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AccueilJurisprudence administrativeN° TA21-2500430

Tribunal Administratif de Dijon — Décision N° TA21-2500430

vendredi 27 juin 2025

JuridictionTribunal Administratif de Dijon
SectionTribunal Administratif de Dijon
N° DossierTA21-2500430
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantDJERMOUNE YASSINE

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Dijon a rejeté la requête de M. B, ressortissant géorgien, contestant un arrêté préfectoral du 7 janvier 2025 portant obligation de quitter le territoire français, fixation du pays de destination et interdiction de retour d’un an. Le tribunal a estimé que le droit d’être entendu de M. B n’avait pas été méconnu et que la décision d’éloignement n’était pas entachée d’erreur manifeste d’appréciation. Il a également jugé que l’interdiction de retour était justifiée et que les conclusions à fin de suspension de la mesure d’éloignement étaient devenues sans objet, le recours de M. B devant la Cour nationale du droit d’asile ayant été rejeté. La solution s’appuie notamment sur les articles L. 611-1 et L. 613-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, ainsi que sur les principes généraux du droit de l’Union européenne.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 10 février 2025, M. A B, représenté par Me Djermoune, demande au tribunal :

1°) d'annuler les décisions portant obligation de quitter le territoire français, fixation du pays de destination et interdiction de retour sur le territoire français, contenues dans l'arrêté du 7 janvier 2025, par lequel le préfet de Saône-et-Loire l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office et a assorti ces décisions d'une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an ;

2°) de suspendre la mesure d'éloignement contenue dans cet arrêté jusqu'à la décision de la Cour nationale du droit d'asile, sur le fondement de l'article L. 752-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros, à verser à son conseil, au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- sa requête n'est pas tardive ;

- il n'est pas établi qu'il aurait été en mesure de faire valoir, de manière utile et effective, ses observations sur les mesures que le préfet envisageait de prendre à son encontre, en méconnaissance de son droit d'être entendu, qui fait partie intégrante du respect des droits de la défense, principe général de l'Union européenne ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation eu égard aux motifs de sa demande d'asile ;

- le préfet a méconnu le premier alinéa de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et n'a pas procédé à un examen préalable et particulier de sa situation, en l'absence de saisine du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration ;

- le préfet a commis une erreur d'appréciation en assortissant l'obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an ;

- il justifie d'éléments sérieux permettant de remettre en cause le bien-fondé de la décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides et notamment d'éléments relatifs aux risques de persécution encourus en cas de retour dans son pays d'origine, de sorte qu'il est fondé à demander la suspension de la mesure d'éloignement.

La requête a été communiquée le 19 février 2025 au préfet de Saône-et-Loire, qui n'a pas produit de mémoire en défense, mais des pièces, enregistrées le 27 février 2025, qui ont été communiquées.

Par une ordonnance du 27 mars 2025, la clôture de l'instruction a été fixée au 27 avril 2025 à 12 heures.

Le préfet de Saône-et-Loire a produit, à la demande du tribunal, une pièce complémentaire, enregistrée le 28 avril 2025, qui a été communiquée dans les conditions prévues par les dispositions de l'article R. 613-1-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été informées le 5 mai 2025, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré du non-lieu à statuer sur les conclusions à fin de suspension présentées par M. B, dès lors que le recours de M. B dirigé contre la décision du 12 novembre 2024 du directeur général de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides a été rejeté par une ordonnance du 24 mars 2025 du président désigné par le président de la Cour nationale du droit d'asile, qui lui a été notifiée le 16 avril 2025.

Par une décision du 17 mars 2025, M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Nicolet,

- les observations de Me Ben Hadj Younès, substituant Me Djermoune, représentant M. B.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, ressortissant géorgien né en 1977 qui a déclaré être entré régulièrement en France le 25 juin 2024, a formé une demande d'asile le 4 juillet 2024 auprès des services de la préfecture de la Côte-d'Or, qui a été rejetée par une décision du 12 novembre 2024 de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides. Par un arrêté du 7 janvier 2025, le préfet de Saône-et-Loire l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office et a assorti ces décisions d'une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an. M. B demande au tribunal d'annuler la mesure d'éloignement, la décision fixant le pays de destination et l'interdiction de retour sur le territoire français et de prononcer la suspension de la mesure d'éloignement jusqu'à ce que la Cour nationale du droit d'asile se soit prononcé sur son recours dirigé contre la décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, lorsqu'il oblige un étranger à quitter le territoire français sur le fondement des dispositions de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet doit appliquer les principes généraux du droit de l'Union européenne, dont celui du droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle défavorable ne soit prise à son encontre, tel qu'il est énoncé notamment au 2 de l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne. Ce droit n'implique pas systématiquement l'obligation pour l'administration d'organiser, de sa propre initiative, un entretien avec l'intéressé, ni même d'inviter ce dernier à produire ses observations, mais suppose seulement que, informé de ce qu'une décision lui faisant grief est susceptible d'être prise à son encontre, il soit en mesure de présenter spontanément des observations écrites ou de demander un entretien pour faire valoir ses observations orales. Enfin, une atteinte à ce droit n'est susceptible d'affecter la régularité de la procédure à l'issue de laquelle la décision faisant grief est prise que si la personne concernée a été privée de la possibilité de présenter des éléments pertinents qui auraient pu influer sur le contenu de la décision, ce qu'il lui revient, le cas échéant, d'établir devant la juridiction saisie.

3. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier qu'à l'occasion d'un contrôle effectué par les services de gendarmerie, M. B a fait l'objet le 7 janvier 2025 d'une retenue pour vérification de son droit au séjour avant l'édiction des décisions en litige, qu'il a pu, à cette occasion, faire valoir tous éléments utiles tirés de sa situation personnelle et familiale et qu'il a été invité à présenter ses observations quant à l'éventualité d'une mesure d'éloignement. M. B a, au demeurant, fait part de son accord, à cette occasion, pour quitter le territoire français. S'il n'a pas été spécifiquement invité à présenter ses observations sur la perspective de l'édiction d'une interdiction de retour sur le territoire français, M. B a été mis en mesure de faire valoir tous les éléments de sa situation personnelle à l'occasion du dépôt de sa demande d'asile et de titre de séjour en juillet 2024 et il n'apporte aucune précision sur les éléments de cette situation qui auraient depuis évolué et feraient obstacle au prononcé d'une mesure d'interdiction du territoire, qu'il n'aurait pas été en mesure de faire valoir. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de son droit d'être entendu doit être écarté.

4. En deuxième lieu, M. B, qui séjourne sur le territoire français depuis un peu plus de six mois à la date de la décision attaquée, ne saurait utilement se prévaloir à l'encontre de la décision d'éloignement, qui ne fixe pas le pays de destination, de craintes pour sa vie en cas de retour dans son pays d'origine. En tout état de cause, le requérant, dont la demande d'asile a, au demeurant, été rejetée par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, ne justifie pas, à l'appui de ses allégations, la réalité des risques personnels et actuels qu'il encourrait en cas de retour dans son pays d'origine, ni davantage de liens qu'il aurait tissés en France ou d'une insertion particulière sur le territoire français, alors qu'il n'est pas contesté que son épouse réside dans son pays d'origine. Dans ces conditions, eu égard à la durée et aux conditions de séjour du requérant en France, il n'est pas fondé à soutenir que la mesure d'éloignement serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

5. En troisième lieu, aux termes du premier alinéa de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. Elle est édictée après vérification du droit au séjour, en tenant notamment compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France et des considérations humanitaires pouvant justifier un tel droit. ".

6. Il ne ressort d'aucune pièce du dossier que le préfet de Saône-et-Loire, qui a, contrairement à ce que soutient le requérant, examiné son droit au séjour dans les conditions prévues par les dispositions du premier alinéa de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, sa situation personnelle et familiale et sa situation administrative, fait état de sa demande de titre de séjour et des motifs, non contestés, de son rejet, n'aurait pas procédé à un examen particulier de sa situation. Par suite, les moyens tirés du défaut d'examen particulier de sa situation et de la méconnaissance de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doivent être écartés.

7. En quatrième lieu, si M. B soutient que le préfet aurait dû saisir le collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration au regard de son état de santé avant d'édicter une obligation de quitter le territoire français, il n'apporte aucune précision sur les raisons tirées de son état de santé qui feraient obstacle à son éloignement et il ne ressort pas davantage des pièces du dossier, et n'est pas même allégué, qu'il aurait transmis au préfet des éléments sur son état de santé. Dans ces conditions, le moyen ainsi soulevé ne peut qu'être écarté.

8. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11. ".

9. Le requérant est présent sur le territoire français depuis un peu plus de six mois à la date de la décision attaquée. Il ne justifie d'aucune insertion particulière ni d'aucun lien sur le territoire français, alors au contraire que son épouse et ses enfants résident en Géorgie. Dans ces conditions, quand bien même il n'a pas fait l'objet de mesure d'éloignement antérieure ni ne constitue une menace pour l'ordre public, le préfet de Saône-et-Loire n'a pas fait une inexacte application des dispositions précitées des articles L. 612-8 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en édictant à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an.

Sur les conclusions à fin de suspension :

10. Aux termes de l'article L. 752-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont le droit au maintien sur le territoire a pris fin en application des b ou d du 1° de l'article L. 542-2 et qui fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français peut, dans les conditions prévues à la présente section, demander au tribunal administratif la suspension de l'exécution de cette décision jusqu'à l'expiration du délai de recours devant la Cour nationale du droit d'asile ou, si celle-ci est saisie, soit jusqu'à la date de la lecture en audience publique de la décision de la cour, soit, s'il est statué par ordonnance, jusqu'à la date de la notification de celle-ci. ". L'article L. 752-11 dudit code dispose : " Le président du tribunal administratif ou le magistrat désigné, saisi en application des articles L. 752-6 ou L. 752-7, fait droit à la demande de l'étranger lorsque celui-ci présente des éléments sérieux de nature à justifier, au titre de sa demande d'asile, son maintien sur le territoire durant l'examen de son recours par la Cour nationale du droit d'asile. ".

11. Par une ordonnance du 24 mars 2025, le président désigné par le président de la Cour nationale du droit d'asile a rejeté le recours de M. B dirigé contre la décision du 12 novembre 2024 du directeur général de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides. Il ressort des pièces du dossier que cette ordonnance a été notifiée le 16 avril 2025. Par suite, il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions à fin de suspension présentées par M. B.

Sur les conclusions relatives à l'application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 :

12. Ces dispositions font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'État, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme demandée au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D É C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions de M. B à fin de suspension de la mesure d'éloignement contenue dans l'arrêté du 7 janvier 2025, par lequel le préfet de Saône-et-Loire l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office et a assorti ces décisions d'une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. B est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, au préfet de Saône-et-Loire et à Me Yassine Djermoune.

Copie en sera adressée au ministre d'État, ministre de l'intérieur.

Délibéré après l'audience du 10 juin 2025 à laquelle siégeaient :

- M. Nicolet, président,

- Mme Hascoët, première conseillère,

- M. Cherief, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 juin 2025.

Le Président-rapporteur,

P. Nicolet

L'assesseur le plus ancien,

P. Hascoët La greffière,

Bénédicte Massia-Kura

La République mande et ordonne au préfet de Saône-et-Loire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

La greffière,

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