mardi 25 février 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de Dijon |
| Section | Tribunal Administratif de Dijon |
| N° Dossier | TA21-2500424 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | JU REFERE ETR 15 JOURS |
| Avocat requérant | CARRILLO CRUZ |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 10 février 2025, Mme A D B C, représenté par Me Carrillo Cruz, demande au tribunal :
1°) d'annuler les arrêtés du 28 janvier 2025 par lesquels le préfet de Saône-et-Loire, d'une part, lui a assigné l'obligation de quitter sans délai le territoire français, a désigné le pays à destination duquel elle pourra être renvoyée d'office et a prescrit à son encontre une interdiction de retour pour une durée d'un an, d'autre part, l'a assignée à résidence dans l'arrondissement de Chalon-sur-Saône pour une durée de quarante-cinq jours ;
2°) de faire injonction au préfet de Saône-et-Loire de réexaminer sa situation et de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " ;
3°) de condamner l'Etat à lui verser la somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- s'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :
•cette décision ne satisfait pas à l'exigence de motivation prescrite par les articles L. 211-1 et suivants du code des relations entre le public et l'administration ;
• elle repose sur des motifs contradictoires et des faits inexacts ;
•elle est entachée d'irrégularité, faute pour l'administration de l'avoir préalablement entendue et mise en mesure de présenter les documents propres à justifier de son droit au séjour ;
•la mesure litigieuse lui a été notifiée sans l'assistance d'un interprète, en violation de l'article L. 141-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
•elle est entachée d'un défaut d'examen attentif de sa situation ;
•elle méconnaît l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
•elle méconnaît l'article L. 423-23 du même code ;
•elle a été prise en violation de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- s'agissant de la décision lui refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire :
• cette décision est insuffisamment motivée ;
• elle est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;
• elle méconnaît l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
• elle procède d'une erreur manifeste d'appréciation et porte atteinte à ses droits privés et familiaux, en violation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
• elle est dépourvue de base légale du fait de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;
- s'agissant de la décision portant interdiction de retour :
• cette décision est insuffisamment motivée ;
• elle est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;
• elle procède d'une erreur manifeste d'appréciation et porte atteinte à ses droits privés et familiaux ;
• elle a été prise en violation des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- s'agissant de la décision désignant le pays de destination :
• cette décision est dépourvue de base légale du fait de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;
• elle est insuffisamment motivée ;
• elle méconnaît l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
• elle a été prise en violation de l'article 8 de la même convention ;
- s'agissant de l'arrêté d'assignation à résidence :
• cet arrêté est dépourvu de base légale du fait de l'illégalité de la décision refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire ;
• l'obligation de pointage est excessivement contraignante et disproportionnée ;
• l'arrêté litigieux lui a été notifié sans l'assistance d'un interprète, en violation de l'article L. 141-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
Par un mémoire en défense enregistré le 18 février 2025, le préfet de Saône-et-Loire conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- les moyens tirés de la méconnaissance des articles L. 141-3, L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile sont inopérants et au surplus infondés ;
- les autres moyens invoqués sont infondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
A été seulement entendu, au cours de l'audience publique, le rapport de M. Zupan, les parties n'étant ni présentes ni représentées.
L'instruction a été déclarée close à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B C, née en 1995 et de nationalité colombienne, est entrée régulièrement en France en juin 2024, munie d'un passeport dont la seule présentation l'autorisait à séjourner dans l'espace Schengen pendant une période totale de quatre-vingt-dix jours au cours cent-quatre-vingt jours suivant cette entrée. Elle demande au tribunal d'annuler les arrêtés, en date du 28 janvier 2025, par le préfet de Saône-et-Loire, d'une part, lui a assigné l'obligation de quitter sans délai le territoire français, a désigné le pays à destination duquel elle pourra être renvoyée d'office et a prescrit à son encontre une interdiction de retour pour une durée d'un an, d'autre part, l'a assignée à résidence dans l'arrondissement de Chalon-sur-Saône pour une durée de quarante-cinq jours.
