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AccueilJurisprudence administrativeN° TA21-2500177

Tribunal Administratif de Dijon — Décision N° TA21-2500177

vendredi 30 mai 2025

JuridictionTribunal Administratif de Dijon
SectionTribunal Administratif de Dijon
N° DossierTA21-2500177
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantRIQUET-MICHEL ADRIENNE

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Dijon a rejeté la requête de M. A, ressortissant albanais, qui contestait un arrêté préfectoral refusant le renouvellement de son titre de séjour pour raisons médicales et l'obligeant à quitter le territoire. Le tribunal a jugé que la décision de refus de séjour était suffisamment motivée et que la procédure médicale prévue aux articles R. 425-11 et R. 425-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile avait été régulièrement suivie. Il a également écarté les moyens tirés de la violation de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'erreur manifeste d'appréciation. En conséquence, la requête a été rejetée dans son ensemble.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 20 janvier et 3 avril 2025, M. B A, représenté par Me Riquet Michel, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 30 décembre 2024 par lequel le préfet de la Côte-d'Or a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être reconduit d'office ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Côte-d'Or de lui délivrer un titre de séjour dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ou, à défaut, de procéder au réexamen de sa situation administrative dans le même délai ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros, à verser à son conseil, au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

Sur la décision portant rejet de la demande de renouvellement de titre de séjour :

- elle est entachée d'un défaut de motivation et d'un défaut d'examen particulier de sa situation, elle méconnaît les dispositions des articles R. 313-22 et R. 313-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et elle est entachée d'un vice de procédure dès lors qu'il a été privé de la possibilité de faire part au médecin rapporteur de l'Office français de l'immigration et de l'intégration d'éléments susceptibles d'exercer une influence sur l'avis rendu par le collège des médecins ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation au regard des dispositions de l'article

L. 425-9 du même code, et elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle, et d'une méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- la décision d'éloignement est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant refus de séjour ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

Sur la décision fixant le pays de destination :

- la décision fixant le pays de destination est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

Par un mémoire, enregistré le 28 février 2025, l'Office français de l'immigration et de l'intégration a présenté ses observations.

Par un mémoire en défense, enregistré le 4 avril 2025, le préfet de la Côte-d'Or, représenté par la Selarl Centaure avocats, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 500 euros soit mise à la charge du requérant au titre des frais de l'instance.

Il soutient que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Dijon du 3 février 2025.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience en application des dispositions de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Philippe Nicolet,

- et les observations de Me Riquet Michel, pour le compte du requérant.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, ressortissant albanais né le 26 juillet 1978, demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 30 décembre 2024 par lequel le préfet de la Côte-d'Or a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être reconduit d'office.

2. Dès lors que le requérant a obtenu en cours d'instance le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale, il n'y a pas lieu de statuer sur sa demande tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la décision portant refus de séjour :

3. La décision de refus de séjour contestée mentionne les considérations de droit et de fait sur lesquelles elle se fonde et est ainsi suffisamment motivée, et il ne ressort ni des termes de cette décision ni d'aucune pièce du dossier que le préfet se serait abstenu d'examiner la situation particulière du requérant avant de l'adopter.

4. Le rapport médical mentionné à l'article R. 425-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile a été établi par un médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration à partir d'un certificat médical établi par le médecin qui suit habituellement le demandeur, et le médecin de l'Office a seulement la faculté, en vertu de l'article R. 425-12 du même code, de convoquer le demandeur pour l'examiner. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des dispositions des articles R. 425-11 et R. 425-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doivent être écartés.

5. Le requérant fait valoir que l'avis du collège de médecins, en s'abstenant de mentionner les éléments de procédure, en méconnaissance des dispositions de l'article 6 de l'arrêté du 27 décembre 2016, alors que le rapport médical confidentiel indique qu'il n'a pas été convoqué pour examen médical ou complémentaire, aurait été privé de la possibilité de faire part au médecin rapporteur de l'Office français de l'immigration et de l'intégration d'éléments susceptibles d'exercer une influence sur l'avis rendu par le collège des médecins. Toutefois, et alors que la possibilité pour le médecin de l'Office, ou le collège de médecins, de convoquer l'étranger pour l'examiner ne constitue qu'une simple faculté, il ne ressort pas des pièces du dossier que ce médecin, ou le collège de médecins de l'Office, n'auraient pas disposé des éléments utiles pour établir le rapport médical ou émettre l'avis du 14 novembre 2024. Par suite, le moyen tiré de ce que le requérant aurait été privé de la possibilité de faire part au médecin rapporteur de l'Office français de l'immigration et de l'intégration d'éléments susceptibles d'exercer une influence sur l'avis rendu par le collège des médecins, sans produire aucune précision sur la nature ou l'existence même de ces éléments, doit être écarté, dès lors qu'il n'est pas établi que la méconnaissance des dispositions de l'article 6 de l'arrêté du 27 décembre 2016 aurait privé le requérant d'une garantie ou exercé une influence sur le sens de la décision de refus de titre de séjour contestée.

