffier,

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