jeudi 26 juin 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de Dijon |
| Section | Tribunal Administratif de Dijon |
| N° Dossier | TA21-2500823 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | GRENIER |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 6 mars 2025, M. C A, représenté par
Me Grenier, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 27 janvier 2025 par lequel le préfet de Saône-et-Loire lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français durant un an ;
2°) d'enjoindre au préfet de Saône-et-Loire de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai de quinze jours suivant la notification du jugement à intervenir et de procéder à l'effacement de son signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen, dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement, le tout sous astreinte de
300 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros à verser à son conseil sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
S'agissant de la décision d'éloignement :
- il appartiendra au préfet de justifier de ce que son droit à être entendu a été respecté ;
- elle a été prise en violation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;
S'agissant de la décision refusant un délai de départ volontaire :
- elle devra être annulée par voie de conséquence de l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
- elle est entachée d'erreur d'appréciation au regard de la durée de sa présence en France et ses liens familiaux, a été prise en violation de la loi et est entachée d'une erreur de fait dès lors que son comportement ne constitue aucunement une menace pour l'ordre public ;
S'agissant de la décision d'interdiction de retour :
- elle est fondée sur une décision d'éloignement illégale ;
- elle a été prise en violation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
S'agissant de la décision portant fixation du pays de destination :
- il est recevable et bien fondé à exciper de l'illégalité de la décision d'éloignement initiale à l'encontre de la décision fixant le pays de renvoi.
Par un mémoire en défense, enregistré le 14 avril 2025, le préfet de Saône-et-Loire conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par décision du
17 mars 2025.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
La rapporteure publique a été dispensée de prononcer des conclusions à l'audience, sur sa proposition.
Les parties ont été régulièrement convoquées à l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme B,
- les observations de Me Weber, substituant Me Grenier, représentant M. A.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant angolais né le 20 mars 2003, déclare être entré en France en 2010, en compagnie de sa sœur. Le 26 janvier 2025, il a été découvert en situation irrégulière par les gendarmes de Tournus et a été placé en retenue administrative. Par arrêté du 27 janvier 2025, dont il demande l'annulation, le préfet de Saône-et-Loire lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français durant un an.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :
2. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que M. A a été auditionné le
27 janvier 2025 par les services de la gendarmerie de Tournus, qui l'ont interrogé sur sa situation familiale en France, les conditions de son arrivée, ses conditions de logement et sur les perspectives d'un retour dans son pays d'origine. M. A n'est dès lors pas fondé à soutenir que son droit d'être entendu n'a pas été respecté.
3. En deuxième lieu, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés
d'autrui ".
4. M. A se prévaut de l'ancienneté de sa présence en France, où il a suivi sa scolarité depuis mars 2012, ainsi que de ses liens avec sa sœur, qui séjourne régulièrement en France. Il indique être orphelin et avoir été confié après son arrivée en France aux services d'aide sociale à l'enfance. Il ressort également des pièces du dossier qu'il est inscrit dans un lycée à Dijon où il prépare un baccalauréat. Toutefois, M. A, célibataire et sans enfant et qui, jusqu'à sa majorité, était placé auprès d'une famille d'accueil, ne justifie pas, par les pièces versées à l'instance, de liens particulièrement forts avec sa sœur chez laquelle il ne vit pas ainsi que cela ressort du procès-verbal d'audition du 27 janvier 2025. Par ailleurs, alors qu'il est âgé de vingt et un ans, il ne produit aucun élément attestant d'une insertion particulière dans la société française et ne conteste pas être impliqué dans des faits d'escroquerie, commis en 2024.
5. Compte tenu de l'ensemble de ces éléments, M. A n'est pas fondé à soutenir que la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ni qu'elle emporte des conséquences d'une exceptionnelle gravité sur sa situation.
En ce qui concerne la décision refusant un délai de départ volontaire et la décision fixant le pays de destination :
6. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que M. A n'établit pas l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français, et n'est par suite pas fondé à exciper de son illégalité à l'appui de ses conclusions dirigées contre les décisions refusant un délai de départ volontaire et fixant le pays de destination.