Sur les conclusions dirigées contre l'arrêté d'éloignement :
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
2. En premier lieu, le droit d'être entendu préalablement à l'adoption d'une décision de d'éloignement, expression d'un principe général du droit de l'Union européenne, implique que l'autorité administrative mette l'étranger concerné à même de présenter ses observations de manière utile et effective. Il n'en résulte cependant pas l'obligation, pour l'administration, d'inviter l'intéressé à faire valoir ses observations de façon spécifique sur la décision l'obligeant à quitter le territoire français, dès lors qu'il a pu être entendu sur l'irrégularité de son séjour ou la perspective de son éloignement. En outre, une irrégularité dans l'exercice des droits de la défense lors d'une procédure d'éloignement ne caractérise pas nécessairement une violation de ceux-ci justifiant l'annulation de la mesure. Il appartient ainsi à l'étranger d'établir devant le juge que les éléments dont il n'a pas été mis à même de faire état auraient pu influer sur le sens de la décision et à ce juge d'apprécier si, eu égard à l'ensemble des faits et circonstances de la cause, l'irrégularité commise a effectivement privé le requérant de la possibilité de mieux faire valoir sa défense, cela dans une mesure telle que l'administration aurait pu renoncer à prescrire son éloignement.
3. En l'espèce, s'il ne ressort pas des pièces du dossier que Mme B C ait été informée de ce qu'elle était susceptible de faire l'objet d'une mesure d'éloignement, elle a du moins été auditionnée et mise à même de présenter l'ensemble des observations utiles concernant sa situation et les raisons de son séjour en France. La requérante au demeurant, n'apporte aucune précision sur les informations et documents qu'elle prétend avoir été empêchée de communiquer à l'administration. Le moyen tiré de la privation du droit d'être entendu ne saurait, dans ces conditions, être accueilli.
4. En deuxième lieu, les conditions dans lesquelles un acte individuel est notifié à son destinataire n'a d'incidence, le cas échéant, que sur l'exercice des voies de recours ouvertes contre lui, et notamment sur le cours du délai prévu à cet effet, mais non sur sa légalité. Ainsi, le moyen tiré de ce que l'arrêté d'éloignement contesté a été notifié à Mme B C sans l'assistance d'un interprète, en prétendue méconnaissance des dispositions de l'article L. 141-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, est en tout état de cause inopérant.
5. En troisième lieu, la décision en litige retrace les conditions d'entrée et de séjour en France de Mme B C, indique sa situation familiale, en soulignant notamment que son époux fait également l'objet d'une mesure d'éloignement, et vérifie qu'elle ne justifie pas d'un droit au séjour ni ne jouit d'une protection contre l'éloignement. Si la requérante, par ailleurs, soutient que cette décision " omet des dispositions juridiques applicables ", elle s'abstient elle-même de désigner celles dont le visa lui paraît ainsi faire défaut. Le préfet de Saône-et-Loire a ainsi satisfait, tant en droit qu'en fait, à l'exigence de motivation, laquelle résulte d'ailleurs, en la matière, de l'article L 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et non des dispositions du code des relations entre le public et l'administration invoquées par la requérante.
6. En quatrième lieu, il ne ressort ni de cette motivation ni d'aucune des pièces du dossier que le préfet de Saône-et-Loire aurait négligé de procéder à un examen particulier de la situation de Mme B C et commis à ce titre une erreur de droit.
7. En cinquième lieu, le moyen, à peine esquissé dans les développements relatifs au prétendu défaut de motivation de la décision en litige, tiré de ce que celle-ci serait en outre entachée de contradictions et d'inexactitude matérielle des faits, n'est pas assorti de précisions suffisantes pour permettre au tribunal d'en apprécier le bien-fondé.
