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AccueilJurisprudence administrativeN° TA21-2500761

Tribunal Administratif de Dijon — Décision N° TA21-2500761

vendredi 27 juin 2025

JuridictionTribunal Administratif de Dijon
SectionTribunal Administratif de Dijon
N° DossierTA21-2500761
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantCENTAURE AVOCATS

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Dijon a rejeté la requête de Mme B A, ressortissante albanaise, qui contestait l'arrêté du préfet de Saône-et-Loire du 21 janvier 2025 lui faisant obligation de quitter le territoire français. Le tribunal a écarté les moyens d'incompétence et d'insuffisance de motivation, et a jugé que la décision fixant l'Albanie comme pays de destination ne méconnaissait pas l'article 3 de la Convention européenne des droits de l'homme, faute de preuves de risques personnels actuels. La demande de suspension de l'éloignement a également été rejetée, la requérante ne justifiant pas d'un doute sérieux sur le rejet de sa demande d'asile par l'OFPRA.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 28 février 2025, Mme B A, représentée par Me Bouthors, demande au tribunal :

1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 21 janvier 2025 par lequel le préfet de Saône-et-Loire lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle est susceptible d'être reconduite d'office ;

3°) d'enjoindre au préfet de Saône-et-Loire de lui délivrer un titre de séjour et de réexaminer sa situation ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros à verser à son conseil en application des dispositions combinées du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision d'éloignement est entachée d'incompétence de sa signataire et d'insuffisance de motivation, et son exécution doit être suspendue pour garantir le droit au recours effectif devant la Cour nationale du droit d'asile ;

- la décision fixant le pays de destination méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 11 avril 2025, le préfet de Saône-et-Loire conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.

Mme A été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 17 mars 2025.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience en application des dispositions de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

M. Nicolet a lu son rapport lors de l'audience publique qui s'est tenue en l'absence des parties.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B A, ressortissante albanaise née le 29 décembre 1978, demande d'annuler l'arrêté du 21 janvier 2025 par lequel le préfet de Saône-et-Loire lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle est susceptible d'être reconduite d'office.

2. Dès lors que la requérante a obtenu en cours d'instance l'aide juridictionnelle totale, il n'y a pas lieu de statuer sur sa demande tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

3. En vertu d'un arrêté du 5 novembre 2024, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial n°71-2024-246 de la préfecture du même jour, le préfet de Saône-et-Loire a donné délégation à Mme C D, directrice de la citoyenneté et de la légalité, à l'effet de signer notamment les arrêtés d'obligation de quitter le territoire français. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de la décision d'éloignement contestée manque en fait et doit être écarté.

4. La décision d'éloignement attaquée mentionne les considérations de droit et de fait sur lesquelles elle se fonde avec une précision suffisante et est ainsi suffisamment motivée.

5. Il est fait droit à la demande de suspension de la mesure d'éloignement si le juge a un doute sérieux sur le bien-fondé de la décision de rejet ou d'irrecevabilité opposée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides à la demande de protection, au regard des risques de persécutions allégués ou des autres motifs retenus par l'Office. A l'appui de ses conclusions à fin de suspension, qui peuvent être présentées sans le ministère d'avocat, la requérante peut se prévaloir d'éléments apparus et de faits intervenus postérieurement à la décision de rejet ou d'irrecevabilité de sa demande de protection ou à l'obligation de quitter le territoire français, ou connus postérieurement.

6. Il ressort en l'espèce des pièces du dossier que l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides a rejeté la demande d'asile de la requérante, ressortissante provenant d'un pays considéré comme d'origine sûre. Par ailleurs, la requérante ne présente aucun élément de nature à justifier, au titre de sa demande d'asile, son maintien sur le territoire durant l'examen de son recours par la Cour nationale du droit d'asile. Par suite, ses conclusions à fin de suspension de l'exécution de la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français doivent être rejetées.

7. La requérante soutient qu'en cas de retour dans son pays d'origine, elle serait exposée à des risques pour sa sécurité en raison de la présence d'individus qui occuperaient sa maison et auraient proféré des menaces de mort. Toutefois, l'intéressée n'apporte aucune preuve de la réalité des risques actuels et personnels qu'elle allègue encourir en cas de retour dans son pays d'origine par son seul récit qui n'est aucunement circonstancié, alors au demeurant que sa demande d'asile a été rejetée par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides du 26 novembre 2024. Dans ces conditions, le préfet de Saône-et-Loire n'a pas méconnu les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en fixant l'Albanie comme pays de renvoi.

8. Il résulte de tout ce qui précède que le surplus des conclusions de la requête doit être rejeté, y compris les conclusions à fin d'injonction et celles présentées au titre des frais de l'instance.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur la demande de Mme A tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme A est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A, au préfet de Saône-et-Loire et à Me Bouthors.

Copie en sera adressée au ministre d'Etat, ministre de l'intérieur.

Délibéré après l'audience du 10 juin 2025 à laquelle siégeaient :

- M. Nicolet, président,

- Mme Hascoët, première conseillère,

- M. Cherief, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 juin 2025.

Le Président-rapporteur,

P. Nicolet

L'assesseur le plus ancien,

P. Hascoët La greffière,

Bénédicte Massia-Kura

La République mande et ordonne au préfet de Saône-et-Loire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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