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AccueilJurisprudence administrativeN° TA21-2500420

Tribunal Administratif de Dijon — Décision N° TA21-2500420

vendredi 28 février 2025

JuridictionTribunal Administratif de Dijon
SectionTribunal Administratif de Dijon
N° DossierTA21-2500420
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Dijon, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de Mme C, assistante familiale, qui sollicitait la suspension de la décision du département de l'Yonne suspendant son agrément. Le juge a estimé que la condition d'urgence n'était pas remplie, la requérante ne démontrant pas un préjudice suffisamment grave et immédiat, notamment au regard du maintien de sa rémunération prévu par les articles L. 423-8 et D. 423-21 du code de l'action sociale et des familles. En conséquence, la demande de suspension a été rejetée.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 10 février 2025, Mme A D C, représenté par Me Cacciapaglia, demande au juge des référés :

1°) d'ordonner, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de la décision en date du 10 décembre 2024 du département de Saône et Loire portant suspension de son agrément d'assistante familiale ;

2°) d'enjoindre au président du conseil départemental de l'Yonne de procéder au rétablissement de son agrément d'assistante familiale dans un délai de quinze jours à compter de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard sur le fondement des articles L.911-1 et suivant du code de justice administrative ;

3°) de mettre à la charge du département de Saône-et-Loire la somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Mme C soutient que :

- la condition d'urgence est remplie eu égard aux conséquences financière de la décision contestée, et à l'absence d'intérêt public qui s'oppose à la suspension en urgence de la décision litigieuse ;

- il peut justifier de l'existence d'un moyen sérieux, et tenant à :

o l'incompétence de l'auteur de l'acte ;

o l'insuffisance de motivation en fait et en droit ;

o l'absence d'information de la commission consultative paritaire départementale ;

o l'erreur d'appréciation et la violation de l'article L. 421-6 du code de l'action sociale et des familles ;

Par un mémoire en défense enregistré le 19 février 2025, le département de l'Yonne conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que la condition d'urgence n'est pas remplie, et que la requérante ne fait état d'aucun moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête n° 2500421, enregistrée le 10 février 2025, tendant à l'annulation de la décision susmentionnée.

Vu :

- le code de l'action sociale et des familles ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a, par une décision du 11 janvier 2024, désigné M. B pour exercer les fonctions de juge des référés au titre du livre V du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique qui s'est tenue le 25 février 2025 en présence de Mme Kieffer, greffière, M. B a lu son rapport et entendu les observations de Me Gourinat, substituant Me Cacciapaglia pour Mme C.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C a été agréée en qualité d'assistante familiale à compter du 24 avril 2018 par le département de l'Yonne, pour l'accueil à domicile de trois enfants. Par une décision du 10 décembre 2024, le département de l'Yonne a suspendu l'agrément de Mme C. Par une requête n° 2500421, Mme C a demandé au tribunal d'annuler cette décision du 10 décembre 2024. Par la présente requête, elle demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, d'en suspendre l'exécution.

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".

3. La condition d'urgence à laquelle est subordonné le prononcé d'une mesure de suspension doit être regardée comme remplie lorsque la décision contestée préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à la situation du requérant et aux intérêts qu'il entend défendre. Il en va ainsi, alors même que cette décision n'aurait un objet ou des répercussions que purement financiers et que, en cas d'annulation, ses effets pourraient être effacés par une réparation pécuniaire. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande tendant à la suspension d'une telle décision, d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de celle-ci sur la situation de ce dernier ou, le cas échéant, des personnes concernées, sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue.

4. Aux termes de l'article L. 423-8 du code de l'action sociale et des familles, rendu applicable aux assistants familiaux employés par des personnes morales de droit public par l'article L. 422-1 du même code : " En cas de suspension de l'agrément, l'assistant maternel ou l'assistant familial relevant de la présente section est suspendu de ses fonctions par l'employeur pendant une période qui ne peut excéder quatre mois. Durant cette période, l'assistant maternel bénéficie d'une indemnité compensatrice qui ne peut être inférieure à un montant minimal fixé par décret. Durant la même période, l'assistant familial suspendu de ses fonctions bénéficie du maintien de sa rémunération, hors indemnités d'entretien et de fournitures ". Et aux termes de l'article D.423-21 du même code : " Les indemnités et fournitures destinées à l'entretien de l'enfant confié à un assistant familial couvrent les frais engagés par l'assistant familial pour la nourriture, l'hébergement, l'hygiène corporelle, les loisirs familiaux et les déplacements de proximité liés à la vie quotidienne de l'enfant, à l'exception des frais d'habillement, d'argent de poche, d'activités culturelles ou sportives spécifiques, de vacances ainsi que les fournitures scolaires, pris en charge au titre du projet individualisé pour l'enfant, mentionné au deuxième alinéa de l'article L.421-16 ". Il ressort de la combinaison de ces dispositions que la durée de la suspension de fonctions est limitée à quatre mois, et que pendant cette suspension, l'assistante familiale, activité exercée par Mme C, continue à bénéficier de sa rémunération, à l'exception des indemnités d'entretien et de fournitures, lesquelles ne constituent pas un revenu net, mais un remboursement de frais auxquelles elle ne sera plus exposée du fait même de la mesure de suspension.

5. L'arrêté contesté, en son article 2 précise qu'il entrera en vigueur à compter de sa notification. Il est constant qu'il a été notifié le 11 décembre 2024. En application des dispositions précitées de l'article L. 423-8 du code de l'action sociale et des familles, ses effets prendront ainsi fin le 11 avril 2025. Alors que Mme C conserve sa rémunération principale, et qu'elle ne se prévaut que de 526,17 euros de charges mensuelles, elle ne peut utilement soutenir que sa rémunération, qu'elle évalue elle-même dans une fourchette de 1 200 à 7 300 euros, sera insuffisante pour couvrir ses charges fixes, et qu'elle sera placée dans une situation de précarité financière, du seul fait de la privation, pendant la courte période restant de suspension de son agrément, de ses indemnités d'entretien et de fournitures, qui ne constituent pas un revenu net, ainsi qu'il a été dit au point précédent.

6. Il résulte de ce qui précède que Mme C n'est pas fondée à demander la suspension de l'exécution de la décision contestée du 10 décembre 2024 du président du conseil départemental de l'Yonne. Sa requête doit être rejetée, y compris ses conclusions en injonction et celles tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

ORDONNE :

Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A D C et au président du conseil départemental de l'Yonne. Copie en sera adressée au préfet de l'Yonne.

Fait à Dijon le 28 février 2025.

Le juge des référés,

P. B

La République mande et ordonne au préfet de l'Yonne, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Le greffier,

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