8. En sixième lieu, Mme B C, qui n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour et à qui l'arrêté attaqué n'oppose pas un refus de titre de séjour, n'invoque pas utilement, à l'encontre de l'obligation de quitter le territoire français, la méconnaissance des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
9. En admettant même que la requérante, en se référant à ces dispositions, ait entendu revendiquer un droit au séjour s'opposant à ce qu'une mesure d'éloignement soit prise contre elle, ce moyen demeurerait en tout état de cause inopérant en tant qu'il se réfère à l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, lequel régit une modalité d'admission exceptionnelle au séjour sans instituer, dans aucune circonstance, un quelconque droit. Le même moyen, en tant qu'il se réfère à l'article L. 423-23 du même code, lequel confère un droit au séjour à l'étranger justifiant " de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus ", ne saurait davantage prospérer, dès lors que Mme B C vit en France depuis seulement quelques mois -et non depuis 2001 comme il est prétendu dans le mémoire introductif d'instance-, que son époux, s'il y vit pour sa part depuis plus longtemps, est également sous le coup d'un arrêté d'éloignement après avoir été débouté de sa demande d'asile, qu'elle ne justifie d'aucune insertion significative dans la société française et qu'elle n'est pas dépourvue dans son pays d'origine.
10. Aux termes, enfin, de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant signée à New York le 26 janvier 1990 : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions politiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Il résulte de ces stipulations, lesquelles peuvent être utilement invoquées à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir, que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.
11. L'arrêté attaqué n'a pas pour effet de séparer Mme B C de son enfant ni ce dernier de son père, lequel fait également l'objet, ainsi qu'il a été dit, d'une mesure d'éloignement. Par ailleurs, la scolarisation de cet enfant né en août 2020 peut se poursuivre sans dommage particulier dans son pays d'origine. Ainsi, le moyen tiré de la violation de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doit être écarté.
En ce qui concerne la décision refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire :
12. Aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ". L'article L. 612-3 du même code précise : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : / () 2° L'étranger s'est maintenu sur le territoire français au-delà de la durée de validité de son visa ou, s'il n'est pas soumis à l'obligation du visa, à l'expiration d'un délai de trois mois à compter de son entrée en France, sans avoir sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; / () 4° L'étranger a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français ". L'article L. 613-2 de ce code impose au préfet de motiver la décision par laquelle il refuse d'accorder à un étranger le délai de départ volontaire de droit commun de rente mois prévu par l'article L. 612-1.
13. En premier lieu, l'arrêté attaqué vise les textes cités au point précédent, relève que Mme B C s'est maintenue irrégulièrement sur le territoire français plus de trois mois après l'expiration de son visa sans avoir sollicité une carte de séjour et a explicitement fait part de son intention de ne pas se soumettre à l'obligation de quitter le territoire français, enfin, qu'aucune circonstance particulière ne s'oppose à ce qu'aucun délai de départ volontaire lui soit accordé. Cette motivation est suffisante.
14. En deuxième lieu, il ne résulte ni de cette motivation ni d'aucune des autres pièces du dossier que le préfet de Saône-et-Loire aurait méconnu l'étendue de son pouvoir d'appréciation ou pris sa décision sans procéder à un examen particulier de la situation de Mme B C et ainsi commis une erreur de droit.
15. En troisième lieu, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'encourant pas la censure, il est vainement excipé de son illégalité à l'appui des conclusions visant le refus de délai de départ volontaire.
16. En quatrième lieu, Mme B C, en se bornant à faire valoir, pour contester l'existence d'un risque de la voir se soustraire à l'exécution de la mesure d'éloignement, qu'elle dispose d'une adresse stable et d'un passeport en cours de validité, sans aucunement discuter des motifs de la décision attaquée reposant sur les 2° et 4° de l'article L. 612-3 précité du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ne démontre pas ni la méconnaissance alléguée de l'article L. 612-2 du même code, ni l'erreur d'appréciation imputée au préfet de Saône-et-Loire.
