Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 14 mars 2025, Mme K... G... E..., représentée par Me Lukec, demande au tribunal :
1°) d’annuler l’arrêté du 17 février 2025 par lequel le préfet de la Côte-d’Or a refusé de l’autoriser à résider en France au titre de l’asile et lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours en fixant le pays de renvoi ;
2°) de mettre à la charge de l’État la somme de 1 200 euros à verser à son conseil en application des dispositions combinées du deuxième alinéa de l’article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 et de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Mme G... E... soutient que :
- la décision refusant de l’autoriser à résider en France est entachée d’un vice d’incompétence, d’une insuffisance de motivation, d’un défaut d’examen réel et sérieux de sa situation personnelle, d’une erreur de fait ainsi que d’une méconnaissance des dispositions de l’article L. 721-4 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile et des stipulations de l’article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- la décision portant obligation de quitter le territoire français est entachée d’un vice d’incompétence, d’une insuffisance de motivation, d’une erreur de droit, d’une erreur manifeste dans l’appréciation de sa situation ainsi que d’une méconnaissance des stipulations des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales et, en outre, est illégale par voie de conséquence de l’illégalité entachant la décision refusant de l’autoriser à résider en France.
Par un mémoire en défense, enregistré le 3 juin 2025, le préfet de la Côte-d’Or conclut au rejet de la requête et à ce qu’une somme de 500 euros soit mise à la charge de Mme G... E... au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Le préfet soutient que les moyens soulevés par Mme G... E... ne sont pas fondés.
Mme G... E... a été admise au bénéfice de l’aide juridictionnelle totale par une décision du 24 mars 2025.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- le code des relations entre le public et l’administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l’aide juridique ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de Mme Desseix,
- et les observations de M. F..., représentant le préfet de la Côte-d’Or.
Considérant ce qui suit :
1. Mme G... E..., ressortissante brésilienne née en 1985 et entrée irrégulièrement en France le 21 novembre 2023, a présenté une demande de protection internationale qui a successivement été rejetée par l’Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) et la Cour nationale du droit d’asile (CNDA) les 2 septembre 2024 et 3 février 2025. Par un arrêté du 17 février 2025, pris sur le fondement du 4° de l’article L. 611-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, le préfet de la Côte‑d’Or ne l’a pas autorisée à résider en France au titre de l’asile et lui a fait obligation de quitter le territoire dans un délai de trente jours en fixant le pays de renvoi. Mme G... E... demande au tribunal d’annuler cet arrêté.
Sur les conclusions à fin d’annulation :
En ce qui concerne les moyens dirigés contre l’arrêté dans son ensemble :
2. Par un arrêté du 28 octobre 2024, régulièrement publié le lendemain au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture, le préfet de la Côte-d’Or a délégué sa signature à M. H... C..., directeur de l’immigration et de la nationalité, pour ce qui concerne, notamment, les décisions de refus de séjour assortis d’une obligation de quitter le territoire français et, en cas d’absence ou d’empêchement de ce dernier, à Mme D..., cheffe du service d’immigration et d’intégration. Il ne ressort pas des pièces du dossier que M. C... n’aurait pas été absent ou empêché le 17 février 2025. Par suite, le moyen tiré de ce que Mme D... n’était pas compétente pour signer l’arrêté attaqué manque en fait et doit être écarté.
En ce qui concerne les moyens dirigés contre la décision de refus d’autorisation de résidence :
3. En premier lieu, la décision refusant l’autorisation de résider comporte l’énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement et n’a dès lors, en tout état de cause, pas méconnu les dispositions combinées des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l’administration.
4. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier, et en particulier des termes mêmes de l’arrêté du 25 novembre 2024, que le préfet de la Côte-d’Or, qui n’avait pas à énoncer de manière exhaustive l’intégralité des éléments caractérisant la situation de l’intéressée et n’était pas tenu d’examiner, dans l’exercice de son pouvoir discrétionnaire, l’opportunité d’une mesure de régularisation de sa situation, aurait négligé de procéder à un examen particulier de la situation de cette dernière.
