mercredi 5 février 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de Dijon |
| Section | Tribunal Administratif de Dijon |
| N° Dossier | TA21-2500182 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 21 janvier 2025, et un mémoire complémentaire produit le 30 janvier 2025, M. A C, représenté par Me Clemang, demande au juge des référés :
1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de la décision implicite de refus opposée par le préfet de Saône-et-Loire à sa demande de titre de séjour ;
2°) de faire injonction au préfet de Saône-et-Loire de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour avec droit au travail dans les trois jours suivant la notification de l'ordonnance à venir ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat le paiement de la somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la condition d'urgence est remplie, dès lors qu'il jouit du droit à se voir délivrer le titre de séjour sollicité, que l'administration n'a pas réellement instruit sa demande et que la décision attaquée le prive de la possibilité de travailler, donc de subvenir aux besoins de sa famille ;
- il est fait état de moyens propres à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée, laquelle :
•est entachée d'erreur de droit au regard de l'article 6-2 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968, le préfet pouvant légalement prétendre, s'agissant d'une première demande de certificat de résidence, contrôler la réalité de la vie commune entre les époux ;
•est entachée d'erreur d'appréciation au regard de ce même article ;
•méconnaît également l'article 6-4 du même accord.
Par un mémoire en défense enregistré le 27 janvier 2025, le préfet de Saône-et-Loire conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
- l'urgence alléguée n'est pas démontrée ;
- aucun des moyens invoqués n'est de nature à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée ; en effet :
•le requérant ne justifie pas d'une communauté de vue avec son épouse de nationalité française ;
•il ne démontre pas davantage contribuer aux besoins de son enfant français.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- la requête au fond n° 2500183, enregistrée le 21 janvier 2025.
Vu :
- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus, au cours de l'audience publique, tenue en présence de Mme Lelong, greffière d'audience :
- le rapport de M. Zupan, juge des référés ;
- les observations de Me Clemang, pour M. C, qui a repris les conclusions et moyens exposés dans ses écritures.
L'instruction a été déclarée close à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. A C, ressortissant algérien né en 1990 et entré en France en mai 2024 muni d'un visa de court séjour revêtu de la mention " famille de français ", cela en raison de son mariage avec Mme B C, de nationalité française, demande au juge des référés d'ordonner la suspension de l'exécution de la décision implicite de refus opposée par le préfet de Saône-et-Loire à sa demande de certificat de résidence " vie privée et familiale ".
2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ". L'article R. 522-1 du même code dispose, en son premier alinéa : " La requête visant au prononcé de mesures d'urgence doit () justifier de l'urgence de l'affaire ".
3. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, lorsqu'il lui est demandé de suspendre l'exécution d'une décision refusant la délivrance d'un titre de séjour ou le bénéfice d'une mesure de regroupement familial, d'apprécier et de motiver l'urgence compte tenu de l'incidence immédiate de cette décision sur la situation concrète du demandeur et de ses proches. Si cette condition d'urgence est en principe constatée dans le cas du retrait ou du refus de renouvellement d'un titre de séjour, il appartient en revanche au requérant, dans les autres cas, de justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui de bénéficier à très bref délai d'une mesure provisoire dans l'attente d'une décision juridictionnelle statuant sur la légalité de la décision litigieuse.
4. Ni le droit au séjour dont M. C revendique le bénéfice, ni l'inertie imputée à l'administration dans le traitement de sa demande de certificat de résidence, qui n'aurait donné lieu à aucune instruction effective, ne sont de nature, par eux-mêmes, à caractériser l'urgence alléguée. Si le requérant, par ailleurs, est marié et père d'un enfant français, sans que la communauté de vie entre les époux non plus que la contribution de l'intéressé à l'éducation de cet enfant soient sérieusement contestés, ces considérations ne peuvent suffire à caractériser l'existence de circonstances particulières au sens des principes rappelés au point précédent, ce d'autant qu'aucune précision n'est apportée sur les conditions d'existence matérielles du foyer, en particulier sur les revenus procurés par l'activité professionnelle de Mme C. La condition d'urgence n'est donc pas remplie.
5. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur le sérieux des moyens invoqués, que M. C n'est pas fondé à demander la suspension de l'exécution de la décision attaquée.
6. Enfin, les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, soit condamné à verser à C la somme qu'il réclame en remboursement des frais exposés et non compris dans les dépens.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de C est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A C et au ministre de l'intérieur.
Copie en sera adressée au préfet de Saône-et-Loire.
Fait à Dijon, le 5 février 2025.
Le président du tribunal, juge des référés,
David Zupan
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
La greffière
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