6. Il ressort des pièces du dossier que la décision contestée de refus de renouvellement du titre de séjour a été prise, sur le fondement des dispositions précitées de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, au motif que l'intéressé n'apportait aucun élément relatif à son état de santé permettant de porter une appréciation différente de celle des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration qui ont estimé, dans l'avis du 14 novembre 2024, que son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut peut entraîner des conséquences d'un exceptionnelle gravité, et qu'eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays dont il est originaire, il peut y bénéficier effectivement d'un traitement approprié.

7. Le requérant produit un certificat médical du 6 janvier 2025 établi par un médecin néphrologue du centre hospitalier universitaire de Dijon qui indique qu'il a subi une transplantation rénale le 3 juin 2022 nécessitant un traitement anti rejet à vie pour maintenir une fonction rénale correcte, dont le défaut l'exposerait à un risque de rejet du greffon rénal qui serait vital à court et moyen terme, ainsi qu'un suivi spécialisé régulier. Si ce certificat médical mentionne que le traitement anti rejet n'est pas disponible en Albanie, cette affirmation, qui n'est pas justifiée, est contredite par les fiches issues de la base de données " Med COI " récemment mises à jour alors que, si le courrier électronique d'un laboratoire français indique qu'il ne commercialise pas en Albanie certaines des spécialités génériques anti rejet qui sont prescrites à l'intéressé, il précise que leur mise à disposition est susceptible d'être effectuée par d'autres laboratoires. En se bornant par ailleurs à faire valoir qu'aucune précision n'est apportée sur les modalités et le coût de ces prises en charge, sans lui-même produire une contestation utile sur ce point, le requérant n'apporte aucun élément permettant de contredire l'appréciation du préfet, à la suite de l'avis de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, selon laquelle il pourrait effectivement bénéficier, dans son pays d'origine, d'un traitement approprié au suivi de sa pathologie. Et si le requérant évoque également un risque de cancer de la peau, sa probabilité d'apparition dans un avenir proche n'est pas établie, et il n'est pas contesté que le suivi dermatologique dont il bénéficie à cet effet est disponible au centre hospitalier universitaire Mère Teresa. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'erreur d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

8. Le requérant fait valoir qu'il réside depuis six ans en France, avec son épouse et son fils, et qu'il est inséré socialement et professionnellement. Toutefois, l'intéressé a vécu l'essentiel de sa vie dans son pays d'origine, où réside sa mère, le tribunal rejette par un jugement du même jour le recours dirigé par son épouse, qui est également albanaise, contre l'arrêté identique qui a été pris à son encontre par le préfet, et son fils, de même nationalité, a la qualité de majeur. La seule circonstance que l'intéressé bénéficie d'un contrat à durée indéterminée conclu le 24 avril 2023 pour un emploi de peintre en bâtiment ne caractérise pas une insertion professionnelle significative et ancienne sur le territoire français. Au regard de l'ensemble de ces circonstances, le requérant n'est pas fondé à soutenir qu'il a été porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale, tel qu'il est protégé par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de ces stipulations doit être écarté. Le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation au regard des conséquences sur sa situation personnelle doit également être écarté pour les mêmes motifs.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

9. La décision portant refus de séjour n'encourant pas la censure du tribunal, il est en vain excipé de son illégalité à l'appui des conclusions dirigées contre la décision portant obligation de quitter le territoire français.

10. Pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 8, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

11. La décision d'éloignement n'étant pas entachée d'illégalité, le moyen invoqué par la voie de l'exception à l'encontre de la décision fixant le pays de renvoi, tiré de l'illégalité de cette décision, doit être écarté.

12. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

13. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation, n'implique aucune mesure particulière d'exécution. Par suite, les conclusions à fin d'injonction doivent être rejetées.

Sur les frais liés à l'instance :

14. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 font obstacle à ce que la somme demandée par le conseil du requérant au titre des frais exposés et non compris dans les dépens soit mise à la charge de l'Etat qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de rejeter les conclusions présentées par le préfet de la Côte-d'Or au titre des frais de l'instance.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur la demande tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire de M. A.

Article 2 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, au préfet de la Côte-d'Or et à Me Adrienne Riquet Michel.

Copie en sera adressée au ministre d'Etat, ministre de l'intérieur.

Délibéré après l'audience du 20 mai 2025, à laquelle siégeaient :

M. Nicolet, président,

M. Hugez, premier conseiller,

M. Cherief, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 mai 2025.

Le président-rapporteur,

P. Nicolet

L'assesseur le plus ancien,

I. Hugez

La greffière,

L. Curot

La République mande et ordonne au préfet de la Côte-d'Or en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

lc

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