17. En cinquième lieu, la requérante, ainsi qu'il a été dit, vit depuis peu en France, ne démontre pas y être insérée socialement ou professionnellement et ne peut utilement se prévaloir de la présence de son époux, lequel s'est également vu notifier un arrêt d'éloignement. Dans ces circonstances, et quand bien même son enfant est actuellement scolarisé en classe maternelle, le refus de délai de départ volontaire ne peut être regardé, en tant que tel, comme portant une atteinte excessive à ses intérêts privé et familiaux, en violation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Ce moyen ne peut donc être accueilli.
En ce qui concerne l'interdiction de retour :
18. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour ". L'article L. 612-10 du même code dispose : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français ". L'article L. 613-2 de ce code, en son second alinéa, impose à l'autorité préfectorale de motiver l'interdiction de retour.
19. En premier lieu, la décision attaquée vise ces dispositions, rappelle qu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à Mme B C, indique que la situation de celle-ci ne fait pas apparaître de circonstances humanitaires s'opposant à ce que soit prescrite à son encontre une interdiction de retour, et, pour déterminer la durée de cette mesure, relève que l'intéressée a très peu d'ancienneté de séjour en France et n'y a pas d'attaches particulières, tout en concédant qu'elle n'a pas déjà fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français et ne trouble pas l'ordre public. Cette motivation est suffisante pour satisfaire aux exigences de l'article L. 613-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
20. En deuxième lieu, ni cette motivation ni les autres pièces du dossier ne donnent de consistance au moyen tiré d'un défaut d'examen particulier de la situation de la requérante. Elles ne font pas davantage apparaître que le préfet de Saône-et-Loire se serait mépris sur l'étendue de son pouvoir d'appréciation.
21. En troisième lieu, le que la requérante soit accompagnée d'un enfant en bas âge ne saurait suffire à établir l'existence de circonstances humanitaires au sens de l'article L. 612-6 précité du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ni caractériser une erreur manifeste d'appréciation dans la fixation de la durée de l'interdiction de retour sur le territoire français.
22. En quatrième lieu, Mme B C ne peut utilement invoquer la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales à l'encontre de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français, laquelle n'a ni pour objet ni pour effet de la renvoyer dans son pays d'origine.
23. En cinquième lieu, le moyen tiré de la violation de l'article 8 de la même convention doit être écarté pour les mêmes raisons que celles énoncées aux points 9 et 17 ci-dessus.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
24. En premier lieu, l'arrêté attaqué, en tant qu'il désigne, comme pays de renvoi de Mme B C, la Colombie ou tout autre pays dans lequel elle est légalement admissible, vise les articles L. 721-3 à L.721-5 du code l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et indique que l'intéressée " n'établit pas être exposée à des peines ou traitements contraires à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ". Cette motivation est suffisante.
25. En deuxième lieu, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'encourant pas la censure, il est vainement excipé de son illégalité à l'appui des conclusions visant la décision désignant le pays à destination duquel la requérante pourra être renvoyée d'office.
26. En troisième lieu, l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile prévoit qu'un étranger " ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ".
27. Mme B C fait valoir que ses deux beaux-frères ont été approchés par les Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC), mouvement armé insurrectionnel qui a cherché à les recruter avant d'assassiner l'un d'eux puis de menacer l'ensemble de la famille, en particulier son époux, et de racketter la mère de ce dernier, qui tient un commerce. Elle ajoute que cette famille a été reconnue par l'Etat colombien, en 2021, comme victime du conflit interne armé que traverse la Colombie. Toutefois, ces allégations ne sont corroborées par aucun élément de preuve, la requérante se bornant à citer des articles de presse ou des extraits de site internet qui décrivent la situation générale en Colombie ou dans la région dont elle est originaire, sans démontrer ni même évoquer l'existence de menaces actuelles et personnelles. Dans ces conditions, et alors que la demande d'asile de M. C E, époux de la requérante, a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides puis par la Cour nationale du droit d'asile, ce moyen ne saurait être accueilli.