5. En troisième lieu, Mme G... E... soutient qu’elle a un seul enfant, A... I... J..., né le 21 juin 2017, de nationalité brésilienne, et que le préfet de la Côte-d’Or a entaché sa décision d’une erreur de fait en indiquant qu’elle est également la mère de trois autres enfants résidant en République Démocratique du Congo. L’intéressée ne produit toutefois aucun document susceptible d’établir la matérialité de l’erreur de fait alléguée. En admettant que A... De J... soit le seul enfant de la requérante, une telle circonstance n’est, en tout état de cause, pas de nature à entacher d’illégalité la décision attaquée dès lors qu’il résulte de l’instruction que le préfet aurait pris la même décision s’il n’en avait pas tenu compte.
6. En dernier lieu, aux termes de l’article L. 721-4 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « (…) Un étranger ne peut être éloigné à destination d’un pays s’il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu’il y est exposé à des traitements contraires à l’article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ». Aux termes de l’article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales : « Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ».
7. Le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions et stipulations visées au point 7 est inopérant dès lors qu’une décision de refus de séjour n’implique pas, par elle‑même, le retour de l’intéressée dans son pays d’origine.
En ce qui concerne les moyens dirigés contre la décision portant obligation de quitter le territoire français :
8. En premier lieu, la décision refusant d’autoriser Mme G... E... à résider en France n’étant pas entachée d’illégalité, le moyen invoqué par la voie de l’exception à l’encontre de la décision d’éloignement, tiré de l’illégalité de cette décision, doit être écarté.
9. En deuxième lieu, la décision d’éloignement comporte l’énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement et n’a dès lors pas méconnu les dispositions combinées des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l’administration et de l’article L. 613-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile.
10. En troisième lieu, le moyen tiré de ce que la mesure d’éloignement est entachée d’une erreur de droit n’est pas assorti de précisions suffisantes permettant au tribunal d’en apprécier le bien-fondé et doit par suite être écarté.
11. En quatrième lieu, aux termes de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales : « 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d’une autorité publique dans l’exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu’elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l’ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d’autrui ».
12. Mme G... E..., qui ne conteste pas que son mari, qui est le père de son fils mineur, réside au Brésil, ne produit aucun élément de nature à établir qu’elle serait significativement insérée personnellement, socialement ou professionnellement en France. Sa demande d’asile ayant été successivement rejetée par l’OFPRA et la CNDA, ainsi qu’il a été dit au point 1, elle ne dispose par ailleurs plus du droit de se maintenir en France. Dans ces conditions, le moyen tiré de la violation de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales doit être écarté. Dans les circonstances de l’espèce, la requérante n’est pas davantage fondée à soutenir que le préfet de la Côte-d’Or a entaché sa décision d’une erreur manifeste dans l’appréciation de ses conséquences sa situation personnelle.
13. En dernier lieu, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l’article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales est inopérant dès lors qu’une décision portant obligation de quitter le territoire français n’implique pas, par elle‑même, le retour de l’intéressée dans son pays d’origine.
14. Il résulte de tout ce qui précède que Mme G... E... n’est pas fondée à demander l’annulation de l’arrêté du 17 février 2025. Ses conclusions à fin d’annulation doivent par suite être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
15. Les dispositions combinées du deuxième alinéa de l’article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 et de l’article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l’État, qui n’est pas dans la présente instance la partie perdante, une quelconque somme au bénéfice du conseil de Mme G... E... au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
16. Le préfet de la Côte-d’Or, qui n’a pas eu recours au ministère d’avocat et ne justifie pas avoir exposé des frais spécifiques à l’occasion de l’instance, n’est pas fondé à demander qu’une somme soit mise à la charge de la requérante au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
DECIDE :
Article 1er : La requête de Mme G... E... est rejetée.
Article 2 : Les conclusions présentées par le préfet de la Côte-d’Or au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme K... G... E..., au préfet de la Côte-d’Or et à Me Lukec.
Une copie de ce jugement sera transmise, pour information, au ministre d’État, ministre de l’intérieur.
Délibéré après l’audience du 5 septembre 2025 à laquelle siégeaient :
- M. Boissy, président,
- Mme Desseix, première conseillère,
- Mme Bois, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 octobre 2025.
La rapporteure,
M. Desseix
Le président,
L. Boissy
La greffière,
M. B...
La République mande et ordonne au préfet de la Côte-d’Or, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution du présent jugement.
Pour expédition conforme,
La greffière