7. En second lieu, aux termes aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; 2° L'étranger s'est vu refuser la délivrance ou le renouvellement de son titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de son autorisation provisoire de séjour au motif que sa demande était manifestement infondée ou frauduleuse ; 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ". Et aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; () 4° L'étranger a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français ;() 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il a refusé de communiquer les renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a communiqué des renseignements inexacts, qu'il a refusé de se soumettre aux opérations de relevé d'empreintes digitales ou de prise de photographie prévues au 3° de l'article L. 142-1, qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale ou qu'il s'est précédemment soustrait aux obligations prévues aux articles L. 721-6 à L. 721-8, L. 731-1, L. 731-3, L. 733-1 à L. 733-4, L. 733-6, L. 743-13 à L. 743-15 et L. 751-5 ".
8. M. A, présent en France depuis plus de dix ans, n'a pas, à sa majorité, sollicité de titre de séjour et se maintient ainsi irrégulièrement sur le territoire français. Il a déclaré lors de son audition ne pas souhaiter repartir dans son pays d'origine, et être hébergé temporairement chez une amie de sa sœur. Au regard de l'ensemble de ces éléments, le préfet n'a pas fait une inexacte application des dispositions précitées en estimant que M. A présentait un risque de se soustraire à la décision d'obligation de quitter le territoire français prise à son encontre, et en lui refusant pour ce motif un délai de départ volontaire. Il ne ressort pas des termes de l'arrêté attaqué que la décision de refus de délai de départ volontaire serait fondée sur la menace pour l'ordre public que présente le comportement de l'intéressé. Par suite, les moyens tirés de l'erreur d'appréciation, de la violation de la loi et de l'erreur de fait dont serait entachée cette décision doivent être écartés.
En ce qui concerne l'interdiction de retour :
9. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que M. A n'établit pas l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français, et n'est par suite pas fondé à exciper de son illégalité à l'appui de ses conclusions dirigées contre la décision lui faisant interdiction de retour sur le territoire français.
10. En second lieu, en vertu des articles L. 613-2, L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'autorité administrative, par une décision motivée, assortit l'obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français, qui ne peut excéder cinq ans, et dix ans en cas de menace grave pour l'ordre public, lorsque aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger en tenant compte, pour fixer la durée de cette interdiction de retour, de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français.
11. Il ressort de ce qui a été dit au point 4 que, malgré l'ancienneté de sa présence en France, M. A ne justifie ni de liens particuliers sur le territoire français, ni d'une insertion notable dans la société française. S'il ressort en outre des pièces du dossier que M. A est scolarisé dans un lycée dijonnais au titre de l'année 2024/2025, il ne justifie pas d'une réelle progression dans sa formation. Par suite, quand bien même il n'a pas fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement et si son comportement ne constitue pas une menace pour l'ordre public,
M. A n'est pas fondé à soutenir qu'en fixant à un an la durée de l'interdiction de retour prononcée à son encontre, le préfet de Saône-et-Loire aurait entaché sa décision d'erreur d'appréciation. Le moyen tiré de la violation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté, pour les mêmes motifs.
12. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions en annulation de l'arrêté du
27 janvier 2025 doivent être rejetées.
Sur les conclusions aux fins d'injonction :
13. Le présent jugement n'implique aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions aux fins d'injonction doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
14. Les dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 font obstacle à ce que soit mis à la charge de l'Etat, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, le versement à l'avocat de M. A de quelque somme que ce soit au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. .
DÉCIDE :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C A, au préfet de Saône-et-Loire et à Me Grenier.
Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur.
Délibéré après l'audience du 5 juin 2025, à laquelle siégeaient :
M. Olivier Rousset, président,
Mme Marie-Eve Laurent, première conseillère,
Mme Valérie Zancanaro, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 juin 2025.
La rapporteure,
M-E B
Le président,
O. Rousset
La greffière,
C. Chapiron
La République mande et ordonne au préfet de Saône-et-Loire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026