28. Enfin, dès lors que Mme B C, d'une part, ne justifie d'aucune vocation à vivre durablement en France, cela pour les raisons déjà exposées aux points 9 et 17 ci-dessus, d'autre part, a conservé des attaches familiales en Colombie, pays dans lequel elle n'établit pas, comme il vient d'être dit, être exposée, en même temps que ses proches, à des menaces de traitements inhumains ou dégradants, la décision attaquée ne peut être regardée comme portant une atteinte excessive à ses intérêts privés et familiaux, en violation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Doit également être écarté, pour les mêmes raisons, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation des conséquences de la décision contestée sur la situation personnelle de Mme B C et de ses proches.
Sur les conclusions dirigées contre l'arrêté d'assignation à résidence :
29. En premier lieu, le moyen tiré de ce que l'arrêté en litige n'a pas été notifié dans les conditions prévues par l'article L. 141-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être rejeté pour le motif déjà énoncé au point 4.
30. En deuxième lieu, l'arrêté d'éloignement n'encourant pas la censure compte tenu de l'ensemble des énonciations qui précèdent, il est vainement excipé de son illégalité à l'appui des conclusions visant l'arrêté d'assignation à résidence.
31. Aux termes, en troisième lieu, de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : / 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins de trois ans auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé ; / 2° L'étranger doit être éloigné en exécution d'une interdiction de retour sur le territoire français prise en application des articles L. 612-6, L. 612-7 et L. 612-8 () ". L'article R. 733-1 du même code dispose : " L'autorité administrative qui a ordonné l'assignation à résidence de l'étranger en application des articles L. 761-1, L. 731-3, L. 731-4 ou L. 731-5 définit les modalités d'application de la mesure : / 1° Elle détermine le périmètre dans lequel il est autorisé à circuler muni des documents justifiant de son identité et de sa situation administrative et au sein duquel est fixée sa résidence ; / 2° Elle lui désigne le service auquel il doit se présenter, selon une fréquence qu'elle fixe dans la limite d'une présentation par jour, en précisant si l'obligation de présentation s'applique les dimanches et les jours fériés ou chômés ; / 3° Elle peut lui désigner une plage horaire pendant laquelle il doit demeurer dans les locaux où il réside ".
32. Si Mme B C argue du caractère excessivement contraignantes des modalités de contrôle de l'assignation à résidence qui lui sont assignées par l'arrêté attaqué, lequel lui impose de se présenter quotidiennement, exceptés les samedis, dimanches et jours fériés ou chômés, à 9 heures, au commissariat de Chalon-sur-Saône, elle n'apporte aucune précision concrète sur les difficultés qui en résultent pour elle, notamment en considération de la scolarisation de son enfant et de son lieu de résidence. Elle invoque par ailleurs inutilement les contraintes professionnelles de son époux qui, étant en situation irrégulière, ne peut légalement exercer quelque activité professionnelle que ce soit. Le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées doit dès lors être écarté.
33. Il résulte de tout ce qui précède que Mme B C n'est pas fondée à demander l'annulation des arrêtés du préfet de Saône-et-Loire du 28 janvier 2025.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
34. Le présent jugement, qui rejette les conclusions aux fins d'annulation présentées par Mme B C, n'appelle aucune mesure d'exécution, de sorte que les conclusions en injonction ne peuvent qu'être également rejetées.
Sur les frais liés au litige :
35. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative s'opposent à ce que l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, soit condamné à verser quelque somme que ce soit à Mme B C au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme B C est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A D B C et au préfet de Saône-et-Loire.
Copie en sera adressée pour information au ministre d'Etat, ministre de l'intérieur.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 février 2025.
Le président-rapporteur,
David Zupan
La greffière
S. Kieffer
La République mande et ordonne au préfet de Saône-et-Loire, en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026