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AccueilJurisprudence administrativeN° TA21-2501245

Tribunal Administratif de Dijon — Décision N° TA21-2501245

mardi 29 avril 2025

JuridictionTribunal Administratif de Dijon
SectionTribunal Administratif de Dijon
N° DossierTA21-2501245
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Avocat requérantAARPI EDGAR AVOCATS

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Dijon, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-4 du code de justice administrative, rejette la demande de M. B. Le juge estime que l'ordonnance du 12 février 2025, qui avait suspendu sa révocation et ordonné sa réintégration, n'impliquait pas son affectation aux mêmes fonctions, le maire disposant d'un pouvoir d'affectation. La contestation de ce changement d'affectation constitue un litige distinct. Enfin, la demande de versement de salaires est rejetée, car l'administration doit tirer les conséquences de la réintégration en allouant à l'agent les rémunérations dont il a été privé, sans qu'il soit besoin d'une nouvelle injonction.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 7 avril 2025, M. C B, représenté par la SCP Thémis Avocats et Associés, demande au juge des référés :

1°) d'ordonner, sur le fondement de l'article L. 521-4 du code de justice administrative, sa réintégration dans ses fonctions de responsable du service voirie et responsable du service de nettoiement de la commune d'Autun dans un délai de huit jours à compter de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 500 euros par jour de retard ;

2°) d'enjoindre au maire d'Autun de procéder au versement de ses salaires de janvier et février 2025 dans un délai de huit jours à compter de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 500 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de la commune d'Autun la somme de 2 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. B soutient que :

- s'il a été réintégré dans les services de la commune d'Autun, il n'a pas été réintégré dans ses fonctions, mais a fait l'objet d'un changement d'affectation, qui constitue une sanction déguisée ;

- ses salaires de janvier et février 2025 ne lui ont pas été versés ;

- la somme de 1 000 euros au titre des frais liés à l'instance ne lui a pas été versée.

Par un mémoire en défense enregistré le 22 avril 2025, la commune d'Autun représentée par Me Eyrignoux, conclut au rejet de la requête et à ce qu'il soit mis à la charge du requérant la somme de 3 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code général de la fonction publique ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a, par une décision du 11 janvier 2024, désigné M. A pour exercer les fonctions de juge des référés au titre du livre V du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique qui s'est tenue le 23 avril 2025 en présence de Mme Lelong, greffière, M. A a lu son rapport et entendu les observations de Me Ciaudo, pour M. B, et de Me Rabaud, substituant Me Eyrignoux pour la commune d'Autun.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, responsable du service voirie et responsable du service de nettoiement de la commune d'Autun, a fait l'objet d'une procédure disciplinaire à la suite de laquelle le maire d'Autun a prononcé sa révocation par une décision du 17 décembre 2024. Par une requête n° 2500227, M. B a demandé au tribunal d'annuler cette décision du 17 décembre 2024. Par une requête n° 2500226, il a demandé au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, d'en suspendre l'exécution. Par une ordonnance du 12 février 2025, le juge des référés a suspendu l'exécution de la décision du maire d'Autun en date du 17 décembre 2024, enjoint au maire d'Autun de procéder à la réintégration de M. B dans ses fonctions dans un délai de quinze jours à compter de la notification de l'ordonnance, et mis à la charge de la commune d'Autun la somme de 1 000 euros à verser à M. B en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ". Et aux termes de l'article L. 521-4 du code de justice administrative : " Saisi par toute personne intéressée, le juge des référés peut, à tout moment, au vu d'un élément nouveau, modifier les mesures qu'il avait ordonnées ou y mettre fin ".

Sur les conclusions tendant à ce qu'il soit ordonné sa réintégration dans ses fonctions antérieures responsable du service voirie et responsable du service de nettoiement de la commune d'Autun :

3. Si l'ordonnance du 12 février 2025 impliquait nécessairement la réintégration de M. B dans des fonctions auxquelles son cadre d'emploi et son grade lui donnaient droit, elle n'impliquait pas nécessairement sa réintégration dans les fonctions qu'il occupait antérieurement dans les services de la commune d'Autun, le maire, en sa qualité de chef des services municipaux, ayant le pouvoir d'affecter un agent à tout emploi disponible et correspondant au cadre d'emploi et au grade de l'agent. Si M. B soutient encore que la réintégration dans un autre emploi que celui qu'il occupait avant sa révocation constitue une sanction déguisée, cette circonstance constitue en tout état de cause un litige distinct de celui tranché par l'ordonnance du 12 février 2025, et n'appelle ainsi aucune modification des mesures ordonnées par cette dernière décision. Ces conclusions de la requête de M. B doivent ainsi être rejetées.

Sur les conclusions tendant à ce qu'il soit enjoint au maire d'Autun de verser diverses sommes à M. B :

4. En premier lieu, dans le cas où l'éviction d'un agent public a été suspendue par une décision juridictionnelle, il appartient à l'autorité administrative, pour assurer l'exécution de cette décision, de prononcer la réintégration de l'agent à la date de la notification de la décision juridictionnelle et de tirer toutes les conséquences de cette réintégration, notamment en allouant à l'intéressé, dans le cas où l'administration n'a pas procédé immédiatement à cette réintégration, une somme calculée en tenant compte de l'ensemble des rémunérations dont il a été privé à la date de notification de l'ordonnance de suspension, en excluant les indemnités liées à l'exercice effectif du service, sans préjudice des conséquences qui devront être tirées de la décision par laquelle il sera statué sur la requête en annulation ou en réformation.

5. Il est constant que M. B n'a perçu aucune rémunération postérieurement à sa révocation, avant le 1er mars 2025. La décision juridictionnelle suspendant cette décision de révocation est en date du 12 février 2025. Il s'ensuit que M. B a droit à une rémunération, excluant les indemnités liées à l'exercice effectif du service, pour la période du 12 au 28 février 2025. Il y a lieu d'enjoindre à la commune de procéder à ce versement dans le délai de huit jours à compter de la notification de la présente ordonnance. Il n'y a toutefois pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte. Par contre, ses conclusions de même nature relatives à la rémunération du mois de janvier 2025 et à la période du 1er au 11 février 2025 doivent être rejetées.

6. En second lieu, au cours de l'audience qui s'est tenue le 23 avril 2025, le conseil du requérant a expressément renoncé aux conclusions de la requête tendant à ce qu'il soit enjoint à la commune de verser la somme de 1 000 euros au titre des frais liés à l'instance, somme au paiement de laquelle la commune avait été condamnée par l'ordonnance n° 2500226 du 12 février 2025, la somme ayant été spontanément acquittée par la commune antérieurement à l'enregistrement de la présente requête.

Sur les conclusions tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

7. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de laisser à la charge de chacune des parties la somme dont elles demandent le versement sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

ORDONNE :

Article 1er : Il est donné acte du désistement de M. B sur les conclusions mentionnées au point 6 ci-dessus.

Article 2 : Il est enjoint à la commune d'Autun de verser à M. B les sommes mentionnées au point 5 ci-dessus, et dans les conditions mentionnées au même point.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête et les conclusions de la commune d'Autun tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetés.

Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à M. C B et à la commune d'Autun. Copie en sera adressée au préfet de Saône-et-Loire.

Fait à Dijon le 29 avril 2025.

Le juge des référés,

P. A

La République mande et ordonne au préfet de Saône-et-Loire, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Le greffier,

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